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Il y a 25 ans, le père William
Moriarty nous quittait

Les paroissiens de Vacoas comme ceux de Rivière-du-Rempart/Poudre-d'Or n'ont pas manqué d'avoir une bonne pensée pour leur ancien pasteur, le père William Moriarty, à l'occasion du 25e anniversaire de son départ pour la Maison de notre Père miséricordieux.

Bien qu'il avait un caractère pas toujours facile, nul n'a jamais pu mettre en doute, cependant, le dévouement avec lequel il s'est mis au service des Mauriciens qui lui furent confiés. Qui ne l'a pas vu sortir de son confessionnal, courbé en deux et incapable de se redresser, en raison d'une sciatique particulièrement crucifiante, ne sait pas combien peut être éprouvant physiquement le ministère sacerdotal, surtout à la veille des fêtes liturgiques les plus importantes de l'année, quand, aux journées entières passées au confessionnal, s'ajoute la pression des mille autres détails à régler si l'on veut que les liturgies programmées surpassent les précédentes en solennité, mais aussi, et surtout, en ferveur et en recueillement.

Cœur paternel

Il est regrettable qu'une certaine barrière linguistique, mais aussi un dirigisme peut-être trop prononcé, ait empêché une plus grande communion entre le père Moriarty et les paroissiens qui lui étaient confiés, car, sous un autoritarisme parfois déplacé, se cachait un cœur paternel et très attentionné que certains d'entre nous ont mieux discerné et mieux apprécié que d'autres.

William Moriarty voit le jour le 22 juillet 1916, à Abbeyfeale, dans le diocèse de Limerick, situé à l'ouest de l'Irlande. Il est ordonné prêtre le 22 juin 1941. Connaissant Mgr James Leen, archevêque de Port-Louis, il débarque à Maurice le 16 mai 1944. Sa première affectation pastorale est Vacoas, qu'il retrouvera, cette fois-ci, comme curé, en 1960. Aux Vacoas, il donne un second souffle aux mouvements de jeunesse, initiés précédemment par l'abbé Jean Margéot. Il comptera beaucoup sur ces jeunes dont il est l'animateur spirituel, dans les années 1940, pour l'aider dans son ministère sacerdotal à Notre -Dame-de-la-Visitation, en tant que curé, dans les années 1960.

Pastorale en Australie

Après Vacoas, il est nommé vicaire à l'Immaculée-Conception, avant d'être appelé au palais episcopal pour servir de secrétaire à Mgr Leen. Il s'occupe parallèlement du secrétariat du Bureau de l'éducation catholique, qui se met en place à la requête des autorités éducatives. Il anime une nouvelle fédération des instituteurs des écoles catholiques. Son esprit très méthodique contribue activement au bon fonctionnement de ces deux organismes faisant alors leurs premiers pas. Ce bon fonctionnement, dont nous bénéficions aujourd'hui encore, doit beaucoup à sa ténacité et à sa vigilance.

En avril 1949, il reprend contact avec le ministère pastoral en tant que curé des paroisses voisines de Rivière-du-Rempart et de Poudre- d'Or, où il succède au père Henri van Kesteren,

également son prédécesseur à la Visitation. Auparavant, il assure l'intérim à Bambous et à Saint-Julien.

Au début des années 1970, le père Moriarty s'en va en Australie, où il veillera aux besoins spirituels de la diaspora mauricienne installée dans l'île-continent. Il sera également très actif au sein de la commission interdiocèses chargée de la pastorale auprès des immigrants.

De retour d'Australie, en octobre 1981, il conclut que le Mauricien perd rarement sa foi religieuse, mais se laisse souvent accaparé par les soucis matériels de la vie. Il en veut pour preuve l'affluence record lors des cérémonies organisées en Australie, chaque année, autour du 9 septembre, pour célébrer l'anniversaire de la mort du Père Laval. Les fidèles remplissent notamment la cathédrale de Melbourne à l'occasion de la béatification de l'Apôtre de Maurice, en avril 1979.

La tiédeur notée dans la pratique religieuse des Mauriciens émigrés s'explique en grande partie par les milieux déchristianisés parmi lesquels ils sont obligés de vivre. Les besoins matériels, le surcroît de tâches professionnelles, suivis de repos, de détente et de temps passé en famille sont tels que souvent la pratique religieuse doit être reléguée au second plan. Cela ne signifie pas pour autant la perte totale des convictions religieuses. Là encore, la barrière linguistique freine la ferveur religieuse de ceux qui ont le plus de mal à s'adapter au mode de vie en vigueur en Australie.

Chagrin et nostalgie

A la mi-octobre 1981, Alain Gordon-Gentil rencontre le père Moriarty qu'il nomme «le guide spirituel des Mauriciens en Australie». Celui-ci lui confie qu'il refuse catégoriquement de considérer l'émigration des Mauriciens comme une trahison pleine de lâcheté à l'égard de leur île natale. Nombreux sont les émigrants qui pensent à Maurice avec chagrin et nostalgie. Il nous exhorte à respecter les raisons personnelles de ceux qui ont choisi d'émigrer, nos frères et sœurs de notre diaspora. L'émigration, notamment en Australie, permet en fait d'élargir l'horizon des Mauriciens à l'étroit dans leurs 2 000 kilomètres carrés. Le côté positif de cette émigration mauricienne est qu'elle apprend aux Australiens à donner une dimension plus universelle et plus fraternelle à leurs relations avec les autres, à comprendre que les différences ethniques et culturelles sont davantage un enrichissement qu'un appauvrissement culturel. En père Moriarty disparaît donc quelqu'un qui croyait fermement que les Mauriciens sont les prototypes d'une humanité nouvelle, s'épanouissant au sein d'une cohabitation fraternelle.

Yvan Martial

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