Vijay Ramanjooloo :


«Perception que les métiers
de l'enseignement relèvent
du rôle maternant de la femme»

Deux analyses qui se rejoignent au sujet de la féminisation des métiers de l'enseignement : celle de Vijay Ramanjooloo, psychologue, et de Loga Virahsawmy, présidente de Media Watch et militante convaincue.

Comment expliquez-vous cette féminisation des métiers de l'enseignement ?

Vijay Ramanjooloo : On pourrait y trouver plusieurs explications : héritage culturel; perception de la part des hommes à l'effet que les métiers de l'enseignement relèvent du rôle maternant de la femme; conception qui voudrait que ce n'est pas un travail physique, il est avant tout réservé à la femme... Sont-ce là des métiers qui exigent des qualités plus maternantes et, donc, une position dans laquelle les hommes ne se sentent pas à l'aise ?... A vrai dire, je n'ai pas d'explication toute faite.

Loga Virahsawmy : Je pense que les métiers de l'enseignement sont perçus comme une continuation du rôle reproductif, biologique, de la femme. Qu'il revient à la femme de care ; d'ailleurs, cette féminisation est aussi tangible au sein du personnel soignant.

Et que dit cette féminisation de notre société contemporaine ?

Vijay Ramanjooloo : Que nous vivons dans une société qui est encore patriarcale. Qu'il appartient toujours, dans l'esprit de beaucoup de Mauriciens, à la femme de s'occuper de l'enfant, de biberonner, de changer les couches, de l'élever et de l'éduquer... Et je parle de l'éducation dans le sens de bring out; c'est-à-dire, de permettre à l'enfant de reconnaître ses désirs et de s'imposer des limites.

Loga Virahsawmy : Une société assez traditionnelle, avec des rôles assez figés, et ce, même si je note ça et là quelques changements. J'en veux pour preuve l'exposition, organisée par Media Watch et inaugurée ce vendredi 29, au Centre culturel Charles-Baudelaire, à Rose-Hill.

Une exposition, intitulée Egalité des sexes face aux métiers et qui illustre, à travers dix photos de chacun des cinq pays de la Commission de l'océan Indien (COI), comment les femmes cassent les stéréotypes et font leur entrée dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes. Le contraire est aussi vrai : je connais quelques hommes qui ont fait leur entrée dans le préscolaire et qui sont appelés Miss par leurs élèves.

Quid des répercussions chez un enfant/jeune peu/pas confronté aux hommes

dans le processus de l'éducation ?

Vijay Ramanjooloo : La psychologie est claire : l'enfant/le jeune doit être confronté à l'autorité masculine. Dans la tête du petit enfant, la mère est toute-puissante : n'entendons-nous pas des enfants demander : «Dis maman, comment est-ce qu'on fait les bébés?», en sous-entendant qu'elle le fait toute seule, sans l'aide du père.

C'est au père de faire la «dé-fusion» entre la mère et l'enfant. Et dans les situations où il est absent, il doit entrer en jeu par la parole de la maman.

Si à l'école et au collège, l'enfant/le jeune n'est confronté qu'à la femme, il acquiert une image toute puissante d'elle, représentant à la fois la maternité, le puits du savoir, l'autorité...

Je crains que cette absence d'image masculine ne soit source de pas mal de délinquance. Surtout à l'adolescence, où le jeune a besoin que l'homme lui impose ses limites, lui donne des repères, lui ouvre vers la vie et vers les autres.

Loga Virahsawmy : Ne voir que des enseignantes femmes finit par développer chez l'enfant/le jeune la perception que c'est un métier de femmes. Chez les garçons, le réflexe : «Pa metie zom sa !» Et ce n'est pas ainsi que notre société va développer la gender equality en faveur duquel notre pays s'est engagé.

Et comment encourager cette «gender equality» dans les métiers ?

Loga Virahsawmy : Je crois sincèrement que la presse a un très grand rôle dans ce domaine. Il n'y a pas de mal à montrer, à mettre à la Une, des hommes sensibles, qui ont du cœur, qui savent care et qui donnent une image pleinement humaine. Such models will set the trend. De telles images ne sont pas assez mises en valeur, à mon avis, alors qu'elles peuvent être catalyseurs de tant de changements. Il faut aussi qu'à qualification et expérience égale, on travaille sur des affirmative actions pour que cet équilibre se fasse.

Pages réaliséespar
Danièle Babooram et Sylvio Sundanum

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