p.4foto1

Licence to kill

Le téléphone sonne. C'est la police. «Votre enfant est à l'hôpital, victime d'un accident de la route. Apportez son extrait de naissance.» Votre monde s'écroule : vous l'avez quitté ce matin-là plein d'énergie, mais, l'après-midi, c'est à la morgue que vous le retrouvez.

Si les récits d'accidents de la route ont parfois, dans nos journaux, un côté voyeur, ils devraient, dans l'idéal, nous conscientiser : ça n'arrive pas qu'aux autres ! Quand nous lisons de tels drames, l'émotion prend le dessus. Et puis, à nouveau, l'oubli.

De plus, au volant, nous sommes nombreux à être convaincus que nous maîtrisons parfaitement la situation. Alors que la petite infraction ou la conduite carrément dangereuse sous l'effet d'alcool ou de drogue peuvent engendrer toutes deux de véritables drames.

Pour tenter de comprendre la hausse constante du nombre de victimes sur nos routes, il faudrait s'arrêter au «profil» du conducteur mauricien. D'abord, même si le secteur des auto-écoles s'est grandement professionnalisé, l'apprentissage se fait, pour la grosse majorité, sur le tas ­ le père qui apprend à conduire à son fils lui «lègue» ses lacunes et incompétences au volant.

De même, avec l'augmentation constante des coûts d'entretien d'un véhicule et la hausse du carburant, davantage de conducteurs ne sortent leur voiture que le week-end. Nous avons ainsi des conducteurs sans une vraie pratique de la conduite et avec une méconnaissance du code.

Autre cas de figure : même s'ils connaissent le code de la route, certains conducteurs ont un mindset typiquement mauricien : triangeur sur les bords, pour qui l'usage prend le pas sur le respect du code. Un exemple ? Le dépassement dangereux précédé d'un appel de phares au véhicule arrivant en sens inverse. En prenant pour acquis que celui qui a la priorité lui cédera le passage. Changer cette mentalité sera probablement la partie la plus difficile, car c'est une pra

tique solidement ancrée dans notre inconscient, comme ne pas faire la queue, faire usage de passe-droits ou donner enn ti dite...

D'où notre attitude sur la route : c'est la loi du plus fort. La transgression des règles fait partie de notre quotidien. Parcourir quelques kilomètres sur nos routes nous fournit des exemples à la pelle !

Devant cette anarchie, nous ne pouvons reprocher aux autorités leur inertie. Il faudrait pourtant mieux cibler nos campagnes de prévention. Il faut identifier les publics «à risque» : conducteurs de bus individuels et de vans assurant le transport de nuit d'employés d'usines, de centres d'appels et d'hôtels ; motocyclistes ; jeunes conducteurs. Il faudrait s'assurer également que les horaires et les tâches de certains professionnels du transport leur permettent d'être en pleine possession de leurs moyens, car nombre d'accidents mortels sont dus à la fatigue ou au sommeil au volant... Les campagnes doivent également viser à la responsabilisation du conducteur. Son meilleur ami demeure le respect du code de la route.

Une récente campagne en France, bien que contestée, a prouvé son efficacité : elle montrait l'horreur des accidents, avec des images chocs de sang, de corps décapités, d'épaves de voitures... N'est-il pas temps pour des campagnes-électrochocs ?

Il ne faudrait pas oublier que derrière la froideur des statistiques, il y a des vies subitement arrêtées, des rêves, des projets, des proches inconsolables. Il est plus que temps que certains cessent de confondre permis de conduire et permis de tuer.

Erick Brelu-Brelu


retour