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Transport scolaire


Les «vans lekol» de la discorde...

Pour les parents, rentrée scolaire rime également avec organisation du transfert des enfants de la maison à l'école et retour, sans compter le transport à la fin des leçons particulières. Un véritable casse-tête...

«Mon fils entre au primaire et il ne prendra plus le van qui le conduisait à la maternelle. Il ira avec son grand frère, par le bus, puisque c'est gratuit.» Comme Jeanine, de nombreux parents optent pour le transport public dès que leurs enfants entrent au primaire, vu la gratuité des services. Et cela malgré les inconvénients souvent rencontrés : longues attentes sur les arrêts intermédiaires, bouchons sur les routes, bus trop remplis, longues distances à marcher jusqu'à l'arrêt de bus...

Cependant, plusieurs parents doivent se rabattre sur le transport par «van» scolaire ­ même s'ils doivent y consacrer une part importante de leur budget. «Je n'ai pas le choix : j'habite à vingt minutes de marche de l'école où a été admise ma fille. Et il n'y a pas de bus entre mon quartier et l'école. Le transport scolaire me coûte Rs 500 par mois, mais j'ai l'esprit tranquille : on vient chercher ma fille devant ma porte et on la dépose devant ma porte», relate Shirley.

La sécurité est, selon plusieurs parents rencontrés, au centre de leurs motivations quant au choix du moyen de transport de leurs enfants. «Nous avons décidé de ne pas prendre le risque de faire voyager notre fille de sept ans par autobus le matin et l'après-midi, explique ainsi le couple Paniken, de Centre-de-Flacq. Avec le transport scolaire, nous avons l'esprit tranquille. Zenfan pa pou bizin galoupe lor simin avek sak lor ledo.»

«Tarif exorbitant»

Mais de nombreux parents se plaignent du «tarif exorbitant» que réclament les opérateurs de vans scolaires. «Nous avons deux enfants qui fréquentent la même école primaire et le transport par van scolaire nous revient à Rs 12 000 par an. Et le propriétaire du van exige que l'on paie pour le mois de décembre, même si les enfants n'ont pas école ce mois-là», se plaint un couple de Beau-Bassin.

D'où le souhait de nombreux parents pour que le gouvernement inclut désormais le transport par van lekol parmi les mesures de gratuité mis en place dans les 100 premiers jours de son installation. Nos interlocuteurs estiment que les pouvoirs publics auraient dû leur accorder une allocation pour couvrir en partie ce qu'ils dépensent pour le transport scolaire par van lekol.

Ce que souhaitent également nombre de prestataires de ce service. Car la gratuité du transport par autobus pour les scolaires a mécontenté les propriétaires des van lekol. Et certains ont dû se «recycler», le secteur n'étant plus rentable.

Recyclage

«Le gouvernement aurait dû verser à chaque parent une somme pour le transport de chaque enfant. Tout parent ayant un enfant devrait en bénéficier indistinctement. Et tout parent verrait alors s'il choisit le transport public ou les van lekol. Et le supplément entre l'allocation gouvernementale et le coût du transport par van serait à sa charge. Tout le monde en sortirait gagnant», nous explique un ancien prestataire de service de van lekol aujourd'hui «recyclé» pour cause de non-rentabilité.

Comme plusieurs de ses anciens collègues, il se dit favorable à la mesure gouvernementale de transport scolaire gratuit, mais critique son application «sans la moindre étude sérieuse».

Avantages

Parents et prestataires sont d'accord sur un point : les van lekol offrent un service plus sûr, plus confortable et plus ponctuel. «Nous offrons un service particularisé à nos clients. Un parent qui avait l'habitude qu'on prenne son enfant à la maison pour le déposer à l'école n'optera pas pour l'autobus», expliquent Nadine et Roland, qui font, depuis des années, du ramassage scolaire dans la région de Port-Louis. «C'est vrai que le nombre de nos clients a chuté après l'annonce du transport gratuit. Certains parents sont revenus vers le ramassage scolaire suite à de nombreux problèmes rencontrés avec le transport public : retards répétés en classe, bousculades aux arrêts et aux gares routières. Il n'y a point de tout cela avec le van scolaire et les enfants sont plus en sécurité.»

Cependant, tous les prestataires de ce service ne vivent pas le même optimisme que Nadine et Roland : «Nous sommes dans une situation de crise. Je me demande jusqu'à quand nous pourrons survivre», lâche ainsi Asraf, propriétaire de van scolaire depuis 15 ans. Et comme nombre de ses collègues, il se dit désespéré devant les fins de mois difficiles, surtout qu'il lui faut, «comme la majorité de propriétaires de van lekol, rembourser l'emprunt contracté pour l'achat et l'équipement» de son véhicule.

Ce qui semble laisser indifférents de nombreux parents, trop heureux des économies réalisées depuis l'introduction de la gratuité du transport pour les scolaires. Ainsi, ce couple de trois enfants de Morcellement-Argy dont les enfants fréquentent l'école primaire Rajiv Gandhi de Riche-Mare. «Nos enfants prennent désormais le bus et nous économisons Rs 750 chaque mois. Ce qui est assez conséquent.» Propos qui font écho à ceux de l'ensemble des parents que nous avons rencontrés et qui ont choisi de discontinuer leur recours aux van lekol pour le transport public gratuit.

Rs 800 M/an

Cette ruée vers le transport public ajoute du stress sur les épaules des receveurs d'autobus, car les opérateurs estiment que, depuis l'application de cette mesure de gratuité, le nombre d'élèves se déplaçant par autobus a augmenté de 24%. Avec pour conséquence que les autobus sont souvent bondés aux heures de pointe et que le receveur doit composer avec le mécontentement des fare paying passengers. «Et comme souvent les enfants sont accompagnés de leurs grands-parents, cela double souvent le nombre de passagers voyageant gratuitement. Et les autres passagers ne comprennent pas toujours cela», explique un receveur d'autobus.

Une chose est sûre : cette mesure, même si elle coûte aux caisses de l'Etat la bagatelle de Rs 800 millions par an, est une des mesures les plus populaires du gouvernement Ramgoolam. Et il n'est nullement question de la remettre en cause. Mais que les parents ayant recours aux van lekol en bénéficient constitue une autre paire de manches, les coûts additionnels au budget de l'Etat repoussant aux calendes grecques une telle mesure.

Sylvio Sundanum

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