Père Steves Babooram


«Je reçois la grâce de mes derniers vœux comme don»

Steves Babooram, jésuite, prononcera ses vœux définitifs ce samedi 8 juillet à 10h00 en l'église Notre-Dame-de-Lourdes. Ce sera pour lui une occasion de signifier son attachement et son engagement à la Compagnie de Jésus, qui s'engage à son égard en ratifiant son incorporation définitive en son sein.

Vous avez été ordonné prêtre il y a déjà quelques années et, ce samedi, vous prononcez vos vœux définitifs. Qu'est-ce que cela signifie ?

Dans notre congrégation religieuse, la Compagnie de Jésus, il n'y a pas de vœux temporaires. Le jeune jésuite prononce des vœux privés et perpétuels dès la fin de son noviciat, qui est d'une durée de deux ans. Ces vœux l'engagent déjà dans la vie religieuse et envers l'ordre religieux auquel il appartient. De ce fait, ce ne seront pas des vœux définitifs que je vais prononcer ce samedi. Mes premiers vœux étaient en quelque sorte «définitifs», puisque perpétuels. Ceux que je vais prononcer le sont d'une autre façon du fait que la Compagnie de Jésus accepte solennellement mon engagement.

Ces derniers vœux, publics et solennels, exprimeront de nouveau, comme prêtre jésuite, mon attachement et mon engagement à la Compagnie de Jésus qui, en même temps, s'engage à mon égard en ratifiant mon incorporation définitive en son sein.

Quand avez-vous prononcé vos premiers vœux et après combien de temps viennent les vœux définitifs ?

J'ai donc prononcé mes premiers vœux le 8 septembre 1990, à Bafoussam, au Caméroun. Et en général, les derniers vœux sont prononcés un bon nombre d'années (17 en mon cas) après les premiers vœux, après quelques années de ministère sacerdotal et après le troisième an (une sorte de second noviciat).

Quelles sont les différentes étapes qui mènent à l'ordination sacerdotale d'un futur prêtre jésuite ? Est-ce le même parcours que pour celui qui veut rester simplement religieux (frères) ?

J'ai suivi un parcours «classique» dans la Compagnie de Jésus, notamment : deux ans de noviciat (Caméroun) ; deux ans de juvénat (Zambie et Côte-d'Ivoire) ; trois ans d'études de philosophie à Kinshasa, en République démocratique du Congo ; un an de régence (stage) à Paris, au lycée Saint-Louis-de-Gonzague ; et cinq ans d'études théologiques au centre Sèvres, toujours à Paris. J'ai été ordonné prêtre après ma quatrième année de théologie.

Il faut savoir que quand on entre dans une congrégation religieuse, on veut être religieux avant tout. Etre des hommes qui s'engagent à vivre le plus possible à la manière de Jésus-Christ en communauté apostolique, selon les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Ainsi, il y a un tronc commun de formation pour les religieux, qu'ils soient frères ou futurs prêtres. Toutefois, ceux qui se destinent à être prêtres auront aussi une formation spécifique, selon les exigences de Rome.

Quelles est/sont la/les différence/s dans la manière de vivre la mission

du prêtre religieux et du prêtre diocésain ?
Quelles sont les spécificités du prêtre jésuite ?

Il serait prétentieux de ma part de vouloir faire une comparaison alors que les prêtres religieux et diocésains œuvrent ensemble pour la même mission du Christ au sein d'une Eglise locale. Ceci dit, il est bon de souligner que la manière de recevoir une mission de la part d'un prêtre religieux diffère de celle d'un prêtre diocésain. En effet, le prêtre diocésain reçoit sa mission de son évêque alors que le prêtre religieux reçoit la sienne de son supérieur majeur, processus vécu en communion avec l'évêque du diocèse.

Si on doit parler de spécificité, je me limiterai à signaler deux points :

- Nos engagements partent d'une contemplation du monde afin d'y percevoir les urgences de notre époque et de discerner la manière de procéder pour le service de la foi et la promotion de la justice. Le jésuite sera attentif, au cœur de sa mission, à ne pas oublier qu'être compagnon de Jésus, c'est s'engager sous l'étendard de la croix dans la lutte décisive de notre époque, qui est le service de la foi dont la promotion de la justice constitue une exigence absolue (Cf 32e Congrégation Générale, Décret 4, n° 2).

- Le jésuite est appelé à vivre une disponibilité apostolique, essentiellement missionnaire. Il devra être prêt à partir n'importe où au service de l'Eglise dans le monde. Par exemple, les pères Serge Beaupré, José Minien et Ah Tow à Madagascar ; Claude Espitalier-Noël et Karl Lauricourt en France ; Jean Naramootoo à La Réunion...

Comment va se dérouler la cérémonie de samedi ?

La célébration eucharistique sera simple et festive. Au moment de la communion, selon un rituel particulier, le père François-Xavier Dumortier, provincial des jésuites de la province de France à laquelle appartient la communauté de Maurice, recevra mes vœux solennels. Et cela se passe devant le Corps du Christ. Une manière de dire ceci : au moment où le Christ se donne à moi comme nourriture pour me soutenir et me fortifier dans ma mission et dans ma vie de jésuite, je reçois aussi la grâce de mes derniers vœux comme don, dans un acte d'offrande mutuelle.

Ce qui m'habite aujourd'hui, à la veille de mes vœux solennels, c'est de vouloir, avec d'autres, labourer en profondeur la terre aride de nos égoïsmes pour y semer la Parole de Dieu qui éclaire, qui purifie, qui pacifie, qui fortifie et qui envoie auprès des mains tendues vers nous.

Propos recueillis par


Jean-Marie St-Cyr


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