Gérard Louise


Le self-made man

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La consécration

«La vie ne m'a pas fait de cadeau. J'ai dû suer, mais cela m'a donné une force pour combattre. Même en tant que directeur, le combat est perpétuel.» Un combat qu'il dit mener pour le salut des artistes. Son arme ? La prière. «En tant que chrétien, la prière m'est l'arme la plus chère». Il a toujours sa bible à portée de main, même si c'est surtout dans l'avion qu'il a le temps de lire quelques versets.

Vu les exigences de son emploi, il s'est spécialisé dans le droit de la propriété intellectuelle. Un atout pour celui qui veut traquer sans relâche ceux qui piratent sans vergogne les œuvres des artistes qui ont dû peiner pour les produire. Sa force: le soutien des artistes et des membres du Conseil d'administration de la MASA. «Ce qui me rend plus fort, c'est ceux qui se plaignent du piratage à Maurice.» Il considère que le piratage ternit l'image du pays.

Guide spirituel

Il dit avoir été marqué par le courage de sa mère et de Philippe Oh San, son guide spirituel. Célibataire, hors boulot, il ne trouve que le temps de s'occuper de ses deux nièces. Gérard Louise commence ses journées tôt (7h30) et, souvent, ne rentre chez lui que vers 22h00 , après des réunions ou communications téléphoniques avec des sociétés de droits d'auteurs à l'étranger. Il est le vice-président du comité exécutif de la Confédération internationale des sociétés d'auteur et compositeur (CISAC) pour la région Afrique. Ses projets : outre combattre le piratage, la création d'un orchestre philharmonique constitué de musiciens membres de la MASA.

Conscient de ses origines, Gérard Louise est heureux d'avoir parcouru tout ce chemin pour être ce qu'il est aujourd'hui ­ et ce par la grâce de Dieu. «Je suis une personne qui ne croit pas dans le backing, mais dans la méritocratie. Je viens d'un quartier où on peut facilement succomber à la tentation de la drogue ou à n'importe quel vice. Le scoutisme m'a aidé à trouver ma voie et à faire le discernement entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. J'encourage les jeunes à s'engager dans ce mouvement et à apprendre à s'auto-discipliner, ce qui est la mère d'une culture.»

Jean-Marie St-Cyr

Issu d'une famille modeste, Gérard Louise s'est vu contraint, dès l'âge de 12 ans, de devoir travailler pour subvenir aux besoins des siens et payer ses études. Persévérant, il n'a jamais baissé les bras et aujourd'hui, après avoir fait plusieurs métiers, il est directeur de la Société des droits d'auteurs (MASA) bien décidé à mener la vie dure à ceux qui pratiquent le piratage et qui ne respectent pas la propriété intellectuelle.

Gérard Louise pourrait être qualifié d'opportuniste pour avoir su saisir toutes les occasions qui se sont présentées à lui pour atteindre ses objectifs. Issu d'une famille modeste de Stanley, banlieue rosehillienne à laquelle diverses images stéréotypées sont attachées, il a connu la misère dans ses entrailles. Elève à l'école St-Enfant-Jésus-RCA, Rose-Hill, c'est au collège New Eton qu'il a poursuivi ses études, malgré les difficultés financières rencontrées; particulièrement après le décès de son père. «Je n'avais que 12 ans, ma sœur avait 8 ans et mon frère 8 jours.»

Petits métiers

Sa mère, couturière (modiste comme on disait à l'époque) s'est retrouvée subitement seule à subvenir aux besoins de la famille. Ce qui a contraint Gérard, en tant qu'aîné de la famille, à chercher du travail. «A la sortie de l'école, j'allais travailler les après-midi comme jardinier, maçon, peintre...» Il a fait cela jusqu'à la F V, car c'était le seul moyen pour lui de poursuivre ses études. Il avait aussi un rêve : être musicien.

Il doit une fière chandelle à ceux qu'il a rencontrés durant son adolescence : Benjamin Marie Joseph (magistrat), Jos Nanette (manager), Antoine Venkatasalon (architecte), pour ne citer qu'eux. «Nous étions tous issus de familles modestes, mais nous avions l'ambition, grâce aux études, d'aller loin dans la vie.»

Quand, en 1979, il rencontre Percy Appadoo, c'est le début de la concrétisation de son rêve : le Scout Band est formé. Gérard Louise se met à étudier la musique. En 1981, il est Drum Major.

Méritocratie

Percy Appadoo lui offre un violon et il s'inscrit au centre Charles Baudelaire, aux cours de Philippe Oh San. Une année plus tard, il participe aux premiers examens de la Royal School of Music (RSM). Il prend part aux différents examens jusqu'au Grade 8, où il obtient le prix de la meilleure performance aux examens en 1988. Il maîtrise également la clarinette, où il réussit l'examen de Grade 8 et obtient le 1er prix aux examens. Pour subvenir aux besoins de la famille et payer ses études et les frais d'examens, il se produit dans les hôtels.

Après avoir enseigné deux années au conservatoire de musique François Mitterrand, il s'engage comme 1er violon et 1re clarinette dans le Police Band de Paul Domingue. Bien que dans son élément, il est déçu par l'absence de méritocratie. «J'ai fait des sacrifices, j'ai fait des études et passé plusieurs examens pour atteindre un bon niveau, mais d'autres qui n'arrivaient même pas à lire un extrait de concerto sont devenus sergents.» Devant cette injustice, il préfère partir.

Nouvelle orientation

Ses amis Rama Valayden, Dev Ramanah et Benjamin Marie Joseph l'encouragent à revenir au conservatoire François Mitterrand, tout en suivant des cours de droit. «A travers le droit, j'ai voulu combattre l'injustice et me mettre au service de ma communauté et des gens qui en ont besoin.» Il donne également des cours à l'institut de pédagogie (MIE).

Après avoir travaillé chez BUT comme conseil légal et à l'école hôtelière comme enseignant en droit et en gestion d'hôtel et du tourisme, il choisit de changer d'orientation : encouragé par ses amis artistes, dont Bruno Raya et Steve Augustin, il postule comme directeur de la MASA. Nous sommes alors en 2001. Détenteur d'une maîtrise de droit de Wolverhampton, il est choisi en 2002: ses capacités musicales et ses études légales lui permettant de faire la différence.

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