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60 ans de sacerdoce


Bernard Farrelly :

missionnaire auprès des plus pauvres

Les yeux bleus du père Bernard Farrelly qui pétillent traduisent l'inestimable richesse de ses rencontres de ses soixante longues années de prêtrise. A 90 ans, ce prêtre irlandais spiritain est bon pied, bon œil et réside dans la maison Saint-Jean-de-Dieu à Pamplemousses, où il vit sa mission auprès des malades.

Le cœur de ce vieux prêtre irlandais est animé d'une «grande chaleur mauricienne», Maurice étant son pays d'adoption. Depuis une semaine, son excellente santé lui fait défaut : ses vertiges sont, pour lui, des «signes nous rappelant que nous ne résidons pas la cité éternelle». Ce qui ne l'a pas empêché de préparer minutieusement la cérémonie de ses 60 ans de vie sacerdotale, qui sera présidée par Mgr Maurice E. Piat le dimanche 8 juillet prochain en l'église Sainte-Croix.

Homme de Dieu

Son rythme de travail à cet âge étonne plus d'un. Sa fidélité à la tâche et son service auprès de ses confrères sautent à l'œil. Sa surdité de l'oreille gauche ne l'empêche nullement de communiquer. Depuis quinze ans, il exerce avec grande joie sa mission d'aumônier auprès des malades de l'hôpital du Nord qu'il porte dans sa prière. C'est au volant de sa Mazda 323 qu'il les rend visite chaque mardi et vendredi après-midi. Les hindous le surnomment «homme de Dieu».

Sur son petit balcon qui donne à l'arrière de sa chambre, il récite son premier chapelet. De là, il peut aussi admirer les poules et coqs du voisin. Le matin, il dit la messe en la chapelle avec les frères Saint-Jean-de-Dieu, suivi du bréviaire. Sa journée se termine par une petite marche d'un mille à côté du vieux cimetière en récitant son chapelet. Il dit cinq messes le week-end. Et donne son aide au père Philippe Goupille pour célébrer la messe dominicale en anglais à Grand-Baie. Ce dernier admire son courage et sa détermination et le qualifie de très humain. «J'en profite pour dialoguer avec lui, nous rappeler tous les souvenirs du collège du Saint-Esprit et de l'université de Dublin que j'ai fréquentée comme lui et aussi la philosophie et l'histoire de l'Eglise», précise le père Goupille.

Astucieux et toujours doté d'une bonne vue, son passe-temps favori demeure la lecture. Fidèle à The Tablet, il dévore les pages de cette revue hebdomadaire catholique. Sa bibliothèque est composée de vieux ouvrages conservés avec soin. Parmi, In the steps of the master de H. V. Morton, un de ses auteurs préférés. Ses agendas depuis qu'il a quitté l'Irlande en 1948 sont rangés année après année. Dans sa chambre, en face de son lit, un cadeau des Old Boys : la photo du collège du Saint-Esprit prise autour de l'an 1933. Passionné de la musique classique, sa petite radio est branchée sur Radio Maurice chaque dimanche soir pour apprécier Félix Lebon.

Ses racines en Irlande

Sa mémoire phénoménale le transporte sans pro-blème dans son passé qu'il raconte dans un chaleureux élan de partage. Ses racines sont en Irlande. Huitième enfant d'une famille de treize, le père Farrelly garde une grande tendresse pour sa mère qu'il qualifie de «sérieuse et soucieuse» ayant grandi ses enfants avec dévoue

ment et patience. De son père, il garde le souvenir d'un rude travailleur et d'un magnifique athlète. A 18 ans, Bernard Farrelly se sent attiré par la prêtrise qu'il qualifie de «grandes grâces.» Le 13 juillet 1947, à 30 ans, il est ordonné prêtre spiritain. Il commence dans l'enseignement mais ses aspirations profondes sont la vie missionnaire : aller en brousse pour préparer les catéchumènes au baptême. Il regrette sa nomination pour l'île Maurice deux ans plus tard. La majorité de ses confrères étant partis là où la mission est florissante, où il y aurait beaucoup de conversions : le Nigéria.

Ses premières années à Maurice

Il est très vite charmé par le climat à Maurice en 1949. Le soleil le réchauffe. De 1949 à 1954, il exerce comme prof d'anglais et de religion au collège du Saint-Esprit. Son premier contact avec les élèves est surprenant. Lui qui portait un désir profond de convertir les Noirs et de travailler pour les pauvres se voit soudainement en face de petits riches, majoritairement des Blancs. Son véritable apostolat n'était pas là. Mais, il tisse tout de suite de grandes amitiés avec eux. Sa grande joie : dire la messe le week-end.

Heureux missionnaire au Nigeria

Sa mission au Nigeria en 1956 le remplit de bonheur jusqu'au point de tomber amoureux du pays. La pauvreté du peuple l'écœure, mais se dit frappé par ses élèves : «studieux, appliqués, disciplinés et intelligents». Après 12 ans, il rentre en Irlande et revient à Maurice en janvier 1969 et remarque un grand changement : moins de Blancs au collège. Sa mission de deux ans à Rodrigues : «parmi les moments plus heureux de ma vie». Il détecte tout de suite la capacité intellectuelle d'Antoinette Prudence qu'il qualifie d'élève «brillante» le visitant souvent lorsqu'elle était à Maurice. Cette dernière lui fait ses adieux en juillet 2006 en lui disant «qu'elle ne se promet pas une longue vie». De 1972 à 1992, il fait la tournée de plusieurs paroisses de l'île tantôt comme vicaire, tantôt comme curé. Depuis décembre 1992, il est chez les frères de Saint-Jean-de-Dieu, Pamplemousses.

Tour du monde

Toute sa vie, Bernard Farrelly a privilégié le sport. Sa passion : tennis et natation. Sa dernière nage date de décembre 2006. Il a aussi eu l'occasion de visiter les six continents du globe et une cinquantaine de pays sans oublier un tour du monde en 1974.

Le père Bernard Farrelly entame tranquillement sa 91e année. A cet âge, il prend un seul repas consistant à midi : une bonne salade de laitue ou de chou, son légume préféré, accompagné d'un poisson - sacré-chien ou vacoas. Ayant perdu le goût du sucré avec la vieillesse, il ne prend jamais de dessert. Le soir, il avale une tasse de thé et quatre tranches de pain complet et des fruits.

Son souhait : continuer à visiter et réconforter les malades à l'hôpital aussi longtemps que le Bon Dieu lui donne la santé. Sa devise maintenant : «Keep right on to the end of the road!»

Sandra Potié

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