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Notre-Dame-de l'Assomption, Roche-Bois

Disparition d'une icône

de N.-D.-de-Roche-Bois

Certains l'appelaient «Notre-Dame-de-Roche-Bois», d'autres la «Vierge Noire». Son portrait ornait l'autel de l'église de Notre-Dame-de-l'Assomption (Roche-Bois) depuis des années. Sa disparition, le samedi 6 janvier, a suscité de vives émotions tant chez les paroissiens que chez des fidèles d'autres régions.

Bénite par le cardinal Jean Margéot le 15 août 1998, sous le nom de Notre-Dame-de-Roche-Bois, cette icône est un don de fidèles d'une paroisse du Togo à celle de Roche-Bois. Bien vite adoptée par bon nombre de paroissiens, la disparition de cette Vierge n'a pas manqué de susciter de vives émotions.

«Je suis bien peinée par la disparition de cette image», nous confie Noëlette, une paroissienne. «J'aimais prier en face de cette image. Surtout quand je faisais face à des moments difficiles. Je voue une grande dévotion à la Vierge et je lui demande à chaque fois d'intercéder pour nous. Elle est comme une mère.» Claude-May, autre paroissienne, est du même avis. «Cette Vierge était là depuis longtemps. Nous nous sommes habitués à sa présence. On l'aimait. Il y a des paroissiens qui sont en colère. Moi, je suis surtout triste.»

Pour le père Sylvio Lodoïska, cet incident est bien fâcheux. «Des morceaux du tableau ont été retrouvés quelque temps après. Nous pensons remplacer cette icône par une autre, cela grâce au soutien de certains paroissiens.»

Son origine

Cette Vierge fait partie de l'ensemble catéchétique intitulé «la vie de Jésus Mafa». Ayant participé à la mise en place de cette catéchèse, en voici, brièvement, l'historique et les grandes lignes.

Au milieu des années 70, s'élabore un projet catéchétique singulier dans le nouveau diocèse de Maroua Mokolo (extrême-nord du Cameroun). Le projet table sur l'inculturation de la foi en Jésus Christ en milieu «Mafa», ethnie principale du diocèse.

Une équipe de prêtres, catéchètes, pédagogues, théologiens, exégètes, anthropo

logues se donne pour objectif de présenter la Bonne Nouvelle de l'Evangile aux catéchumènes à partir des Synoptiques, dans le cadre géographique des Monts du Mandara. L'insistance sur le respect et des Synoptiques et de la culture Mafa est de mise.

Bénédicte de la Roncière (petite-fille de Louis Leprince-Ringuet) photographie et soumet à l'équipe pour observation, appréciation, etc, les scénarios mis en place. Elle peint (en France) les scènes à partir des photos réalisées. Je passe sur les péripéties concernant le financement et l'édition.

Toujours est-il que 4, 6, puis 9 séries de 7 à 10 tableaux imprimés sur papier translucide (afin d'être rétro éclairés par une lampe à pétrole ou 2-3 bougies) paraissent sur 8 années. L'ensemble constitue une réelle richesse catéchétique et ethnographique, ce qui explique son succès dans toute la bande sahélienne, du Sénégal au Tchad.

La Vierge «de Roche-Bois» s'appelle Marie-Pambay MBOUZAO ; elle est mariée à Ignace MBOUZAO, diacre permanent du diocèse de Mokolo. Ils ont 7 enfants. Tous deux m'ont accueilli en septembre 1978 à Djingliya, paroisse que le père évêque d'alors, Jacques de Bernon, me confia. Je m'honore encore de l'amitié de Pambay et d'Ignace, malgré les distances et les années écoulées.

L'équipe animatrice du projet comprenait (entre autres !) l'éminent théologien camerounais Jean-Marc ELA, Yves SAOUT (exégète), René JAOUEN (prêtre et anthropologue), auteur d'un livre intitulé «L'Eucharistie du mil». Cet ouvrage est un véritable manuel de l'inculturation de la foi en Afrique. Les ouvrages de J.-M. ELA et Y. SAOUT présentent les données théologiques, exégétiques et pastoraux

de la présentation de la foi en ce milieu Mafa. La «Vierge de Roche-Bois» s'appelle ainsi réellement «Vierge Mafa».

(Père) Daniel MUFF, C.S.Sp., (Ancien curé de Notre-Dame de l'Assomption Djingliya, Mokolo, Cameroun

Extrait de «La Vie Catholique»
(No 35, 26 août-1er septembre 2005)


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