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Toxicomanie


CATR : appel à la générosité publique

Le Centre d'accueil de Terre-Rouge (CATR) est une ruche d'abeille. Un immense travail se fait chaque jour avec les toxicomanes et les alcooliques de sexe masculin qui ont le désir profond de s'en sortir. Cependant, le grand danger du centre est la cohabitation entre les futurs stagiaires et ceux déjà en réhabilitation, explique Alain Béchard, président du CATR. D'où l'urgence d'ériger un étage. Le coût total est estimé à Rs 1,6 M. De plus, l'association voudrait étendre ses sessions de prévention dans d'autres endroits que le nord et l'est du pays. Un appel est ainsi lancé à la générosité du public.

Sans une bonne réinsertion, le taux de rechute est élevé. Telle est l'analyse des membres du Board du Centre d'accueil de Terre-Rouge (CATR), association diocésaine accueillant en moyenne 75 personnes par an en vue d'un traitement contre la dépendance de la drogue et de l'alcool aussi bien qu'une réhabilitation et une réinsertion sociale, familiale et professionnelle afin de mieux vivre dans la société. «C'est très important de les suivre et de les encadrer après, car un verre pour un dépendant en rétablissement, c'est trop, parce que 10 000 verres ne seront jamais assez», explique Jean-François Rey, animateur et PRO du centre. D'ailleurs, le dernier rapport en date de 2004 évoque 25 000 toxicomanes et 100 000 alcooliques à Maurice.

Actuellement, la salle multifonctionnelle accueille en moyenne 50 à 60 personnes (une trentaine de futurs stagiaires accompagnés d'un parent) lors des réunions de permanence d'écoute, deux fois la semaine - chaque mercredi et vendredi, entre 16 et 17h00 - jusqu'au prochain recrutement, qui se fera dans moins de neuf semaines. Afin qu'il n'y ait pas de communication éventuelle entre futurs et actuels stagiaires, le Centre projette de construire une salle d'une superficie de 1 000 pieds carrés avec un accès indépendant.

De plus, leur rêve s'étend plus loin. Celui de trouver une maison en vue de transférer certains stagiaires sans emplois, ayant terminé leur programme de réhabilitation, accompagnés de deux animateurs à plein-temps. Cela pour une réinsertion dans leur vie professionnelle. «Par exemple, leur donner la possibilité de pouvoir faire un métier, tel que le jardinage ou l'élevage de lapins. En même temps, ce sera une façon pour nous de récolter un peu de sous pour financer le CATR», avance Alain Béchard.

Quatre axes

La devise du CATR : Tu peux naître de nouveau. Depuis que le centre existe, il y a 21 ans déjà, plus de 1 500 stagiaires y sont passés. Et la liste est loin d'être exhaustive. Un des critères d'admission est l'assiduité du futur stagiaire et du membre de la famille qui l'accompagne pendant les réunions de permanence d'écoute. Pour l'instant, le centre entame son 105e stage. Quatorze stagiaires, ayant pris de leur propre gré la décision sincère et honnête de se libérer de leur dépendance physique et de leur obsession mentale causée par l'utilisation d'une drogue ou d'alcool, y sont accueillis pour un programme de réhabilitation résidentiel sur neuf semaines.

Le programme est centré sur quatre axes : occupation ; travail ; loisir et formation. Ceci consiste à

redonner le goût de vivre aux stagiaires tout en les aidant à reprendre leur responsabilité et à les amener à découvrir qu'ils peuvent vivre normalement et sainement sans toucher à la drogue et à l'alcool. L'occupation, afin de redonner le sens de la responsabilité à la personne. Ainsi des tâches telles que le nettoyage de la maison et de la cour ; la préparation du repas ou la lessive sont partagées entre les stagiaires. Cependant, chacun est secondé par un animateur. Et grâce aux ateliers en bois et métal, les stagiaires apprennent à reprendre goût au travail bien fait. Le recyclage de vieux meubles les aidant aussi à faire une comparaison semblable à leur vie.

S'amuser sainement

Le loisir est un élément essentiel du programme. Afin de leur montrer qu'ils peuvent s'amuser aussi sans drogue ni alcool et à peu de frais, ils sont appelés, chaque samedi, à faire une sortie : ascension d'une montagne ; camping et visite de sites touristiques, entre autres. Finalement, la formation est un atout important pour les aider à se remettre debout et à leur faire découvrir d'autres aspects de la vie. Divers cours leur sont prodigués tels que la sexualité ; la découverte de Dieu et la culture physique. Les activités physiques les aidant à se remettre en forme et de s'occuper de ce corps longtemps négligé.

Et pour qu'ils apprennent que perdre fait aussi partie de la vie et qu'il est important de garder son calme, les animateurs les réunissent chaque jour autour d'une partie de jeux après le déjeuner. «C'est une thérapie plus efficace», estime Jean-François Rey. De plus, l'heure du lever aussi bien que du coucher et les horaires de chaque tâche doivent être respectés. Car un tel exercice les mène à une vie plus disciplinée. Pour les distraire, les stagiaires ont droit à un bon match de foot à la télé ou alors à un bon film. Certains préfèrent se rencontrer autour d'un jeu.

Après le stage, les pensionnaires sont invités à présenter ensemble un travail d'équipe qu'ils laisseront au centre comme souvenir. Pour ceux ayant suivi le 69e stage, c'était une lampe en bois avec pour message : Esprit-Saint, éclaire nous. Un arbre aux multiples branches représentant les différentes valeurs pour le 92e stage. Leur message : Une vie positive. Le 90e stage : Une bible en bois ouverte ayant pour message: Personne n'est si pauvre qu'il n'ait rien à donner. Personne n'est si riche qu'il n'a besoin de personne. Le 91e stage : une colline avec pour message : Au sommet, tu trouveras la joie de vivre. Et le 75e stage : l'ancre d'un bateau avec pour message : Where there is a will... there is a way. Tous ces messages, si forts soient-ils, démontrent clairement leur grande volonté de s'en sortir de leur enfer et de réintégrer la société. Nombreux sont-ils qui le portent si profond en eux qu'ils ont parvenu à refaire une vie normale.

Après les neuf semaines, les stagiaires sont appelés, chaque samedi, de 14 à 16h00, pour une permanence au centre.

Sandra Potié

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