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Gérard de Fleuriot :


«Benoît XVI a posé
un acte politique, un choix politique : une ouverture à des dissidents

Le dernier «Motu proprio» de Benoît XVI quant à une «libéralisation» de la messe en latin suscite de nombreux commentaires négatifs. Qu'en est-il au juste ?

Les médias internationaux ont présenté ce Motu proprio comme le retour au latin dans l'Eglise. Cette mesure n'a rien d'universel et ne concerne que quelques entêtés du rite latin à qui Benoît XVI donne une passerelle. Cela ne vise en rien les progrès de Vatican II.

Il faut rappeler que l'Eglise n'a pas de langue officielle et que les langues et les cultures de tous les pays sont les langues et cultures de toute l'Eglise.

Même si certains couvents reprennent des chants en latin, ce n'est pas dans l'esprit de Vatican II de revenir à une langue morte, parlée par personne. Et qui n'est la culture de personne.

S'il est vrai que le Vatican garde quelques documents en latin, il soutient également l'espéranto. Et il n'est nullement question que le Vatican impose l'espéranto à toute l'Eglise !

La messe en latin était-elle interdite depuis Vatican II ?

Nullement, mais Paul VI avait bien balisé le cadre dans lequel elle pouvait se dérouler. Mais la messe en latin est un faux problème. Jésus lui-même ne parlait pas le latin, mais l'araméen. Les premiers chrétiens, même à Rome, célébraient la messe en grec. Ce n'est qu'au IIIe siècle que le latin est utilisé pour les rites. Et le latin que parlaient les chrétiens n'était pas celui de Cicéron, mais le latin vulgaire !

Pourquoi la décision du pape est-elle perçue comme un cadeau aux intégristes catholiques et un recul quant aux avancées de Vatican II ?

Je crois que Benoît XVI a voulu offrir une passerelle à certains «exclus» de l'Eglise. Peut-être le pape éprouve-t-il des remords quant à la manière un peu rigide que l'Eglise a traité les partisans de la théologie de la libération ? Il est dans la logique des choses qu'il y aura traitement égal de la part du Vatican contre ces théologiens. C'est peut-être une manière voilée qu'a trouvée le pape pour faire son mea culpa.

On ne peut donc pas parler de victoire posthume
de Mgr Marcel Lefebvre ?

Victoire ? Malgré la passerelle que leur tend le pape, le retour des intégristes me paraît si compliqué ! Benoît XVI a posé un acte politique, un choix politique : une ouverture à des «dissidents». Cela peut paraître lâcher du lest, mais l'intention vaticane est de les ramener au sein du troupeau.

Cette décision vaticane aura-t-elle des conséquences à Maurice ?

Non, car la messe en latin n'est pas un problème pour nous. Nous n'avons nullement été touchés par ces névrosés attachés uniquement à un rite. Or, Jésus est venu transformer la foi juive, trop rituelle, en une foi en esprit et en vérité. Souvenons-nous de l'épisode de la Samaritaine. Les rites et règles sont nécessaires, mais doivent exprimer la foi en esprit et en vérité. Et cela ne peut aller de pair avec une langue incompréhensible. Ce serait trahir l'esprit du Christ. Tel n'est pas le cas de l'Eglise depuis le souffle de l'Esprit-Saint dans le Concile.

Propos recueillis par Erick Brelu-Brelu


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