Indiscipline scolaire


L'heure est grave

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L'indiscipline scolaire, sous toutes ses formes, prend de plus en plus d'ampleur. Enseignants,
recteurs, élèves et observateurs de la société le reconnaissent. Et il est plus que temps que tous les «stakeholders» se mettent à la même table pour en débattre en vue d'y trouver des solutions. Etat des lieux non exhaustif.

7h40, arrêt d'autobus de Chebel, Beau-Bassin. Plusieurs petits groupes de collégiens d'établissements d'État, confessionnels et privés attendent le bus. Certains ont la musique dans les oreilles ; d'autres tchatchent à fond... Ils ne manifestent pas la moindre hâte à se ruer vers les autobus...

Près d'une heure plus tard, place Margéot, Rose-Hill, certains collégiens s'accoudent encore aux garde-fous ; d'autres, sous les Abribus, laissent passer des bus à moitié vides. «Inn ler pou fer enn zes», lance un jeune en se dirigeant vers le bus.

Même jour, à 9h30, à Curepipe, quelques collégiens, attablés dans une pâtisserie, sirotent tranquillement une boisson... Alors que d'autres, là-bas comme dans d'autres villes, reprennent le bus pour rentrer chez eux.

Le respect de l'heure d'arrivée et du départ au collège ne semble pas une préoccupation chez bon nombre de collégiens. Et l'absentéisme, une véritable plaie, surtout en Forms V et VI, constate B.G, enseignante dans un collège d'Etat.

Classe parallèle

«La question d'absence de la classe est étroitement liée aux leçons particulières, qui remplacent carrément les classes. L'argument à l'effet que l'enseignant ne fait rien est archifaux. Cela ne peut être vrai que de ceux qui se sentent hyper protégés», analyse-t-elle au bout d'une quinzaine d'années d'expérience.

Avis que partage aussi Yahya Paraouty, président de l'Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), qui dit constater que «certains élèves bûchent aux leçons particulières et ne viennent à l'école que pour faire du désordre, taquiner et distraire les autres».

Ecoliers pas plus haut que trois pommes qui se transforment en petits machos insolents, absence des cours et école buissonnière pour les plus grands, langage violent et ordurier, mépris des règles de l'établissement, violence qui dégénère en coups de cutter, consommation de drogue à l'intérieur de l'établissement, clips pornographiques où les collégiens se transforment tantôt en acteurs/actrices, tantôt en metteur-en-scène ou caméramen... Les titres de presse dépeignent régulièrement les gros problèmes de l'école.

Absence de soutien ministériel

«C'est rare qu'un responsable ébruite ce qui va mal au sein de son établissement, d'un collège d'Etat. D'une part, par peur de salir la réputation du collège; et, d'autre part, parce qu'il est conscient qu'il ne bénéficiera pas du soutien du ministère.»

Pour le président de l'UPSEE, l'indiscipline sous toutes ses formes fait partie, à divers degrés, de la vie des collèges. Toutefois, il trouve que le problème est plus récurrent au sein des collèges d'Etat, privés de Discipline Masters, fonction existant dans les collèges privés et confessionnels.

La mission de ces derniers : instaurer la discipline, faire respecter les Rules & Regulations, interpeller les retardataires, s'assurer que les sanctions prévues sont purgées, faire des spotchecks pour retracer d'éventuels resquilleurs... «Il faut tout faire pour que l'Etat reconnaisse cette fonction», invite un recteur de collège confessionnel.

Démotivation

«Il n'existe pas de vrai sense of belonging dans les collèges d'État, poursuitYahya Paraouty. Le personnel et la direction sont mutés régulièrement, d'où, du découragement : ''Pourquoi se fatiguer à instaurer une discipline puisque je partirais dans deux ans ?'' Et dans d'autre cas, un travail de discipline qui est défait avec l'arrivée d'autres responsables.»

Avis que partage aussi Narendranath Gopee, président de la Government Secondary School Teachers Union. «La situation est très grave, renchérit-il. Le ministère a démissionné totalement de ses responsabilités. Il y a une grande contradiction dans la réalité ; pour lui, le problème d'indiscipline est l'affaire des recteurs, mais pourtant, les boards disciplinaires, institués dans les collèges d'État n'ont, dans la réalité, aucun pouvoir. Et toute sanction requiert l'approbation ministérielle.»

Un laisser-aller qui découle aussi de l'interdiction de punir. «On rapporte bien les choses aux parents, ils semblent nombreux à en faire peu cas», rajoute B.G. «Les enseignants sont découragés et adoptent l'attitude du 'Just too bad ! Je toucherai ma paie quoi qu'il en soit...' S'instaure alors chez eux toute une attitude qui va à l'encontre même de ce qu'est l'éducation», analyse Yahya Paraouty.

Des enseignants qui adoptent «a low profile attitude», parce que «pas protégés» et «impuissants», rajoute Narendranath Gopee.

Enfants récalcitrants, conscients de leurs droits, mais pas de leurs devoirs, lâche avec résignation un enseignant comptant douze années de métier. Et Yahya Paraouty d'affirmer qu'en tant que fonctionnaire, il convient, souvent, de réfléchir à deux fois avant de sanctionner un élève. «Je connais le cas d'un élève qui avait été réprimandé. Il a vite appelé ses parents qui, à leur tour, ont interpellé le Zone Director, qui a débarqué en grand fracas au collège. Conséquence : l'administration et le personnel enseignant ont été perçus comme les bourreaux de l'histoire.»

Et quand ils viennent au collège et sont mis en présence des faits, poursuivent quelques enseignants, certains parents refusent souvent d'admettre l'évidence. «Mo pou met ou la polis.... Ou pe sali nou repitasyon», disent-ils, quitte à sanctionner l'enfant incriminé hors de la vue du personnel enseignant. «Ce cercle vicieux fait que les élèves profitent des failles du système.»

Crise de l'adolescence

Yahya Paraouty dit constater que les difficultés sont plus fortes avec les élèves des F III/IV ; des adolescents en pleine crise qui se cherchent et veulent s'affirmer... «Nous avons encore plus besoin à ce moment-là du soutien des parents qui, hélas, jouent aux abandonnés absents», déplorent nos interlocuteurs.

L'inquiétude des adultes quant à la perte de la civilité des collégiens n'est pas nouvelle, insiste le recteur d'un établissement privé de l'Est ; elle n'est pas non plus spécifique qu'à une catégorie de collégiens.

Faire voler les clichés

Pour comprendre ces problèmes d'indiscipline, Juliette François, psychologue, propose d'abord de se départir de certains clichés tenaces. Les jeunes de 2007 ne sont pas ceux de 1985, ni de 1990 ! «Le pays a connu, ces dernières années, un changement énorme pour lequel peu de Mauriciens étaient prêts. Les jeunes ont donc grandi plus vite qu'il ne le fallait avec ce développement rapide.»

Dans le concret, tout ce chamboulement rapide donne des parents qui partent tôt le matin, travaillent dur, font des heures supplémentaires et qui communiquent peu/mal avec leurs enfants. Et des enfants qui ne privilégient

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