Réinsertion des jeunes


La préparation et le soutien essentiels

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Placés en foyers à un moment de leur enfance ou de leur adolescence, à 18 ans et indépendants financièrement, les jeunes sont invités à se prendre en charge. Une nouvelle étape dans leur vie qui ne se passe pas sans craintes et difficultés.

Mathieu, 17 ans, suit des cours pour devenir soudeur. Placé à la crèche depuis sa plus tendre enfance, il n'a pas eu beaucoup d'occasions de connaître sa famille biologique. Or, d'ici un an et demi, si tout se passe bien et qu'il termine sa formation et décroche un emploi, le jeune homme devra dire au revoir à sa famille du foyer. A ce jour, la question pour lui demeure: où aller?... Si, à un moment, il avait pensé aller habiter chez un oncle ou une tante, Mathieu a fini par rejeter l'idée. Difficulté d'intégration oblige. Du coup, explique le frère Jean-Claude, responsable du Foyer Père Laval, «des recherches se poursuivent, même en France», afin de lui trouver un parent «compatible».

Le problème d'adaptation s'est aussi posé pour David. Orphelins, son petit frère et lui ont été placés à la crèche très tôt. A 18 ans, il est aujourd'hui élève en mécanique et commence à se préparer à quitter le Foyer. L'éventualité d'aller vivre chez des oncles et tantes n'a rien donné de bon, la cohabitation étant difficile. Du coup, David espère récupérer une maison, un héritage, pour y habiter avec son jeune frère.

Opération difficile

Si la réinsertion dans l'environnement familial est une des possibi-lités qui s'offrent aux jeunes qui, arrivés à l'indépendance financière, sont invités à quitter le foyer, dans la pratique cette option est souvent assez difficile.

«A plusieurs reprises, je suis allé en week-end chez mon oncle. Il boit. Je ne crois pas que je pourrai m'adapter à sa manière de vivre», raconte David. Comme lui, Christ a aussi essayé de renouer avec les siens. Trois mois ont suffi pour qu'il se résigne à trouver un «chez lui».«Après tant d'années au Foyer, nous nous sommes habitués à une manière de vivre et nous avons tendance à vouloir que ce soit pareil partout.»

Suite à l'échec d'une réinsertion ou à l'absence de parents pour les accueillir, beaucoup de jeunes du Foyer se retrouvent en maison de jeunes. Regroupés à plusieurs, ils sont placés dans une maison dont ils ont l'entière responsabilité. Si ici l'adaptation est un

problème
secondaire, les jeunes butent principalement sur la prise de responsa-bilité.

Christophe, 18 ans, apprend la menuiserie à l'IVTB. Depuis février 2006, il habite un appartement à Ste-Croix avec deux autres jeunes. Pour lui, le départ du Foyer ne s'est pas fait sans peine. «C'est difficile dans un premier temps, un peu bouleversant même. Peut-être que je ne me suis pas suffisamment préparé mentalement. A l'appartement, on est seul. Il faut s'occuper de soi et de la maison : faire à manger, payer les factures,... Il faut faire le choix entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. Les frères ne sont plus là pour nous guider.»

Se prendre en charge

Mathieu, qui commence à songer à son départ du Foyer, appréhende aussi ce moment où il devra peut-être vivre seul. «Si vivre seul c'est plus de liberté, il faudra toutefois que je m'adapte à mes colocataires. Il y aura certainement plus de travaux aussi. Je ne crois pas que ce soit aussi simple.»

Conscients des problèmes auxquels les jeunes en maisons de jeunes font face, les frères s'attellent bien tôt à les préparer à cette nouvelle vie. «Nous essayons de leur parler au maximum. Leur apprendre à prendre soin d'une maison, à faire un budget... Il faut bien qu'ils se prennent en charge. De nos jeunes, environ la moitié arrive à réintégrer leurs familles, les autres choisissent de vivre seul.»

Si Christ, 23 ans, a pu passer ce cap et avoir aujourd'hui un travail et sa maison, c'est grâce à sa détermination. «Au Foyer, si on sait se comporter, tout se passe très bien. Mais il faut toujours garder en tête que le jour viendra où le jeune est appelé à quitter ces lieux. L'idéal est donc de profiter au maximum du temps qu'on passe ici pour apprendre tout plein de choses et prendre ses responsabilités. Le départ du Foyer et le début d'une nouvelle vie est toujours difficile, mais on peut y arriver.» D'ailleurs, ayant su entretenir de bonnes relations avec les frères, il a aujourd'hui un emploi au Foyer et sait pouvoir compter sur l'écoute et le soutien des religieux quand surgissent les petits soucis de la vie.

Martine Théodore

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