Père François-Xavier Dumortier


«Il faut être capable de témoigner de sa foi»

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la même liberté de parole ?

Je ne crois pas que l'on puisse parler ainsi : les relations entre la compagnie de Jésus et le Vatican sont bonnes et les jésuites peuvent s'exprimer très librement. Quand il s'agit de théologiens, nous savons que le travail du théologien dans l'Eglise est de proposer une réflexion intellectuelle sur et à partir de la foi. C'est une véritable responsabilité qui est exercée dans le domaine de l'intelligence de la foi et avec le souci d'être fidèle au magistère de l'Eglise. Il est de la responsabilité de Rome d'être attentif à ce que publient les théologiens. Ce n'est pas de la censure ; c'est le désir d'assurer une certaine régulation du travail théologique dans l'Eglise.

Si nous prenons le cas du père Jan Sobrino, cela s'inscrit dans le débat autour de la théologie de la libération. La Congrégation pour la doctrine de la Foi a exprimé quelques réserves au sujet de certaines parties de son œuvre. Une telle intervention concerne un théologien important qui est aussi un jésuite, mais cela ne signifie pas que tout théologien jésuite soit l'objet de suspicion ni que les jésuites n'aient plus leur liberté de parole.

Il me semble que les relations entre la compagnie de Jésus et le Saint-Siège sont globalement bonnes et confiantes. Le pape Benoît XVI a exprimé à plusieurs reprises ses attentes envers la compagnie de Jésus : il souhaite que nous poursuivions notre tâche éducative et notre mission de formation ­ notamment philosophique et théologique - dans la confrontation à la culture moderne. Je pense qu'il peut compter sur nous pour être présents aux grands enjeux intellectuels d'aujourd'hui et pour relever les défis que l'Eglise rencontre.

Que pensez-vous de la mission et de la présence des jésuites à Maurice ?

Les jésuites font un bon travail dans le diocèse. Il est essentiel de poursuivre cela. Depuis quatre ans que je viens à Maurice, je note que c'est une société qui bouge et évolue constamment. Aussi me semble-t-il important de comprendre les enjeux de la société mauricienne dans ses différents aspects. Ici comme ailleurs, il faut être capable de témoigner de sa foi et de rendre compte de l'espérance qui est la nôtre. Ainsi, est-il nécessaire de se former pour approfondir et connaître davantage ce qui est notre foi commune et ainsi pour mieux suivre le Christ. Car l'Eglise s'invente avec nous et à travers nous. Là où ils sont et travaillent, les jésuites sont dans et pour l'Eglise et leur tâche vise à ce que vive une communauté de témoins du Christ aujourd'hui.

Propos recueillis par
Jean-Marie St-Cyr


Provincial des jésuites pour la province de France, dont fait partie Maurice, le père François-Xavier Dumortier était, comme chaque année, de passage à Maurice (du 4 au 10 juillet) pour une rencontre personnelle avec les membres de la communauté. Cette année, toutefois, il a eu la joie de recevoir les vœux définitifs du père Steves Babooram.

Qui est le père François-Xavier Dumortier ?

Je suis provincial des jésuites pour la province de France de la Compagnie de Jésus depuis 2003. Je suis entré dans la Compagnie de Jésus en 1973, j'ai été ordonné prêtre en 1982 et j'ai fait mes derniers vœux en 1990. J'ai été au centre Sèvres, facultés de philosophie et de théologie des jésuites à Paris de 1982 à 2003, et j'ai été président du centre Sèvres pendant six ans (1997 à 2003).

Quel était le but de votre visite à Maurice ?

Comme chaque année, je visite les compagnons de la province pour une rencontre personnelle avec chaque membre. Cette année, j'ai organisé ma visite de sorte qu'elle coïncide avec les vœux définitifs du père Steves Babooram. Mais j'ai aussi eu l'occasion de rencontrer l'évêque de Port-Louis et de concélébrer la messe en compagnie du père Sylvain Victoire à Cité-Chebel dimanche d'avant. En dehors des jésuites, je ne fais pas beaucoup de rencontres en général. Il est important pour le provincial de rencontrer individuellement chaque jésuite appartenant à la province, dans cette relation de confiance et d'ouverture que présuppose l'obéissance religieuse.

Pourquoi Maurice est-elle rattachée à la province de France ?

Les jésuites à Maurice relèvent de la province de France depuis 1987 - date à laquelle il a été décidé à Rome que la communauté ferait partie de la province de France - cela en raison de la proximité de Maurice avec l'île de La Réunion et du fait qu'à Maurice on parle couramment le français. Cela dans la perspective que s'établissent des liens entre les jésuites de l'île Maurice et ceux de La Réunion.

En quoi la spécificité des jésuites répond-elle aux exigences du monde actuel ?

La compagnie de Jésus est un ordre religieux qui essaie, depuis ses débuts au XVIe siècle, de vivre à la suite de Jésus-Christ au cœur des réalités du monde en privilégiant quelques domaines importants : l'éducation, la formation, l'accompagnement spirituel. Comme St Ignace l'a proposé à partir de son expérience personnelle, chaque jésuite veut faire découvrir ce chemin qui permet de rencontrer le Christ personnellement.

Depuis les années 70, il y a des dimensions nouvelles qui nous sont apparues : le souci d'une plus grande justice et l'inculturation dans les endroits où nous étions. Un jésuite a à cœur de faire des ponts et de créer des liens, de permettre une meilleure compréhension du monde dans lequel nous vivons et de ne jamais dissocier l'engagement dans ces tâches et l'annonce de l'évangile. L'amour du Christ doit prendre chair dans notre monde. Une des tâches où le pape Benoît XVI nous a demandé d'être très présents, c'est le travail philosophique et théologique, et cela en vue de vivre en dialogue avec le monde qui nous entoure et qui évolue constamment et pour pouvoir prendre en compte ce qui s'y vit en profondeur. A travers tout cela et comme nous aimons le dire, le jésuite souhaite devenir «serviteur de la mission du Christ».

Parlez-nous des relations difficiles entre la compagnie de Jésus
et le Vatican. Comment vivez-vous le fait que les jésuites n'ont plus

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