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Place des grands hommes

Quand on parle de politique, une question revient souvent : qu'est-ce qui peut bien pousser quelqu'un à se jeter dans l'arène ? Nous savons pertinemment bien que pour certains, c'est l'argent et/ou la soif du pouvoir. D'autres, pour répondre à des aspirations nobles. Mais, dans les deux cas, ces personnes ont à composer avec des réalités électorales. Bien que l'on ne sache pas l'étendue réelle du problème, il est un fait que, même dans les plus grandes démocraties, les politiques sont souvent la proie de lobbies. Ainsi, l'on dit souvent que le locataire de la Maison-Blanche est manipulé par des intérêts particuliers.

Ce samedi 14 juillet, Navin Ramgoolam fête ses 60 ans. Nous savons tous que le virus de la politique l'a saisi après ses 40 ans, le poussant à quitter les brumes londoniennes pour rentrer au pays. Notre homme a déjà avoué à quel point l'exercice du pouvoir est contraignant. Et nous sommes effectivement disposés à le croire sur ce point : servir le peuple exige souvent d'être altruiste jusqu'à l'absolu.

Comment peut-il en être autrement ? Navin Ramgoolam a été à bonne école. Il a eu le privilège, enfant et adolescent, d'être témoin d'une période phare de notre histoire. Et a notamment vécu de près la lutte menée par son père pour l'indépendance. Sa conscience politique de gauche a ainsi été éveillée très tôt. On ne devrait ainsi nullement s'étonner de son parcours de politicien et d'homme d'Etat.

Aussi réunit-il d'excellents atouts pour être un meneur, avec le potentiel de changer la destinée de milliers de nos compatriotes. D'avoir un destin hors du commun, d'être un homme hors du commun.

Une question demeure : aussi animé soit-il des meilleures intentions, il doit composer avec les réalités mauriciennes. A quel point nos ministres, encore

plus le Premier d'entre eux, sont-ils libres ? S'ils disposent de l'autorité nécessaire pour poster des policiers à chaque carrefour ou rond-point lors de leur moindre déplacement, ils se doivent de tenir compte de certains lobbies avant de prendre des décisions importantes. Situation tragique quand l'on pense aux nombreuses ramifications castéistes, familiales et politiques...

Ce qui, d'ailleurs, peut expliquer, en partie, pourquoi, même
si nous nous avons changé de gouvernement à plusieurs reprises, les mêmes problèmes demeurent.

Monsieur le Premier ministre, ce samedi, vous avez 60 ans. Jusqu'ici, l'âge de la retraite pour le salarié. Âge où, le devoir accompli, on vit pour soi-même. Heureusement, ou malheureusement, pour vous, ce n'est pas encore l'heure du repos du guerrier. Au moment même de vos 60 ans, nous sommes à une période charnière de notre histoire : votre ministre des Finances nous assure que nous reculons pour mieux sauter. Vous avez du pain sur la planche pour mener la barque Maurice à bon port.

Nous sommes d'accord avec vous : votre sort n'est guère enviable. Le pouvoir, c'est le potentiel de changer les choses pour le meilleur. Ou pour le pire. D'un côté, Churchill, de Gaulle ou Mitterrand. De l'autre, Mugabe illustre comment un seul homme peut conduire tout un pays au désastre. Il n'y a pas trente-six solutions !

A l'occasion de vos 60 ans, permettez-nous, Monsieur, de vous adresser nos meilleurs vœux. Même s'il vous arrive, comme à tout le monde, de ne pas être maître des événements, que vous soyez, en toutes circonstances, assez fort pour demeurer maître de vous-même. Happy Birthday, Mr. PM !

Erick Brelu-Brelu


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