Le Roi est nu, vive le Roi !

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Quand un détenu à vie, en prison, y opère encore comme parrain actif de la drogue, avec, sur lui, toute la panoplie de consommation, de stock et de vente, quelle est donc, diable !, cette prison ? Quand des repris de justice, des inculpés, des suspects, de Sambarcaille hier à Manan Fakou récemment, en cavale, restent introuvables malgré un déploiement de fins limiers, quels sont donc ces limiers qu'on appelle fins ? Quand, dans une politique fiscale l'on impose une taxe cadastrale, dite National Property Tax, sans qu'il existe, à proprement parler, de plan cadastre, quel est donc le bien-fondé de la taxe qu'on nous réclame ?

Multitudes d'exemples

Au sujet des mal-fondés de notre politique fiscale, on peut en multiplier les exemples. Citons quelques-uns : a quoi sert la Road Tax que l'on fait payer, par la vignette automobile, quand nos routes, surtout en régions rurales comme en faubourgs, sont si mal entretenues, si mal balisées et sont souvent causes d'accidents ? De plus, ces temps-ci, des tronçons entiers de nos autoroutes se dégradent physiquement. Beaucoup sont en état de vétusté avancée. La taxe sur le gaz ménager et l'essence, pour sa part, joue aujourd'hui, à un subtil jeu de yoyo. Avec le système dit Automatic Pricing Mechanism, on ne sait plus si c'est la hausse que l'on ne paie pas ou si c'est la baisse que l'on paie. Allez comprendre. La nouvelle Campement Site Tax n'a eu, pour effet, que de faire saillir l'appétit d'ogre de l'Etat, gros avaleur de deniers publics. L'Etat soutire des sommes astronomiques de ceux qui peuvent payer des nouvelles primes de bail coûtant plusieurs millions. Pour ceux qui ne peuvent pas payer, l'Etat leur pique le terrain et tout le bâti dessus !

La confiance

«Le Roi est fou, vive le Roi !», dit-on. Tous ceux détenteurs de l'autorité de la puissance publique gagneraient à ne pas laisser accréditer cet adage. Il est nécessaire de faire intervenir le sens commun et de la cohérence dans le fonctionnement de nos instances publiques. Il ne sera sans doute pas toléré longtemps encore les inconsistances de gestion par rapport aux citoyens, surtout dans des domaines aussi importants que l'ordre et la loi, la sécurité et les biens, la justice et l'équité. Quand la prison est lieu de trafic de stupéfiants, quand la police a elle-même autant besoin d'une police, quand le fisc frappe autant à l'aveuglette, ce sont là des signaux qui peuvent sérieusement saper la confiance des citoyens dans le fonctionnement des institutions du pays.

Crise de confiance

Si seulement l'on pouvait ne s'en tenir qu'à quelques rares cas. Mais il y en a d'autres. A l'hôpital récemment, des médecins démissionnent avant enquête après décès de patient, pour cause de grave bavure professionnelle, mais ils ont vite repris leurs places et puis, plus rien ! Au Dockers Village, des ordures ménagères s'entassent depuis des semaines. Et

de quelle lutte antichikungunya nous parle-t-on ? Le comble, le ministre de l'Environnement, pour sa part, se plaint encore des intempestives et draconiennes coupures à son budget. A l'heure de lutte anti-chikungunya, les dotations budgétaires à l'Environnement sont-elles donc réduites ? Nous sommes entrés dans l'ère où le fonctionnement de nos services publics est susceptible, si l'on n'y prenne garde, de créer une grave crise de confiance citoyenne. Les jours Kaya, ne l'oublions pas, avaient éclaté en raison d'une crise profonde de confiance dans la prison, la police et l'insalubrité de l'environnement social en milieu ouvrier, vécue comme une exclusion du courant national normal.

Tension sociale

La crise d'eau potable, ces temps-ci, et l'apparente iniquité dans sa distribution par la CWA ajoutent à la tension sociale qui s'installe et s'épaissit. On ne peut plus faire abstraction du taux de chômage qui augmente. Des usines qui licencient. Qui ferment ! Qui n'embauchent plus ! Même dans la fonction publique, les postes vacants se raréfient. La preuve en est des difficultés à caser les licenciés de la DWC. Les efforts déployés pour créer des emplois donnent à l'évidence d'insignifiants résultats On tire sur les chiffres comme l'on fait de la confiture : moins on en a, plus on l'étale. Pour donner l'impression que les emplois se créent alors que le sentiment général est que l'on stagne, l'on fait du surplace, voire que l'on recule !

Sans rechigner

Pourtant les Mauriciens n'ont jamais marchandé leur confiance dans les instances publiques. Ils paient électricité et la redevance télé, même s'ils ne l'aiment pas ou ne la regardent pas toujours ! En même temps, sur la même facture du CEB. Ils paient leur eau à consommer, même usées, voire souvent coupées, sans poser trop de question. Ils paient la Road Tax, le droit de parking, bientôt le droit, dit-on, de péage pour l'utilisation des mêmes routes si souvent mal entretenues et mal desservies. Ils sont les seuls à payer une taxe sur l'essence achetée au pétrolier et une autre taxe après pour l'essence, vendue à la pompe. Sans rechigner.

Est-ce une meilleure administration publique qu'il nous faut forger, former, faire s'adapter de force aux circonstances ? Est-ce l'armada, sans fin, de nominés politiques au sein et autour de certaines administrations publiques qui sont causes de certaines tristes inconsistances ? Est-ce l'absence de moyens qu'il y a derrière des gabegies et des incuries administratives ? A la prison comme ailleurs ? Toujours est-il que malgré la notoire inefficacité de certaines instances publiques, on entend encore chanter leur gloire. Comme ces rois nus à qui on souhaite longue vie !

Serge Ng Tat Chung

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