Parikshant Brian Nundloll


Jusqu'au bout de mes rêves

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Parikshant Nundloll est l'exemple type du jeune Mauricien bien dans sa peau, des projets plein la tête et les yeux rivés vers l'avenir.

De père hindou et de mère catholique, cet unique enfant d'un couple d'enseignants du secondaire est à l'aise dans son double héritage religieux et culturel. Il l'assume sereinement, en est fier, convaincu que c'est une richesse.

Il faut dire que sa mère - qui a fait ses études universitaires en Inde - y est pour beaucoup. «Elle a fait l'effort de comprendre la culture et la religion hindoues, explique Parikshant. Au point où je ne peux l'imaginer autrement. Je l'ai toujours connue bien dans sa peau.»

Un environnement porteur, un couple heureux où, il y a eu certes des difficultés, mais où chacun a su placer sa part de spécificité et qui font que Parikshant fait son baptême, sa première communion, adhère au groupe liturgique paroissial, fréquente le temple, participe au pèlerinage au Ganga Talao...

«Les choses n'ont pas été tout le temps faciles, reconnaît-il. Il y a certes eu des situations conflictuelles à gérer. Notamment, entre l'idéalisme catholique et ce que d'aucuns appelleront l'idolâtrie hindoue... Les parents ne m'ont rien imposé ; je n'avais pas à faire un choix.»

C'est ainsi que Parikshant parle et comprend l'hindi, écoute les chansons de Bollywood dans sa voiture, sur le chemin vers l'église, avant d'entonner des cantiques à la messe dominicale... Passant d'une parcelle du pluralisme mauricien à une autre. Le plus normalement possible.

«Pas de shift mode»

«Tout cela fait partie de moi. Pas question de passer à chaque fois en shift mode. C'est le regard et le qu'en dira-t-on qui font de la pluralité quelque chose de difficile à vivre.»

Et Parikshant, en adepte de l'ouverture et de la tolérance, de qualifier de «pratique tribale» cette tendance des Mauriciens à catégoriser les gens selon leur religion ou culture. De les répartir en classes, castes... De regarder de haut les amis, les voisins... une fois qu'on s'est élevé sur l'échelle sociale...

Ancien élève de l'école Aryan Vedic puis du collège Royal de Curepipe, Parikshant a des mots élogieux pour ses parents. Un papa calme, serein, dont on sentait fortement la présence et ce, même «s'il n'élevait la voix que très rarement». Une maman vive, un brin anxieuse et qui démarrait souvent au quart de tour.

Bref, une famille qui s'est élevée à la force du poignet. Au fil des générations. Et où Parikshant rêve d'être pilote de ligne. Ses souvenirs d'enfance le ramènent irrémédiablement au modèle de quelque trois mètres dans lequel son papa prenait plaisir à le pousser Et qui lui procurait une telle joie...

Rêve tenace

Un rêve tenace qui berce son enfance... Et que son cousin, feu Nicolas Cangy, alors commandant chez Air Mauritius, l'encourage, à l'adolescence, à nourrir. Qu'à cela ne tienne, son HSC en poche,

Parikshant s'envole, en 2000, pour Toulouse, France, pour des études d'ingénieur aéronautique.

Des études qu'il abandonne deux semaines avant les examens quand sa maman l'informe que la compagnie d'aviation nationale recrutait des pilotes. En sachant pertinemment bien que ses chances de faire partie du lot sont infiniment minces...

La sélection, échelonnée sur trois mois, est pour Parikshant un temps de martyr. Mais le bonheur allait être au bout du chemin : il est parmi les 8 choisis pour démarrer une formation de 22 mois à l'École de pilotage d'Amuary-La-Grange (EPAG), Lille, France. «J'aurais pu mourir ce jour-là. Le vieux rêve d'enfant était devenu réalité. J'avais eu raison de tout miser sur cette chance.»

Excitation et stress

En août 2006, Parikshant signe son contrat d'embauche avec Air Mauritius. Il poursuit localement son training. Le 1er janvier 2007 s'inscrit en lettre d'or dans sa vie : il effectue un training flight sur un ATR.

Une nouvelle année qui démarre donc sur les chapeaux de roue.

«C'était à la fois excitant et stressant, se remémore-t-il. Il fallait faire preuve de beaucoup de rigueur, de concentration. Aujourd'hui, après quelque six mois d'activité, les choses se font tout naturellement. On peut enjoy the flight. On sent mieux l'avion et on peut, par exemple, admirer le paysage

Dans ce monde de l'aviation, Pariskshant va trouver des héros. Notamment, ces pilotes «forgés par le métier» qui «inspirent énormément de respect». Des pilotes qui donnent envie de se mettre à leur école. Et de mettre ses pas dans les siens.

Fin juin, une autre étape du rêve de Parikshant se concrétise : il part pour Singapour pour passer sur Airbus. L'avenir, il l'envisage sereinement. Il a décroché le job auquel il aspirait. A trouvé la femme qu'il recherchait, une hôtesse de la même compagnie ; leur grand jour est prévu pour novembre prochain.

«Je suis quelqu'un d'assez passionné ; qui déploie les moyens nécessaires pour atteindre ses objectifs.» Passionné, mais aussi persévérant. Puisqu'il garde toujours dans un coin de sa tête la perspective de poursuivre des études d'ingénieur-aéronautique.

Et aussi lucide et prévoyant, car le métier de pilote de ligne n'est pas garanti à vie. Il faut sans cesse faire ses preuves. Subir une batterie de tests à un rythme régulier. A la moindre petite faille, la licence peut être révoquée. Un bien dur métier dont souvent on ne voit que le côté glamour...

Aller jusqu'au bout de ses rêves, Parikshant (Parik=bienfaiteur ; shant, du mot shanti,= paix) est bien décidé à le faire...

Le sien désormais - après le rêve de pilote de ligne - est de réussir sa vie conjugale. De transmettre à ses futurs enfants les valeurs qui ont toujours été les siennes : persévérance, ouverture et tolérance...

Danièle Babooram

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