plus la communication verbale, le face à face, mais davantage le SMS, l'e-mail.

Des enfants stressés. Par la pression familiale pour réussir : «Nou pa envi ki to vinn kouma nou.» Celle des enseignants. Du groupe d'amis au sein duquel ils doivent absolument fit in. De la pression qui émane d'une famille à problèmes : pauvreté, drogue, violence domestique. Du conflit entre la mise en place de sa propre identité et la culture communautaire...

«C'est facile de dire que nos enfants, sont de plus en plus difficiles, commente la psychologue. Mais c'est notre société qui les fait différents. La présente génération est une qui vit dans l'instantanéité : fax, e-mail... C'est une génération individualiste : il faut en être conscient. Le drame est que les adultes veulent que les jeunes soient comme eux, alors que la société leur impose des comportements autres.»

Exemples divers

En contact permanent avec les élèves et collégiens, Juliette François peut sortir tout un répertoire de situations pour soutenir son analyse. A une session de formation à Roche-Bois, elle demande à des jeunes quand, la dernière fois, ont-ils adressé un mot de tendresse à leurs parents. Réponse unanime : «Nou na pa fer sa !» Comment donc parler de ses sentiments dans pareilles situations, se demande la psy.

Autre situation : dans une école huppée du privé, elle intervient auprès d'élèves qui se droguent. Le pourquoi de leur geste tout comme la réponse reçue sont interpellants à plus d'un titre : «Les parents ne sont pas là, nous sommes désœuvrés. On demande des sous la veille, en laissant un petit mot. Et le lendemain matin, c'est là, sur la table.»

Matérialisme v/s affectif

«Ces parents croient qu'en donnant le matériel, ils sont en train d'aimer leurs enfants. De les rendre heureux. Alors que le primordial, c'est l'affectif. Quand ils ne trouvent pas l'amour, ils vont le chercher ailleurs : combien de fois ai-je entendu les phrases du genre : 'Mo prop disan pas kapav donn-moi ca, me li, mo kamarad, - et quel camarade! - li kapav...'»

Pour Juliette François, le comportement n'est que du learnt behaviour. «Si la discipline n'a pas été acquise à la maison, pourquoi voulons-nous que l'enfant le soit à l'école ? Si l'enfant n'a pas vu ses parents se présenter mutuellement des excuses, pourquoi s'excuserait-il vis-à-vis de ses amis, des enseignants ? Si la femme est dénigrée, pourquoi respecterait-il son enseignante?»

Faut-il donc s'étonner s'il sort du «Mo mama, mo papa pa dir moi narien, be de ki droit ou koz coumsa ar mwa ?» s'interroge un enseignant. Faut-il s'étonner si, vivant dans un foyer violent, il prend comme résolution : «Pena personn ki pou bat mwa» et qu'a l'école, il tabasse, cogne, s'impose, fait son mari, se demande Juliette François.

Et puis, point crucial : l'école est un microsome de notre société. De ses innombrables problèmes. De ces situations diverses que l'on ne soupçonne pas. Comme celle de cet adolescent qui apprend qu'un de ses parents est séropositif. Ou encore de cet autre, de 13 ans, qui, devant les problèmes de couple de ses parents, lance : «C'est moi l'adulte !»«Peut-on apprendre alors que l'avenir semble bouché, que l'école est perçue comme une perte de temps et que l'on ne sait pas comment gérer les changements liés à l'adolescence ?» se demande Juliette François.

École, communauté humaine

Et de poursuivre : «Qui écoute les inquiétudes de nos ados ? Ils veulent s'exprimer, mais ne savent pas comment.... et choisissent la drogue, la boisson, le sexe, autant d'attitudes valorisées par le Peer Group,analyse notre psy. Nous, adultes, avons déjà des difficultés à gérer et à affirmer nos choix. Pourquoi en saurait-il autrement de nos enfants ? Il faut être honnête: dans quelle mesure avons-nous, adultes, à Maurice, notre propre identité et sommes nous conscients de nos valeurs et principes non négociables ?»

L'école est une communauté humaine, pas une caserne militaire. Telle est la conviction d'un recteur d'établisse

ment des Plaines-Wilhems. «Il y a une manière de discuter, de rester ouvert face à un délit, de sensibiliser, de faire intervenir la commune.» Au sein de son établissement, il y a des créneaux pour sensibiliser à la discipline : assemblée, classes de catéchèse, de formation à la vie...

Responsabiliser

Son joker favori : la responsabilisation de l'élève, qui se concrétise par le biais «d'entretien ouvert» qui peut aller jusqu'à la suspension en cas de récidive, l'engagement moral valorisé par la signature de l'élève. «Ainsi, l'élève sent qu'il est écouté, responsabilisé et que sa signature a de la valeur.»

Empowerment

Conviction que partage aussi Tony Wong, manager du Keats College, Rivière-des-Anguilles. «Il faut favoriser le dialogue, expliquer à l'élève en quoi il a mal agi, soutient-il. Faire en sorte que la solution vienne de lui et l'amener à influencer positivement son cercle d'amis. Il s'agit surtout de bien faire comprendre à tous que le respect de la discipline ne relève pas d'un caprice du management, mais d'un élément contribuant au bon fonctionnement de tout groupe humain. Et qu'œuvrer dans le sens du respect de la discipline est l'affaire de toute la communauté scolaire.»

C'est le mot que privilégient tous nos interlocuteurs. «Le ministère doit absolument empower les recteurs/deputy rectors, le personnel enseignant», préconise Yahya Paraouty.

Il y va de l'avenir : «Le métier devient de plus en plus difficile, ingrat, avec des classes bondées de 35/40 élèves... et il ne va plus attirer la jeune génération», prévient le syndicaliste.

Refléxion large

Abondant dans le même sens, Juliette François invite à une réflexion qui brasserait large : quel encadrement, quel suivi des enseignants pour gérer la nouvelle génération ? Comment aider nos adolescents à mieux s'exprimer ?

«Le cours Gestion des conflits de l'ETSH n'est certes pas une solution miracle, mais il offre certainement des techniques qui marchent, souligne-t-elle. Pourquoi ne pas l'insérer dans la formation de ceux qui gèrent des situations de conflits: enseignants, policiers, parents ?»

Et de revenir avec d'autres questions: le système éducatif et tous ses plans d'action prennent-ils en considération les changements inévitables de notre société ? L'école favorise-t-elle des espaces d'écoute et de partage qui permettraient de canaliser nos ados à problèmes vers un network déjà établi de psy, médecins, thérapeutes, sociologues, stress managers ?

Quid de l'empowerment des parents, surtout de ceux qui n'ont pas choisi de l'être, qui ne veulent pas l'être et dont ce n'est pas la priorité, se demande encore notre psy. Et Yahya Paraouty de soutenir que «la pastoral care, c'est bien, mais l'enseignant ne peut certes pas remplacer le parent.»

Nos jeunes ont besoin de role models, soutiennent nos interlocuteurs. Pas de stars inaccessibles, mais des gens avec qui ils peuvent dialoguer et partager. Et notre recteur du collège des Plaines-Wilhems de conclure : «L'importance n'est pas le délit, mais la manière dont on se relève pour poursuivre sa route.»

«L'heure est grave, conclut Narendranath Gopee. Si les choses perdurent, bientôt nous serons à la croisée des chemins. Nous avons sollicité plusieurs rencontres avec plusieurs ministres de l'Éducation, mais les choses n'ont pas été très loin. Il est plus que temps que chaque collège soit indépendant ; que le recteur puisse y appliquer sa discipline en fonction des réalités auxquelles il est confronté.»

Pages présentées par

Danièle Babooram et Sylvio Sundanum

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