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Homa Mungapen, coordinatrice du Conseil des religions :


«Les communautés religieuses peuvent combattre efficacement le VIH/sida»

Luttons tous ensemble

Je suis à Lacaz A depuis le début de juillet, du lundi au vendredi, de 9 à 16h00. Si j'en suis arrivée là, c'est après avoir vécu 25 ans avec un mari drogué. Il est décédé il y a trois ans. Le jour de son enterrement, j'ai fait mon premier témoignage et je me suis engagée à aider ceux qui vivent actuellement avec ce problème. Cela n'a pas été facile d'être mère et père à la fois, mais je me suis sacrifiée, car je savais que les enfants de parents séparés sont plus à risque de succomber à ce fléau.

J'ai toujours pensé que j'allais faire du social à ma retraite, mais la vie en a décidé autrement. Après avoir été licenciée d'une firme où j'ai travaillé pendant 22 ans, à mon âge, je savais que cela n'allait pas être facile de trouver un job. Comme j'avais eu beaucoup de formation sur les méfaits de la drogue et le sida et de par ma propre expérience, j'ai décidé de me joindre au groupe Elan, une ONG qui s'occupe de la réhabilitation des ex-détenus. En tant que femme, je n'ai pas peur de me retrouver face à un ex-détenu, un toxicomane ou une personne vivant avec le VIH/sida, car ils ne sont pas nés ainsi.

Et en tant que chrétienne, j'ai placé ma foi en Dieu, qui ne m'a jamais abandonnée. Même si mon défunt mari ne travaillait presque pas, mes enfants et moi ne sommes pas demeurés le ventre vide et ils ont pu avoir une éducation. Je ne me suis jamais sentie découragée durant ces moments très difficiles, j'ai lutté pendant 15 ans pour essayer de le faire sortir de l'emprise de la drogue. Ma lutte n'a pas été vaine, mais malheureusement, quelque temps après, comme il était quelqu'un de faible et incapable de dire non, il a sombré dans l'alcool - ce qui l'a conduit vers la mort.

Je suis membre du groupe A de Cassis depuis les années 80, quand mon défunt mari était en réhabilitation. Comme mes enfants grandissaient, j'ai dû arrêter. Depuis sa mort et que les enfants ont grandi, je me donne à fond pour aider les victimes et rejetés de la société.

Tout ce que je fais, je le fais avec mon cœur et n'attends rien en retour, puisque c'est ma mission et c'est ce que Jésus nous demande en tant que baptisés. Une chose que je ne regrette pas : quand il a été malade pendant deux mois et demi, mes enfants et moi nous nous sommes occupés de lui avec beaucoup d'amour. J'ai même oublié qu'il s'en est allé.

Un message aux parents qui ont des enfants qui sont dans ces fléaux : ne pas les rejeter, car avant d'être toxicomanes ou porteurs du VIH/sida, ils sont avant tout des êtres humains comme nous tous. Il ne faut pas les ignorer et les stigmatiser. Mon plus grand souhait : que tous ensemble nous arrivons à briser l'indifférence vis-à-vis des toxicomanes et ceux vivant avec le VIH/sida afin que la société les accepte. Je suis contre la drogue, mais pas contre ceux qui en sont les esclaves. Si nous aimons vraiment notre prochain et notre pays, ensemble luttons tous contre ces fléaux.

Gilberte Némorin


Responsable de Lacaz A


Le Conseil des religions poursuit sa formation dispensée aux dignitaires religieux. Le 19 juin dernier, il a ainsi rencontré une quarantaine de membres du clergé catholique, dont Mgr Maurice Piat, au Thabor. L'atelier de travail était animé par Homa Mungapen et le Dr Joy Bhuckory, de l'ONUSIDA. Rencontre avec Homa Mungapen, coordinatrice du Conseil.

Pourquoi cet engagement du Conseil des religions au niveau du sida ?

Le Conseil des religions répond à l'appel de Koffi Annan, ancien secrétaire des Nations unies, lors de sa visite à Maurice en 2005, quand il avait rencontré les chefs religieux pour leur demander de collaborer avec le Programme des Nations unies pour lutter contre la pandémie du sida, comme cela avait été le cas en Afrique. Suite à cet appel, les Nations unies ont approché le Conseil des religions et ont signé avec nous un accord de partenariat dans la lutte contre le VIH/sida.

Où en est ce projet ?

Après un temps de réflexion, il y a eu la création d'un comité technique consultatif (TAC). Le Conseil des religions, avec le soutien du TAC, s'est engagé à assurer la formation des prêtres, imams, maulanas et autres responsables religieux qui ont des contacts régulieres avec les fidèles dans leurs cérémonies religieuses. Depuis le début du programme, en septembre dernier, le Conseil des religions a préparé régulièrement des rencontres de formation avec les différentes organisations religieuses qui ont des prêtres à leur service. De septembre à décembre 2006, j'ai pris mon bâton de pèlerin et j'ai frappé aux portes des fédérations, conseils et diocèses religieux. L'accueil a été très positif, les portes se sont ouvertes ­ cela a été très intéressant et enrichissant. Pour certains de nos interlocuteurs, c'était une démarche tout à fait nouvelle. Le cœur de ce projet est la formation des corps religieux. Plus de 300 dignitaires religieux ont été contactés. C'est ainsi qu'a débuté, le 19 juin dernier, l'atelier de travail au Thabor, à Beau- Bassin, avec les prêtres catholiques. Nous souhaitons que les hommes religieux soient bien informés Un plan d'action est entre-temps en préparation.

Pourquoi ce choix de toucher seulement les prêtres et non les religieuses, alors que ces dernières travaillent souvent
avec les femmes touchées par la pandémie ?

Les prêtres, imams, maulanas et pandits sont considérés comme le pivot des communautés. Tout passe par eux : naissance, baptême, mariage, funérailles... Je ne dis pas que les religieuses ne sont pas sollicitées et écoutées. Elles font déjà un

grand travail de sensibilisation, de prévention et d'accompagnement. Les prêtres, imams, maulanas et pandits ont les moyens de toucher une majorité de la population par leurs sermons et leurs contacts.

Comment sensibiliser les collégiens, également touchés par le VIH/sida ?

Je pose constamment cette question : Que dirons-nous à nos enfants quant à nos actions alors que des millions de personnes meurent ? Sommes-nous de simples spectateurs ou des combattants ? Nous sommes redevables envers les jeunes. Quel exemple leur donnons-nous ? Pour trouver des informations, les jeunes ont la famille, l'école et la société. Malheureusement, la famille n'a pas le temps, préoccupée par d'autres soucis. Il n'y a pas d'éducation sexuelle à l'école et quel exemple la société donne-t-elle aux jeunes ? Le virus profite de cette situation et gagne du terrain - le nombre de jeunes victimes augmente. L'ignorance va continuer à faire des dégâts. La propagation de la pandémie sera considérablement réduite si l'on apprenait aux jeunes à respecter l'abstinence et au couple la fidélité. Nous sommes convaincus que les communautés religieuses peuvent intervenir de manière efficace dans ce combat.

Comment expliquer l'échec des campagnes

de prévention et de sensibilisation ?

La propagation de la pandémie pourra être considérablement réduite si l'on apprenait aux personnes à être responsables de leur vie sexuelle. Les gens refusent de comprendre que le VIH/sida est une maladie transmissible. Les meilleures campagnes sont l'abstinence et la fidélité. Si aujourd'hui 50% des femmes atteintes du sida sont des femmes au foyer, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Où la majorité de ces femmes ont-elle attrapé le virus, sinon avec leurs conjoints ? Certains se croient immunisés et croient que le VIH/sida, ce n'est pas mon problème. Nous sommes convaincus que les communautés religieuses peuvent intervenir de manière efficace dans ce combat. Elles devraient envisager une attitude différente et, par conséquent, adopter un changement de comportement. Ce qui permettra une réponse efficace à la crise du VIH/sida. Le défi pour enrayer la progression de la pandémie ne pourra être relevé avec succès que grâce au courage, à la détermination et à la mobilisation de la société ­ et ce à tous les niveaux.

Propos recueillis par


Sylvio Sundanum


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