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Vassen Kaupaymoothoo

L'homme en croisade

Sorti de nulle part, comme un héros de bandes dessinées, Vassen Kaupaymoothoo livre une guerre sans merci contre les partisans de l'Aquatic Business Activities Bill. Océanologue de formation, il connaît la mer comme sa poche et ne cesse de clamer à qui veut l'entendre que la mer est du domaine public et que cette loi viendra non seulement priver la population d'un droit légitime, mais conduira à la mort de milliers de vies marines. Sa quête est apolitique, se défend-il, étant «surtout un acte civique».

Chemise bleue, pantalon beige, coupe de cheveux impeccable, Vassen Kaupaymoothoo fait à la fois père de famille respectable et professionnel digne de confiance. Et son français impeccable ­ probablement dû au fait que sa mère est française et qu'il a fait ses études en France - ne fait qu'ajouter plus de crédit au personnage.

Voilà quelques semaines à peine depuis que Vassen Kaupaymoothoo est arrivé sur la scène publique et déjà sa notoriété est en pleine croissance. Dans l'affaire de l'Aquatic Business Activities Bill, il est l'homme à abattre. Car, au sein de son association Kalipso, qui a vu le jour le 4 juin dernier, l'homme milite pour que ce projet de loi ne se concrétise jamais.

Rien de positif

De l'Aquatic Business Activities Bill, Vassen Kaupaymoothoo n'en retient absolument rien de positif. Des malheurs liés à cette loi, il en cite à la pelle. D'abord, «dans l'aquaculture, les poissons seront nourris à la farine animale. Ils seront donc vulnérables à des maladies et on risque d'avoir des cas comme celui de la vache folle. Puis, une forte concentration de poissons résultera en une grande concentration de déjection, chose préjudiciable à l'équilibre marin. Ensuite, les prédateurs, tels que les requins, seront attirés. Puis, les odeurs. Ensuite, l'inesthétique, Enfin, le risque de voir un envahissement de poissons génétiquement modifiés dans le lagon,...».«L'aquaculture, affirme-t-ilinlassablement, est contraire au développement touristique.»

Faisant fi des pressions, des propos dissuasifs, Vassen Kaupaymoothoo semble bien déterminé à mener son action à terme. L'homme ne pourra être comblé et dormir sur ses deux oreilles que si ce projet de loi finissait par être relégué aux oubliettes. En donnant vie à Kalipso, il avait d'ailleurs trois objectifs:

a) Parler de ce problème au niveau national et sensibiliser le public ;

b) Atteindre l'Etat ; et,

c) Faire que ce projet de loi soit retiré. «J'ai atteint les deux premiers objectifs. Le public est au courant et nous avons rencontré le ministre. Le troisième reste à venir.»

Accusé par certains d'être antipatriote et de vouloir faire barrière au développement du pays, suspecté par d'autres d'avoir un hidden agenda, l'océanologue essaie de ne pas en faire grand cas, mais avoue que ce sont des coups durs pour «une personne qui fait son devoir de citoyen».

Un simple citoyen

Vassen Kaupaymoothoo refuse qu'on parle de lui comme d'un militant, mais préfère se définir comme un simple citoyen touché par ce qui se passe. «Si je ne fais rien, j'aurai un gros problème de conscience vis-à-vis de mes enfants, de la population - car je n'aurais pas fait ce qu'il fallait, quand il le fallait. L'avenir est entre nos mains. Nous avons des responsabilités en tant que citoyens mauriciens. Personnellement, je ne pourrais pas vivre avec un cas de conscience pour n'avoir rien fait pour sauver notre patrimoine et celui de nos enfants.»

Conscience citoyenne, patriotisme... ce sont quelque part ces convictions qui poussèrent Vassen Kaupaymoothoo à revenir au pays, il y a de cela une douzaine d'année. Ses études terminées (en France et au Canada) et après avoir parcouru plusieurs régions du globe (l'Europe, le pôle Nord, le Japon...) et travaillé pour diverses organisations, dont le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le jeune homme rentre à Maurice pour travailler comme consultant, à son propre compte. «Je me suis dit que le futur du pays dépendait des gens qui travailleraient ici. J'ai refusé d'être égoïste. Et comme il n'y avait pas d'océanologue dans l'île...»

La détermination

Si notre interlocuteur dit n'avoir jamais regretté son choix, il avoue toutefois avoir souvent eu à l'assumer. «Les gens qui vous demandent qu'est ce que vous êtes venu faire ici, le refus de reconnaître vos compétences...»

Qu'à cela ne tienne. S'il y a bien un mot que Vassen Kaupaymoothoo a fait sien, c'est détermination. Détermination dans son travail à Maurice. Détermination concernant la croisade qu'il mène au sein de Kalipso. «Je suis convaincu de ce que je fais. Je souffrirai beaucoup plus si je ne pouvais pas aller jusqu'au bout. Ma conviction est totale et désintéressée. Je continuerai à me battre jusqu'à ce que ce projet de loi soit retiré.»

Martine Théodore

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