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Vivre avec notre temps

Il ne se passe pas une semaine sans que les médias rapportent des cas de faits divers étonnants : agressions de nature sexuelle, meurtres, violence gratuite, pédophilie, braquages, crimes à cols blancs... Certains avancent que ces choses ont toujours existé, mais qu'elles demeuraient cachées, voire tues et que ce sont les médias qui les répercutent, maintenant que plus rien n'est tabou... D'autres estiment que les valeurs morales ont disparu et que nous vivons maintenant dans une société complètement désacralisée : c'est simplement le prix à payer pour le «progrès».

Quelle que soit la raison profonde derrière ces bouleversements dans notre société, avouons-le : nous perdons nos repères dans ce monde où tout ce qui nous paraissait auparavant hors-norme devient la norme. Ainsi, si vingt-cinq ans de cela, les cas de jeunes adolescents sexuellement actifs dans un collège pouvaient se compter sur les doigts d'une seule main, de nos jours, comme le confirment de nombreux enseignants, rares sont les jeunes de 16-17 ans n'ayant pas connu d'expérience sexuelle.

De même, alors qu'auparavant, dans le monde du travail, l'éthique et l'honnêteté étaient des qualités recherchées, aujourd'hui, au sein de nos entreprises où la finalité est le profit maximal, qu'importe les moyens, un employé qui accorde trop d'importance à l'éthique devient une liability.

Toutes ces réalités nous ramènent à un enjeu important : quelle éducation donner à nos enfants ? Chaque parent souhaite, au plus profond de lui-même, donner les outils nécessaires à ses enfants pour leur permettre de trouver leur place sans le monde. Ainsi, ceux d'entre nous qui portons encore en nous certaines valeurs qui peuvent sembler «d'antan», voire dépassées, inculquons à nos enfants

la notion du partage, de solidarité, de non-violence, de dialogue, du respect de l'autre et de la suprématie de l'esprit sur le matériel... Mais ne court-on pas ainsi le risque de faire de nos enfants des idéalistes, proies faciles pour tous ces requins qui infectent notre monde ?

Nous l'avons déjà dit : l'homme est un funambule à la quête du juste milieu. Et c'est à nous de le trouver, ce juste milieu. Il est certes vrai, comme le rappellent nombre d'enseignants et psychologues, que nous ne pouvons élever aujourd'hui nos enfants comme nous avons été élevés il y a vingt-cinq ans de cela. Le monde a changé, soit ! Mais cela veut-il dire qu'il nous faut faire, non pas des compromis, mais de véritables compromissions quant aux valeurs auxquelles nous croyons toujours ?

Nous sommes appelés à vivre avec notre temps. A vivre dans notre temps. A savoir nous adapter aux nouvelles réalités du monde. Mais sans transiger sur l'essentiel. Sans vendre notre âme ou bazarder nos convictions profondes. Ainsi, ce serait peut-être trop demander de nos adolescents qu'ils patientent jusqu'au mariage pour connaître la sexualité. Par contre, apprenons-leur à découvrir le sens profond d'une relation amoureuse et à vivre la fidélité dans la durée.

Certes le monde change, le monde bouge, bouleversant nombre de nos certitudes. Mais le chrétien puise sa force du message du Christ, toujours d'actualité après 2 000 ans. Cependant, les grands principes, les grands idéaux ne prennent du sens que quand ils sont vécus.

Erick Brelu-Brelu

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