Equilibre à trouver

Depuis une semaine, l'actualité politique de Rodrigues est dominée par la récente déclaration du Chef-commissaire, Johnson Roussety, suite à la présentation du budget national. Johnson Roussety a proclamé haut et fort son insatisfaction devant le budget alloué à Rodrigues. Une déclaration qui a embarrassé son leader, Nicolas Vonmally, qui estime que Johnson Roussety s'était exprimé en son nom personnel, et non au nom de son parti, le Mouvement rodriguais (MR).

A Rodrigues comme à Maurice, certains se rangent du coté de Nicolas Vonmally tandis que d'autres estiment que Johnson Roussety a eu raison de dire publiquement ce qu'il pense. Il nous faut dépasser la logique qui consiste à prendre parti pour l'un ou pour l'autre. Il faut voir plus loin, de manière objective, comment cette situation peut aider les différents acteurs politiques à Maurice et à Rodrigues à mieux se situer dans le nouveau cadre de l'autonomie.

Cette situation a l'avantage de nous aider à réfléchir en profondeur sur la relation qui doit exister entre, d'une part, le Chef-commissaire et les commissaires ; et, d'autre part, entre l'exécutif à Maurice. Johnson Roussety et les commissaires ne sont pas tenus à exercer la solidarité ministérielle. Ils ne sont pas des ministres. Rodrigues a son propre exécutif . Et c'est à l'intérieur de cette instance que la solidarité doit primer.

Il faut comprendre une fois pour toutes que l'autonomie a apporté une rupture avec l'ancien système. Un système où des fois, le ministre de Rodrigues se trouvait partagé entre l'exigence de la solidarité gouvernementale et les aspirations légitimes de la population rodriguaise. Nous sommes dans une ère nouvelle où il faut développer une nouvelle relation de partenariat entre l'exécutif de Rodrigues et le gouvernement central.

Tout partenariat exige d'abord le respect de l'identité et du rôle de chacun. Et dans cet exercice, il peut y avoir des différences d'appréciation et même des désaccords. Dans l'idéal, ces situations doivent être l'occasion pour chaque partenaire de faire un bout de chemin et de trouver ensemble un compromis satisfaisant en partie les exigence de l'un et de l'autre.

Dans le cadre de l'autonomie, il est tout à fait normal qu'un Chef-commissaire exprime haut et fort ses attentes au gouvernement central pour atteindre les objectifs de développement, en prenant le risque que cela ait des conséquences sur leurs relations. Il est vrai aussi qu'on peut avoir plus facilement ce qu'on demande en faisant tout pour entretenir des relations cordiales avec son partenaire. Equilibre parfois difficile à trouver et à tenir.

Benoit Jolicœur


Line

«Histoire d'une cathédrale» : spectacle de qualité

Le dimanche 24 juin, le parvis de la cathédrale Saint-Gabriel était transformé en salle de théâtre. Les gradins se dressent fièrement pour accueillir les spectateurs. Un bateau, des pierres et du sable ont pris place sur l'asphalte en guise de décor ainsi qu'une fresque murale qui couvre presque entièrement le devanture de l'édifice.

Sur une proposition de Mgr Alain Harel, le metteur-en-scène français Jean-Pierre Soussigne s'est mis au travail il y a deux ans pour l'écriture de la pièce, qui met en valeur tout ce travail de construction qui constitue aujourd'hui une fierté pour le peuple de Rodrigues. Car les hommes, les femmes et les enfants ont participé aux travaux dans un élan de solidarité. Jean-Pierre Soussigne était entouré d'un groupe de Rodriguais afin que la pièce soit bien imprégnée de la culture rodriguaise.

C'est un pari réussi où la langue française et la langue créole font bon ménage. Au cours de la pièce, on passe de la fiction à la réalité; de l'humour à la philosophie et à la spiritualité. Un conteur, un enfant mystérieux, un couple navigateur qui fait naufrage sur la côte sud de Rodrigues et qui décide de s'installer sur l'ile. Ils nourrissent le rêve qu'un jour leurs enfants vont construire une église non loin du lieu où ils construisent leur maison dans une forêt dans le centre de l'ile. On voit également le père Legault et le père Wolff qui se concertent pour la construction. Des porteurs de pierre et de sable. Idelman Lalande et Raymonde Perrine, 82 et 81 ans respectivement donnent leur témoignage, car elles ont participé à la construction de la cathédrale Saint-Gabriel, en 1936.

Les acteurs sont pour la plupart des débutants et ils ont tous été à la hauteur. Il faut dire qu'ils ont répété pendant plus de six mois sous la direction du metteur-en-scène. Apres la première représentation dimanche dernier, un spectateur avisé qui s'est dit vraiment émerveillé devant la qualité du spectacle, a formulé le souhait que la pièce puisse quitter les rivages de Rodrigues.

Benoit Jolicœur


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