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Réveillons-nous !

Le boom économique des années 80 a permis à de nombreux compatriotes d'améliorer leurs conditions de vie. En même temps, ce progrès matériel a entraîné la disparition de certaines valeurs, telles que la solidarité et la gratuité.

Ainsi, force est de constater, qu'en ces temps difficiles, l'individualisme s'est accentué. Nos journaux abondent d'exemples de cette indifférence grandissante des Mauriciens. Ce qui donne, heureusement, également naissance à des sursauts, à l'exemple de la mobilisation Anti-DAVIS de Cadress Runghen et de Gérard Mongelard.

Pendant longtemps, notre société a voulu croire que la drogue, l'alcoolisme ou le sida ne touchaient que des marginaux ­ ces fameux groupes sociaux qui n'avaient su prendre le train du développement. Mais, ces derniers temps, les masques sont tombés : ces problèmes touchent désormais tous les milieux, étant même aujourd'hui le quotidien de plusieurs Star Schools. Ce qui semble, enfin, réveiller notre peuple de sa torpeur !

Cela nous rappelle les «débuts» du sida : il a fallu que les Occidentaux se sentent menacés pour que la pandémie devienne un enjeu mondial. A l'inverse, chaque année, le paludisme tue autant d'êtres humains. Mais, comme l'Occident n'est pas touché, peu de crédits sont consacrés à la recherche d'un remède efficace contre le paludisme.

Ainsi va le monde : 600 personnes meurent au Bangladesh et cela ne fait que quelques lignes dans les médias internationaux. Par contre, vingt personnes sont gravement blessées aux USA, la nouvelle fait le tour du monde. Plus l'on est fortuné, plus sa vie a du prix...

La «révélation» que l'alcoolisme, la toxicomanie et le sida se répandent chez l'ensemble des Mauriciens, toutes communautés et classes sociales confondues, vient, quelque part, «assainir» la situation. Le temps de la diabolisation des pauvres et des marginaux est révolu!

Et beaucoup d'entre nous, qui nous sentions «protégés» par nos valeurs intel

lectuelles et morales, sommes aujourd'hui secoués dans nos convictions et nos habitudes. Nous forçant ainsi à nous rendre compte que nous vivions dans des tours d'ivoire, coupés des réalités.

Inlassablement, tellement occupés sommes-nous à améliorer notre niveau et notre qualité de vie que nous avons développé une grande indifférence envers tous ceux qui, selon nous, sont de la race de losers !

Il est un fait que l'amélioration de nos conditions matérielles nous a rendus prisonniers du confort, nous donnant, en même temps, l'illusion que nous sommes au-dessus des autres. Cependant, devant les dérives de notre monde, miné par tous les problèmes sociaux, force est d'admettre que nul n'est à l'abri.

Ainsi, nous sommes nombreux à être aujourd'hui sous l'impression que tout s'écroule. Il est plus que jamais temps de revenir à l'essentiel ­ l'amour du prochain. Nous croyons, à tort, qu'aimer son prochain passe par les sentiments. Peut-on d'ailleurs en éprouver pour quelqu'un qu'on ne connaît pas ? La parabole du bon Samaritain nous indique clairement ce que Dieu comprend par l'amour du prochain. Le Samaritain, précise Luc, «fut pris de pitié» devant le Juif blessé et abandonné. Il s'occupa de ce dernier. Aimer, c'est donc s'ouvrir à la réalité de l'autre, ne pas fermer les yeux devant sa souffrance. C'est vouloir le bien de l'autre en l'aidant selon nos possibilités.

Dans un monde où la richesse de l'homme réside davantage dans ce qu'il possède que de ce qu'il est, la tentation est forte de ne vivre que pour soi-même. Ressaisissons-nous et donnons un sens à notre vie : nous ne sommes que de passage. Le temps est venu de briser les murs de l'indifférence.

Erick Brelu-Brelu

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