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Generation «Live»

Rien n'étonne devant la classe d'âge de plus en plus jeune de nos délinquants, nos drogués, nos violeurs, nos chômeurs. Le nombre de ces jeunes de plus en plus désœuvrés, laissés-pour-compte, sans formation, augmente. A cela ajoutons le fait, et ceux qui sont au chevet des plans d'emplois le disent et le redisent, le mismatching entre l'offre et la demande d'emplois présente des décalages effarants. Là où, apprend-on, des emplois sont disponibles, il y a disette grave de la demande. Là où existent talents, ambitions en puissance, volontés potentielles d'être créatifs, entreprenants, il n'y a aucun encouragement d'accès ni de structure de détection et d'accompagnement.

La racine de ce mal est profonde. Elle est dans le décalage entre l'école et la société, dans son attente et ses évolutions. L'école de la République, contrairement à nos institutions financières et commerciales par exemple, est désuète. Ses structures rabougries. Ses équipements et ses encadrements dépendent pour leur vitalité, de l'imagination et de l'audace limite. Aujourd'hui, l'enjeu n'est plus de continuer à doper la réussite au CPE, en SC et en HSC. L'enjeu est dans ces chiffres scabreux de nos jeunes qu'il nous faut soustraire de la délinquance, de la drogue, de la violence, du désœuvrement. L'école doit en soustraire, en effet, et non en rajouter

Orpheline du Budget 2007-08

Quand des enseignants se font tabasser en classe par leurs élèves ou inversement. Quand du gandia est consommé, si l'on en croit des reportages de presse, en milieu scolaire. Quand, dit-on, il s'en trouve aujourd'hui des élèves du secondaire atteints du sida. Il n'y a alors de pires aveugles que ceux qui ne veulent pas voir. Que l'école de la République est malade, en effet! Qu'on ne peut continuer à la laisser sans moyens. Dépouillée face aux défis du temps. Qu'on ne peut avec le staffing d'hier répondre aux problèmes d'aujourd'hui. Qu'il est grand temps, de lancer un SOS citoyen autour de l'école. Pour que notre jeunesse soit le souci de tous. Et non un sujet que l'on tait. Parce que l'on trouve que ce n'est pas dans le programme électoral. Pas dans le budget. A cause de trop de dépenses. Sujet alors englouti dans une conspi-ration du silence de la part de l'establishment responsables. Par tranquillité de conscience.

L'école de la République devrait pouvoir bien s'équiper. Pour faire face au mismatching. Pour innover. Pour mieux encadrer. Mais qui véritablement en parle ? L'école est, l'on a vu, une des grandes orphelines du dernier budget national. Des règlements administratifs lourds gênent l'embauche de professionnels dont l'école a besoin. Pour répondre aux défis des temps actuels. Les coûts de gestion d'établissement scolaire en termes humains et d'équipements sont aujourd'hui prohibitifs, face aux moyens disponibles. L'innovation a un coût. La formation aussi. L'école de la République manque des deux.

Impuissants badauds

Nos jeunes, aujourd'hui, font tout Live. Leurs MP3. Leurs Ipodes. Leurs SMS. Leurs divers Chat à risque. Leurs émissions télévisées, surtout celles où l'on fabrique tout de suite des vedettes, des acteurs, des aventuriers sur fond d'argent facile. Leurs jeux se passent Live. Les scènes d'amours, ils ne les regardent plus. Ils les font. Et se les mettent en circulation live. Leurs liens sont de plus en plus by attachments. Bon nombre de ces attachements sont à leur meilleur avantage quand ils se les communiquent dans l'ombre.

A ce déferlement, que fait-on ? Quels moyens ? Pour l'école ? Pour les familles ? Il n'est plus possible que l'on reste en bord de route en impuissants badauds ou en badauds potiniers. Nous avons besoin aujourd'hui de remettre l'école au centre de nos préoccupations. Les valeurs, la discipline, les orientations professionnelles, les choix de parcours, de filières, sont, à l'école, des espaces qui ont besoin d'être professionnalisés. Reconnus statutairement pour ceux qui l'exercent et qui ont compétence à le faire. Faisons en sorte que les attentes, en formation, en structures d'accompagnement social et d'adéquation professionnelle, le soient, elles, accessibles, fonctionnelles, visibles en live aussi, pour mieux aider à répondre aux attentes du pays et à baliser la moralité publique.

Integrated Education Scheme

Il n'y a pas que la cherté des prix et le gros fric étranger dont il faut qu'on s'occupe. Il y a la mise en péril de l'école de la République. De la dégradation des mœurs aussi. Occasionnant des victimes de plus en plus jeunes, fragiles, exposés. Puisque l'on y est, pourquoi le secteur éducatif ne serait-il pas aussi à sa manière, un IRS où l'on ne lésinerait plus, comme l'on fait aujourd'hui, sur des moyens. Un mode de Integrated Education Scheme qui intègrerait, en voyant grand, tous nos enfants du préscolaire au supérieur dans des filières fluides, cohérentes, largement dotées, pour une plus grande rentabilité de la matière grise humaine. Cet enjeu-là ne vaut-il pas tous les IRS du monde ? Il nous faut voir aujourd'hui plus grand, plus loin, plus large, pour nos jeunes. Voir au-delà des économies de bouts de chandelles budgétaires que l'on a fait dans l'éducation. Autrement, préparons-nous à payer un lourd tribut aux dérèglements des valeurs et des comportements. Les écrits sont déjà sur les murs de nos écoles.

Si pour chaque touriste il y a un potentiel agresseur. Si l'on a autant de mismatching que d'emplois créés. Si pour chaque véhicule importé on enfume et congestionne d'autant nos routes. Si pour chaque cyber-modernisation, il existe autant de cyber-exclus par défaut de moyens et de formation orientée, de quel développement alors, parle-t-on ?

Serge Ng Tat Chung

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