Vivre l'évangile

Cette expérience de service aux plus pauvres, qu'il qualifie «d'extraordinaire», marquera toute sa vie. «Pendant un mois, on faisait le lien avec la Croix-Rouge qui fournissait deksi, molleton et nourriture aux réfugiés. On leur donnait surtout beaucoup d'amour et de compréhension.»

Jean-Maurice Labour (pas encore prêtre), secrétaire de M25, était un de ses proches collaborateurs. Peu après, Jean-Noël se rend à l'île de La Réunion et revient les forces décuplées après sa rencontre avec le père Armel Besson, franciscain, qui lui transmet la spiritualité des Focolari. Il fait sienne la devise de la fondatrice, Chiara Lubich : «Si par une hypothèse absurde tous les évangiles de la terre étaient soudain détruits, nous voudrions vivre de telle manière que les hommes en nous voyant puissent constituer l'évangile.»

L'enseignement social de l'Eglise va encore modeler sa vie lorsque Mgr Jean Margéot lui offre une bourse d'études en leadership social au Coady International Institute, à l'université Saint-François-Xavier, Canada. Il se dit frappé par cette nouvelle conception du service des pauvres : les professeurs adaptant des programmes universitaires aux plus pauvres des quartiers. Ses nombreuses actions concrètes vont plus tard émerger de la philosophie de Mgr Moses Coady. Sa rencontre avec l'abbé Pierre, lors de son passage à Paris, l'enchante beaucoup.

IDP ou la grande moisson de jeunes

En 1970, avec Mgr Amédée Nagapen, également ex-Coady, Jean-Noël fonde l'Institut pour le développement et le progrès (IDP). L'objectif : former des leaders sociaux, chrétiens et non-chrétiens, à travers le pays pour combattre le communalisme et vivre le mauricianisme. Chose impérative après les bagarres raciales. De 1970 à 1983, l'IDP fait une grande moisson de jeunes. Ces derniers, plus tard, s'engageront pour leur pays. Plus de 3 000 leaders sont formés pendant 45 heures sur 15 semaines. Parmi : Gaëtan Abel, Eshan Abdool Raman, Yousouf Dauhoo, Ally Lazer, Jocelyne Minerve, Steve Obeegadoo, Marcel Poïnen, Cadress Runghen. Ils sont 800 à se perfectionner pendant 180 heures sur neuf week-ends. L'IDP aide aussi à la promotion de la Credit Union à Maurice et à un Revolving Fund pour les pêcheurs.

L'équipe Fiat devient une communauté le 3 octobre 1971. S'inspirant du Fiat de la Vierge Marie, les membres de la communauté partagent la même philosophie : «Que la volonté de Dieu soit faite.» Présente à Mahébourg, Rose-Hill et dans le Nord, la communauté finit par gagner une dizaine de villages à travers l'île. La spiritualité des fiatistes est d'être avant tout de «sérieux et dignes ouvriers du Royaume». En apprenant que les fiatistes ressentaient un appel à vivre en communauté en vue de la recherche de leur mission, Mgr Margéot met à leur disposition le terrain de cinq arpents que Mme Paule Casimir avait fait don au diocèse. Le Foyer Fiat voit ainsi le jour à Petite-Rivière en 1974.

Fondation d'un séminaire du laïcat

Jean-Noël et ses six amis s'y installent dans la petite maison en tôle et se donnent pour tâche première de s'occuper des pauvres du quartier. Très vite, les fiatistes comprennent qu'ils sont appelés à fonder un séminaire du laïcat. En 1976, les premiers jeunes débarquent pour y passer trois soirées par semaine et ce pendant deux ans, prenant un engagement en vue de servir l'Eglise au bout d'une année. Parmi, on retrouve: Jean-Pierre Carosin, Yolette et Gilbert Constantin, Alain Delaître, Roseline Desveaux Dumée Duval, Désiré Farla, Antonio Latour, Gina Poonoosamy et Christiane Valéry. Aujourd'hui, il est à noter que la plupart de ces personnes sont engagées soit au sein du diocèse soit dans leur paroisse ou au niveau national.

Nuits de prière

La première nuit de prière du 31 décembre 1974 rassemble une centaine de personnes à Petite-Rivière. La deuxième rassemble 350 personnes à Saint-Pierre ; la troisième, 800 à Mahébourg ; et la quatrième un millier à Curepipe. S'ajouteront ensuite Rivière-des-Anguilles, avec la participation de Jocelyn Grégoire (pas encore prêtre à l'époque) ; et Tranquebar, entre autres. L'ampleur est telle à Maurice que les prêtres de l'île de La Réunion offrent gratuitement douze billets d'avion aux animateurs mauriciens pour en faire de même. Fiat est déjà missionnaire à l'île sœur. Plus tard, Jean-Noël animera une nuit de prière à Monbert, petit village de France. Cette grande soif de spiritualité et de servir les pauvres, n'est-elle pas signe d'un appel de Dieu pour la prêtrise ? A

cette question, Jean-Noël répond qu'il a longtemps fait ce discernement. Finalement, il opte pour être laïc engagé. «Je n'ai jamais regretté d'avoir choisi d'être laïc. Le laïcat m'a donné une liberté d'action que je n'aurais peut-être pas eu en étant prêtre.» Son mariage avec Margaret, le 15 août 1977, le mène à constituer une première communauté de couples à Maurice. Quatre couples se joignent à eux pour vivre pendant trois ans avec la communauté de jeunes.

Naissance de «Parole de Chaque jour», Marche de charité, Groupe 40

A Petite-Rivière, la Parole de Dieu est au centre de leur vie. Si bien qu'ils faisaient des polycopies de la revue Prions en Eglise. En 1978, sous l'impulsion de Jean-Noël, naîtra le livret mensuel Parole de chaque jour. Aujourd'hui, le tirage est de 21 000 copies, distribuées dans plusieurs pays. Toujours en 1978, les jeunes fiatistes décident d'organiser une marche de charité vers Sainte-Croix - Per Laval nou vini - pour lever des fonds pour les pauvres. Bis repetita en 1980. En 1981, le Thabor devient la destination finale. Avant d'être adoptée par le diocèse, en 1982, comme marche de charité pour les vocations.

Toujours en 1982, naissance du Groupe 40 au Foyer Fiat, sur une idée d'Alain Lohun, alors responsable du Foyer. Il désire former des jeunes laïcs qui passeraient une soirée par semaine à Petite-Rivière, et ce sur un an. En 1983, le père Maurice Piat accepte d'être formateur de ces jeunes. Peu après, le diocèse adopte l'initiative et constitue les Groupes 40.

Des jeunes drogués s'étant tournés vers les Fiatistes, au début des années 80, avec Cadress Rungen, est lancée l'Aide dépannage jeunes (ADJ), dans un vieux garage légué au diocèse à Terre-Rouge. Initiative qui deviendra, en 1986, le Centre d'accueil de Terre-Rouge (CATR).

Emigration en Australie

Dix ans. Séjour de dix années en Australie. De1984 à 1994, Jean-Noël, Margaret et leurs deux enfants, Benoît et Dominique, émigrent vers l'île-continent. Il entreprend des études supérieures et décroche une maîtrise (MA) en études religieuses sur l'enseignement social de l'Eglise. Jean-Noël fonde une aumônerie mauricienne à Brisbane. Naissance de Geneviève en 1990. Retour à Maurice en 1994.

Développement communautaire

De retour à Maurice, il est responsable de formation des enseignants du primaire et du
secondaire au Bureau de l'éducation catholique (BEC). Il lance, avec Marcel Chapeleau, l'école des Valeurs. Il est le premier président, durant deux ans, du Comité sur la pauvreté du président de la République d'alors, Cassam Uteem,. En l'an 2000, Mgr Maurice E. Piat le nomme directeur de l'école pour la Justice et la Solidarité, qui rassemble des milliers de personnes en vue d'une formation pour le social. Parallèlement, il lance cinq écoles complémentaires pour les enfants pauvres. Trois ans plus tard, un Centre of Learning voit le jour à Cité-Barkly. Ces deux projets, basés sur la philosophie de Coady, font partie d'un vaste programme de développement communautaire incitant les habitants à être les agents de leur propre développement et maîtres de leur propre destinée. Rêve qui hante Jean-Noël.

En 2004, fondation de Sud (Solidarité, unité, développement), qui veut créer des activités économiques favorisant les plus pauvres. Parmi : Tourisme et solidarité : incitant les touristes à être solidaires des plus pauvres et Empower a family :
permettant aux familles riches de soutenir les plus pauvres. 2005 : Jean-Noël reçoit la décoration Order of the Star and Key of Indian Ocean des mains de sir Anerood Jugnauth, président de la République, pour services rendus au pays.

Durant ses 61 ans de vie bien remplie, Jean-Noël reconnaît que le Seigneur l'a conduit au bout de son destin, lui indiquant à chaque fois la route à prendre. «Il est très important d'attendre l'heure de Dieu», lâche-t-il avec son sourire d'éternel adolescent. Dans la vie, il se dit «un homme heureux» auprès de sa petite famille - sa «source d'inspiration».

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