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Menon Munien


L'homme sans complexes

Après une brillante carrière comme enseignant au collège du Saint-Esprit, Menon Munien se retrouve, en 2003, recteur au collège St-Mary's. Connu pour son franc-parler, cet ancien élève du collège Royal de Curepipe est très proche des jeunes et a été un des initiateurs des différentes éditions annuelles Jump Around Youth Concert (JAYC), au succès populaire reconnu.

Venu du collège Royal de Curepipe, Menon Munien débute sa carrière d'enseignant de physique en 1980 au collège du Saint-Esprit, Quatre-Bornes. Titulaire d'une maîtrise en gestion de l'éducation, il est nommé vice-recteur de l'établissement quatrebornais en 2000, avant d'agir, en 2001, comme recteur du Rodrigues College, établissement œcuménique secondaire de Port-Mathurin. En 2002, il rentre à Maurice pour occuper les fonctions de principal du collège du St-Esprit Case-Noyale. En 2003, il est nommé recteur du St- Mary's College.

Encouragement prophétique

C'est grâce à Robert d'Unienville, alors recteur du RCC, qu'il est attiré par le métier d'enseignant. «Il passait son temps à évaluer les compétences des élèves et leurs aptitudes. Il pouvait deviner le métier qui nous siérait le plus. Je me souviens qu'il m'a dit que je ferais un bon enseignant. C'est grâce à lui que j'ai consenti à me lancer dans le métier.»

Plus de 25 ans plus tard, Menon dit ne pas regretter son choix. «J'ai été éduqué par les enfants, car les élèves m'ont beaucoup apporté ­ cela grâce aux liens que j'ai tissés avec eux, dans le travail en équipe et les différentes manières de s'organiser dans les différentes perspectives de la vie.» Pour lui, ses élèves l'ont impressionné et aiguisé sa façon de voir les choses et ont contribué à parfaire son éducation. Discours qui peut paraître assez paradoxal à un non-enseignant.

Une des choses qui le rendent heureux aujourd'hui : il reçoit régulièrement des appels téléphoniques ou des visites imprévues d'anciens élèves. Pour Menon, pas question d'être paternaliste avec eux. «Ils n'ont pas besoin de cela, mais d'adultes avec lesquels ils peuvent confronter leurs idées. Par la suite, c'est à eux de prendre la décision.» Il considère l'accompagnement nécessaire pour aider les jeunes à faire un bon discernement, mais que les adultes ne devraient pas prendre de décision à leur place.

Mauricianisme

Le franc-parler de Menon Munien est connu de tous. Il croit dans l'honnêteté de ses propos car, pour lui, le monde n'a pas besoin d'hypocrites. «On a besoin de dire sa pensée et de prendre la responsabilité de ses propos. Si j'ai besoin de dire ce que je ne pense pas, je devrais changer de carrière et changer ma personnalité.»

C'est ainsi que c'est sans complexes qu'il se retrouve à la tête d'une institution catholique - alors qu'il n'est pas chrétien. «Pour moi, cela ne pose pas de problème. Je ne me sens ni plus petit, ni plus grand que les autres. Je fais mon travail tout simplement et je suis à l'aise dans ce que je fais.» Cependant, il dit comprendre que sa nomination ait pu causer quelques «remous», mais il avance que nul n'est venu le voir directement pour aborder le sujet.

Pour lui, si détracteurs il y a, il préfère qu'ils apportent leur contribution pour accélérer la Nation Building déjà en marche. «Si quelqu'un vient dire qu'un non catholique ne peut être à la tête d'un établissement éducatif catholique, il retarde ce processus. La Nation Building va se faire de toute façon et personne ne pourra l'arrêter. Si tout le monde donne un coup de main, on va aller bien vite. Si la grande majorité des Mauriciens n'a pas compris cela, ils vont mett baton dan larou et retarder le processus».

Menon Munien dit croire dans le mauricianisme. «Maurice est aux Mauriciens. La Nation mauricienne existe, malgré les difficultés.» Il croit également en la méritocratie, mais reconnaît que la société a des limites. «C'est aux Mauriciens d'être solidaires pour vivre des valeurs sûres».

Concert populaire

L'organisation du JAYC a été un des meilleurs moments de sa vie. Avec un groupe d'amis, il a pu «réaliser un rêve d'enfant». Ce qui, au départ, était l'organisation d'un concert pour récolter de l'argent pour aller voir Mère Teresa à Calcutta, en Inde, est vite devenu un événement annuel incontournable des années 90 pour la jeunesse des collèges.

«Ce concert a vu l'émergence de nombreux jeunes talents artistiques de la jeunesse. Mais gagnant en popularité d'année en année, l'événement a été trop gros à gérer pour nous amateurs», regrette Menon Munien. «Une fois le cap de 40 000 à 50 000 jeunes atteint, il nous fallait un encadrement professionnel», lâche-t-il. Menon explique ce succès par le fait que c'était, à l'époque, la seule rencontre de la jeunesse faite avec, par et pour les jeunes. «Si on veut relancer le concert, il faudra trouver des moyens énormes.»

Engagements

Connu aussi pour son engagement dans le social et la politique «d'une manière ou d'une autre», Menon Munien est d'avis que c'est un moyen de permettre à la société mauricienne et au pays de progresser. «Mais il ne faut pas mélanger le côté professionnel et la politique et ne pas utiliser son travail pour faire de la politique. Les deux sont distincts et la politique demeure une étape importante dans la vie d'une société, d'un pays, d'une personne.»

D'un autre côté, il estime que l'engagement social est personnel et que c'est quelque chose qui n'a pas besoin de publicité. «Aider gratuitement ceux qui sont dans le besoin ne nécessite pas d'être étalé au grand jour. J'essaie de faire ce que je peux, quand je peux.» Pour lui, la société mauricienne a besoin de ce genre de valeur. «Nous sommes sur la bonne voie», affirme-t-il.

De par sa longue carrière dans l'éducation et en tant qu`observateur avisé de la société mauricienne, il note que si le pays ne se décide pas à être plus cohérente dans l'éducation des jeunes, «nous allons certainement vers une situation de société difficile».

De par sa simplicité, Menon Munien demeure un bon vivant à la parole facile et ouvert au dialogue.

Jean-Marie St-Cyr

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