Laurent Rivet


«Je ne suis pas prêtre seul ; et seul, je ne tiens pas»

De retour au pays pour son ordination sacerdotale, Laurent Rivet a retrouvé avec joie les siens. Malgré des appréhensions et conscient qu'il est plus difficile d'inspirer confiance en tant que prêtre aujourd'hui, il ne regrette pas son choix et attend le 5 août sereinement.

Laurent Rivet, vous voilà de retour après quatre ans d'études au séminaire de Nantes.

Qui êtes-vous ?

Je viens de Quatre-Bornes, mais depuis environ 8 ans, ma famille s'est installée à Rivière-Noire. Je suis le benjamin d'une famille de quatre enfants et j'ai 2 frères et une sœur. Dans ma famille, on met l'accent sur les repas familiaux, petits-déjeuners et dîners pour partager ensemble. Cette ambiance m'a donné l'occasion de rencontrer des prêtres et de les voir heureux et épanouis et m'a un peu inspiré. Ce qu'on vit pendant son enfance est important, car il donne des repères. Ma famille restera un lieu affectif important dans ma vie de célibataire et de prêtre.

On dit que la famille est le berceau des vocations. Votre famille vous a-t-elle poussé à être prêtre ?

Elle a favorisé mon choix, mais ce sont surtout les émeutes de 1999 qui m'ont interpellé sur l'injustice et la pauvreté à Maurice. Initialement, je voulais être architecte et j'avais entamé des études dans ce sens. J'ai même décroché une bourse pour étudier dans une université australienne, mais février 1999 est venu réorienter mon choix. J'ai demandé et obtenu une année pour décider si j'acceptais ou non la bourse.

Suite à une retraite Jéricho, j'ai redécouvert ma foi. J'ai été ensuite à l'abbaye de Hautecombe, qui accueille des jeunes et des couples mariés pour une formation chrétienne, animée par la communauté du Chemin-Neuf. J'ai pris une année pour réfléchir sur ma vocation. Après cette année, j'ai été au foyer La Source pour ma formation propédeutique. En septembre 2001 j'ai intégré le séminaire interdiocésain, qui accueillait la première promotion de séminaristes.

J'y ai découvert le diocèse et des réalités du pays jusque-là inconnus pour moi. Durant mes premières années au séminaire, j'ai été en stage dans la paroisse du Sacré-Cœur, Rivière-des-Anguilles, pour découvrir comment être prêtre concrètement. Je me suis beaucoup investi auprès des jeunes de la paroisse, à Camp-Diable notamment. J'ai eu l'occasion de me former pour avoir un cœur de pasteur - un des buts du stage.

Les émeutes ont donc été le seul élément catalyseur de votre décision ?

Je voulais être architecte, mais je me suis rendu compte que ce métier allait me donner un mode de vie comme la plupart des Mauriciens - véritable dissonance avec la vie que je voulais avoir. En méditant la Parole, mon cœur allait plus vers la prêtrise. Concilier les deux allait m'être difficile. Une retraite m'a permis de redécouvrir le sens de la prière et de la personne vivante de Jésus-Christ : il me parlait dans mon cœur et dans ma vie et je sentais que je ne pouvais plus orienter ma vie sans Lui.

L'appel du Christ vient toujours comme un questionnement adressé à une liberté et j'ai voulu y répondre. Pour cela, il fallait prendre les moyens et faire un discernement et nourrir son choix, d'où la perspective de la formation à Hautecombe.

Le choix a été difficile alors que je voyais mes amis s'engager dans des études supérieures. J'ai choisi de

laisser cela derrière moi pour m'engager dans la prêtrise et renoncer à pas mal de choses. Je me suis senti un peu seul au début en faisant ce choix différent.

Vos parents ont-ils motivé votre choix ?

Je ne me souviens pas avoir exprimé le désir d'être prêtre, même si je sais que mon père, Pierre, voulait qu'un de ses trois fils s'engage dans cette voie. Il m'a laissé libre dans mon choix - jamais ce sujet n'a été abordé explicitement. Pendant tout mon cheminement, j'ai bénéficié d'un grand soutien familial.

Comment avez-vous vécu le récent départ de certains prêtres ?

C'est dur de voir des séminaristes et des prêtres abandonner. Mais cela a été l'occasion de revoir mon appel et j'ai senti que le Christ me laissait libre de choisir si je voulais vraiment m'engager à sa suite, d'approfondir mon discernement. Mon appel ne tient que sur le Christ et c'est lui surtout qui est fidèle.

Ces départs me renvoient à ma propre pauvreté, à mes propres difficultés de vivre le célibat. Je me dis que je ne suis pas meilleur que ceux qui ont abandonné. Il faut se demander le pourquoi de ces départs. Cela ne veut pas dire que l'on trouvera des réponses nettes. Il faut se centrer sur les repères que sont la prière et une certaine humilité.

Etre prêtre : une bêtise ou un entêtement ?

Ni l'un, ni l'autre. Peut-être une bêtise pour ceux qui n'arrivent pas à vivre le célibat. Le célibat est, pour moi, un moyen joyeux de me donner, me renvoyant à ma foi, à mon appel. Je ne suis pas prêtre seul ; et seul, je ne tiens pas. Le prêtre et le laïc doivent se soutenir mutuellement pour que chacun puisse vivre sa vocation de baptisé.

Comment vivez-vous les préparatifs de votre ordination?

Avec beaucoup de joie. Jusqu'à mon retour au pays, le 1er juillet dernier, je communiquais par courriel. Je suis heureux de venir servir l'Eglise et le peuple mauricien. Je suis jeune, j'ai 27 ans et je vais commencer quelque chose de nouveau dans un contexte difficile, où le capital confiance dans les prêtres s'est un peu amoindri avec les événements antérieurs. J'appréhende un peu tout cela

Quel thème avez-vous choisi pour votre ordination ?

«Vous êtes le sel de la terre !» (Mt 5,13). Je me suis laissé inspirer par le cadre de Rivière-Noire et les salines où on produit le sel. J'y ai travaillé pendant un mois pour connaître la réalité des gens et ce sera aussi une bonne occasion de faire résonner cette phrase importante qui nous rappelle notre baptême et notre rôle de baptisé dans le monde. Je souhaite qu'avec l'ordination, chacun puisse trouver sa place dans l'Eglise et dans le monde.

Propos recueillis par


Jean-Marie St-Cyr


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