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Morale et Religion (III)

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Tant qu'on décrit dans l'abstrait, l'exercice est simple. Dès qu'on entre dans le concret, on s'engouffre dans la complexité des situations humaines. Le divorce en lui-même n'existe pas, ce sont des personnes humaines qui veulent divorcer ­ et ça complique tout ! Ce qui ne supprime pas la nécessité d'un effort de réflexion qui se couple avec une exigence d'honnêteté intellectuelle.

Avortement

Posons au départ qu'il s'agit de mettre fin à une vie humaine. Dans l'abstrait, personne n'est «pour». La difficulté survient au plan de l'existence concrète, et c'est alors qu'on arrive à envisager la légalisation.

En France, c'est Simone Veil qui a proposé la légalisation. Elle était personnellement contre l'avortement. Alors, pourquoi ? Parce que beaucoup pensent que l'avortement ne peut pas être considéré uniquement sous l'aspect individuel de la morale personnelle, mais sous l'angle politique, qui concerne la société en général. Il s'agissait de justice sociale: les riches prenaient l'avion pour la Suisse ou l'Angleterre, tandis que les pauvres risquaient leur vie. D'où la décision de parer à cette injustice.

Madame Veil avait mis en place tout un arsenal de mesures pour tenter d'éviter un recours trop facile à l'avortement. Cette solution qui s'adressait aux femmes de 35 ou 40 ans, pas moins ; entretiens avec médecin, psychologue, assistante sociale ; propositions d'autres possibilités, telles que l'adoption. L'humain étant ce qu'il est, la légalisation, qui se voulait mesure de justice, a fini par se dégrader en solution de facilité : l'autre jour à France-Inter, il a été reconnu que l'avortement était devenu «un moyen de contraception». Et gratuit, alors que la pilule s'achète !

L'énorme problème posé par la légalisation, c'est qu'elle va tout droit à la banalisation : avorter devient un acte banal. Voilà comment une loi censée venir au secours des malheureux en arrive à perdre toute signification morale. Triste conséquence. Et comme d'autres pays ont fait la même expérience que la France, la question de la légalisation devrait être un sérieux sujet de réflexion. Par contre, sa dépénalisation s'impose car c'est une question de justice envers des pauvres qui, elles, risquent la prison.

Une fois ceci clarifié : l'avortement est un mal et la légalisation un plus grand mal, car il sera banalisé, et cette loi n'aidera personne à grandir. Est-il possible de se poser une question ? Je dis bien une question : je n'ai pas de réponse, je ne sais pas, je ne connais que la question. La voici : n'y aurait-il jamais aucun cas où l'avortement resterait un mal, mais où il serait un moindre mal ? Où il serait la solution la moins mauvaise ?

Ne me tuez pas ! Essayez de comprendre ! Si une personne a connu ce drame de conscience, peut-être que la question vaut d'être posée. Il faut que la loi reste la loi, mais si elle devenait un rouleau compresseur pour quelqu'un ? Voilà ma question sans réponse.

Mais il y a des moyens d'éviter l'avortement. Il y a des méthodes de contraception, et elles sont admises par nombre de prêtres et de théologiens, mais pas par l'enseignement officiel de l'Église. Il existe également la méthode naturelle, la meilleure sans doute (celle de l'Action familiale), mais qui demande quelques efforts qui rebutent certains.

Homosexualité

C'est l'attirance sexuelle pour une personne de même sexe. À ne pas confondre avec la pédérastie, qui est l'attirance sexuelle d'adulte pour des enfants. En grande majorité, l'attirance sexuelle est orientée vers le différent (hétérosexualité).

Pour le moment, on est assez ignorant des causes de l'homosexualité. Certains spécialistes écartent l'hypothèse de causes physiologiques, mais tous ne partagent pas cette opinion. Certains chercheurs privilégient les facteurs éducatifs. Les facteurs sociaux ont aussi de l'importance. Quoi qu'il en soit des causes, il semble que dans la majorité des cas, la personne ne choisisse pas de devenir homosexuel. Elle se découvre un jour, le plus souvent à l'adolescence, marquée par cette forme de sexualité. Une psychologue assure que personne

ne choisit d'être hétéro ou homosexuelle. C'est aussi l'avis du théologien moraliste Xavier Thévenot, qui a passé une grande partie de sa vie à écouter des personnes homosexuelles.

Il semble donc que bon nombre de spécialistes affirment qu'il ne s'agit pas d'un choix volontaire, et donc ne peut être considéré comme un choix venant de la liberté du sujet. Si ce n'est pas un choix libre, on ne peut parler de culpabilité du sujet. Je ne suis coupable que si je peux choisir entre deux possibilités, deux chemins, deux options.

Le père Timothy Radcliffe, qui a été supérieur des dominicains pendant neuf ans et qui était ici il y a quelques mois pour des conférences, dit que Dieu peut appeler des personnes homosexuelles pour être religieux et qu'ils sont de très bons religieux. Du point de vue chrétien, on ne peut parler de péché.

Ceci étant, le père Thévenot fait cette distinction : l'homosexualité n'est pas anormale, mais elle est anormative. Ce qui signifie ceci : ce n'est pas anormal ­ c'est clair ; mais on ne peut en parler, ou la présenter comme une règle, comme une option laissée au libre choix de quelqu'un : «Voici : tu peux choisir entre ceci et cela.» Cette position ne serait pas morale.

La difficulté de la question de l'homosexualité tient en ceci : elle abolit la différence, on est dans la confusion : c'est le même avec le même. Alors que la différence enrichit, la différence est créative, la différence fait du neuf, elle débouche sur la vie.

Sodomie

On ne peut s'empêcher de se demander pourquoi des personnes hétérosexuelles seraient autorisées à pratiquer la sodomie ­ vraiment pourquoi ? Par simple désir ? Si donc il suffit d'avoir «envie» pour obtenir le feu vert du législateur, qu'il dépénalise et légalise tout. Tout, sans exceptions. Il faut savoir que si la société (d'avant Valayden) a posé des interdits, c'est justement parce qu'il peut y avoir désir. S'il y a interdit, c'est parce qu'il y a désir.

Pour une société qui essaie d'être morale, le désir n'est pas un critère devant faire loi. La loi est justement là pour empêcher ou freiner, réguler le désir.

De plus, la loi est faite pour les faibles, pour les petits, pour les sans défense. Dépénaliser la sodomie, c'est dire à la femme ­ moins forte musculairement que l'homme ­ : «Soumets-toi !»«Exécute !» Et on arrive à la situation du faible qui est sans recours, «grâce» au législateur !

Attouchements sur mineur

Et mineur consentant ! Je me demande si Valayden a quelque idée de ce qu'est un enfant de douze ans? Vraiment, il imagine que cet enfant peut résister aux sollicitations de la séduction adulte ?

Dans les pays civilisés, on protège l'enfance contre les perversions adultes. Je crois qu'à Maurice, il existe des gens équilibrés, et d'autres pas ­ je ne vois que cette explication pour juger certaines décisions. Et je veux saluer le ministère de la Femme qui a publié, il y a déjà quelques années, un excellent livret intitulé Le toucher. Il est dit à l'enfant ­ inclus ceux de douze ans ­ que son corps est à lui, et que personne n'a le droit de le toucher, personne n'a le droit de disposer de son corps. Si la loi Valayden passe, il faudra brûler tous les exemplaires de ce livret : on ne peut pas tenir deux discours contradictoires à la fois.

Conclusion

Je crois que je serai en faveur d'une femme comme ministre de la Justice. Pour que la justice prévale.

Solange Jauffret

Concernant l'avortement, un avocat m'a fait remarquer que ne pas pénaliser équivalait à l'égaliser. Sans doute a-t-il raison, légalement parlant.

Je dois donc préciser ma pensée. Je suis contre la pénalisation, pour les raisons d'injustice sociale : les riches ne seront pas inquiétés alors que les pauvres risqueront une sanction. Mais je suis aussi contre la légalisation à cause du risque de banalisation. Je crois que, humainement parlant, il est possible de ne pas faire l'équation : dépénaliser = légaliser.

L'idée étant celle-ci : que la question d'interruption de grossesse soit laissée à la conscience de chacun, le légalisateur m'intervenant pas.

Peut-on partir de cet exemple : aucune société n'a jamais légalisé l'assassinat. Or on assassine chaque jour des milliers de personnes impunément, sans être poursuivi en justice. C'est le cas de la guerre. Pourquoi ne serait-il pas possible que l'interruption de grossesse connaisse le même statut ?

S.J.


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