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Vocation de laïc


Jean-Noël Adolphe
ou l'ouvrier du Royaume

Grande volonté pour servir

L'élément déclencheur dans sa vie : vouloir vivre un idéal de vie saine. Il est animé d'une bonne volonté humaine pour servir les autres et veut donner un sens à sa vie. Dessus, reconnaît-il, vient se greffer la grâce de Dieu. «Seul, on ne va pas loin.» Cette volonté humaine de servir se transformera en volonté de Dieu. «Le Seigneur agit avec nous et pas malgré nous.»

1961 : il est nommé responsable des six chefs d'équipe d'enfants de chœur à Notre-Dame-de-Lourdes, Rose-Hill. Avec les autres responsables et quelques amis, il fonde, une année plus tard, les Young Ones, association regroupant les jeunes des Plaines-Wilhems pour le volley-ball.

L'invitation de José Allet et Fanfan Moorghen, ses deux amis de Young Ones, à participer à un week-end de retraite au Foyer de charité, Souillac, sera un déclic. Il y reviendra à la fin de l'année avec sept de ses amis pour participer à la retraite de chrétienté, du 26 au 31 décembre 1964. «L'idée de ce qui allait devenir Fiat a été conçue dans cette première retraite de six jours. Je comprenais que j'étais appelé à commencer une expérience d'équipe chrétienne.» Il demeure fidèle, année après année, à cette retraite de chrétienté au Foyer - et ce jusqu'en 1972.

Grande soif d'approfondir sa foi

Ce groupe de sept jeunes laïcs se constitue en un groupe ad Christum Cum Christo et fait des prières spontanées et des partages d'Evangile. Ses auteurs : Guy de Larigaudie et Michel Quoist. Son premier emploi, enseignant au collège Thanacody, à Souillac, lui permet de résider pendant deux ans (1966 et 1967) au Foyer de charité. Il sera ensuite enseignant au collège Saint-Joseph. Son charisme de formateur chrétien, il le détient du père René Verbruggen, son «guru», qui le façonne. Sa vocation de créer sa propre spiritualité (plus tard Fiat) ainsi que sa propre communauté (Foyer Fiat) commence à se dessiner.

Entre-temps, France Boyer de la Giroday, alors directrice du journal La Vie Catholique et également travailleur social, sollicite son aide pour animer les villages, le Vendredi-saint étant férié. L'association SOS Vendredi saint voit le jour et connaîtra un succès retentissant. 1967 : 1 000 jeunes animent les chemins de croix dans 40 villages. Le groupe ad Christum Cum Christo change de nom pour s'appeler Fiat.

Visites aux plus pauvres

Sa qualité de leadership et son charisme de rassembleur vont vite être reconnus par Mgr Jean Margéot, qui le sollicite pour venir en aide aux plus pauvres. Grâce aux contacts de l'équipe Fiat, Jean-Noël décide de monter une activité prenant racine dans le chapitre 25 de l'évangile de saint Matthieu : «J'avais faim tu m'as donné à manger, j'avais soif tu m'as donné à boire.» D'où le nom : opération M 25, qui voit le jour le 4 juin 1967. Ce jour-là, 1 500 jeunes visitent 40 endroits différents : hospices, hôpitaux, orphelinats et villages pour y apporter joie et nourriture aux pauvres.

L'esprit d'être missionnaire dans son propre pays le pousse à ne pas suivre ses parents, frères et sœurs en Australie fin 1967. Il dit vouloir demeurer seul à Maurice, sa vocation étant de travailler pour son pays. Très vite, la maison parentale à Rose-Hill sera transformée en une petite communauté, Super Dispo, et abritant aussi ses six copains. Ces jeunes qui se disent «super disponibles» sont sollicités en janvier 1968, après les bagarres raciales, pour accueillir et aider les réfugiés de Port-Louis à s'installer dans les maisons de Cité-Richelieu, Petite-Rivière, nouvellement construites et inhabitées.

Homme d'action et de prière, de raison et de foi, Jean-Noël Adolphe est un véritable trait d'union entre la Parole de Dieu et la vie des gens. La spiritualité et l'amour pour les pauvres sont les deux assises sur lesquelles Jean-Noël a bâti toute sa vie. D'où son grand merci au Seigneur, qui l'a toujours aidé à accomplir sa mission. Son présent parcours dans le diocèse de Port-Louis se termine en mars prochain, à la veille de ses 62 ans. Après une année sabbatique en Australie pour se ressourcer auprès de sa famille, Jean-Noël compte rentrer servir à nouveau l'Eglise mauricienne. Son souhait : que l'Eglise mette plus d'accent sur la formation des laïcs. Déjà, chaque mardi soir, Jean-Noël anime une session de formation pour des jeunes leaders chrétiens au Foyer Fiat, Petite-Rivière. «C'est une grande joie pour moi, car cela me permet de partager mon expérience pour assurer la relève.»

C'est un homme visiblement heureux d'avoir su se vider pour laisser Dieu prendre place en lui. Chemin à travers lequel il vit l'abondance, voire la surabondance. Son secret : être toujours à l'affût de l'événement formateur. Il vit toujours à cent milles à l'heure et se construit perpétuellement. Autour de lui, il ne cesse de convertir des consommateurs d'humanité en des constructeurs d'humanité. Tantôt formateur, tantôt fondateur, il possède surtout un grand charisme de rassembleur. Le 4 juin dernier, Jean-Noël a célébré les 40 ans de M 25 (voir plus loin), activité qui a marqué l'action de ses débuts dans le diocèse.

Ses deux plus merveilleux cadeaux reçus de sa mère, Myriam : la prière et la charité. Né le 11 avril 1946 à Beau-Bassin, il grandit plus tard à Rose-Hill et à Quatre-Bornes et fréquente l'école primaire Saint-Enfant-Jésus-RCA et les collèges Saint-Mary's et Saint-Joseph. Aîné de la famille, il connaît une enfance heureuse auprès de ses trois frères et quatre sœurs. Il garde de très bons souvenirs de son père, Lindsay, inspecteur sanitaire. Très jeune, Jean-Noël a une vision claire de la vie : un don de Dieu. «Rien n'est de moi. Tout est grâce de Dieu», insiste-t-il. A 15 ans, animé d'une grande foi, il se remet totalement entre les mains du Seigneur. Sa philosophie : «Prends ma vie Seigneur et fais-en ce que tu veux chaque jour.»

Textes : Sandra Potié


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