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Tous égaux ?

S'acquitter de l'impôt est un acte citoyen. Et il est tout à fait logique que ceux ayant davantage de moyens paient le plus d'impôt. Ce qui permet de comprendre que le ministre des Finances ait choisi d'exempter ceux touchant moins de
Rs 16 500. Idem la baisse de 22,5% à 15% pour les gros salaires pour les inciter à continuer à mettre leurs compétences au service du pays.

Force est de constater, cependant, que la grande oubliée au niveau de l'impôt est la classe moyenne. Beaucoup de parents de cette couche sociale ont, dans le passé, fait énormément de sacrifices pour permettre à leurs enfants d'étudier et de se faire une place au soleil. Ces enfants, bien souvent, n'héritent pas de biens immobiliers et, adultes, se retrouvent obligés d'avoir recours aux emprunts pour accéder au logement. Et la classe moyenne a donc été la première touchée quand ont été abolies les déductions sur la fiche d'impôts pour les primes d'assurance et les intérêts sur les emprunts.

Pour justifier cette limitation, il a été avancé que ces exemptions étaient un moyen «légal» d'évasion fiscale. Si les riches y ont peut-être recours, emprunter pour la classe moyenne obéit à une nécessité. Et les polices d'assurance sont un moyen d'économiser, l'avenir des enfants étant très souvent «financé» grâce à des plans assurance-éducation. Les seuls biens qui leur seront légués.

Il est malheureux que nombre de pères et de mères de famille ayant contracté des emprunts logement n'ont pas vu venir le nouveau système d'impôt direct. Et la hausse du taux d'intérêt leur a rendu les choses encore plus difficiles. Certains parlent de paupérisation de la classe moyenne. Même si nous n'en sommes pas encore là, le surendettement guette.

La précarité de l'économie vient également jouer au trouble-fête pour les

Lower Middle Class, ceux-là même pour qui l'éducation sert d'ascenseur social. Et cherté de la vie signifie concrètement moins de moyens pour offrir des leçons particulières aux enfants.

D'où la nécessité de s'interroger sur notre système éducatif. Cette éducation qu'on dit gratuite offre-t-elle vraiment les mêmes chances à tous ? Ceux pouvant se payer des leçons particulières et ceux ne pouvant pas, ont-ils les mêmes chances de réussite ? Dharam Gokhool devrait comprendre qu'il ne sert à rien de construire des collèges et d'offrir le transport scolaire gratuit s'il n'essaie pas de mettre fin à cette éducation à multiples vitesses. Chaque année, d'énormes ressources financières et humaines sont affectées à l'école. Mais cette dernière gagne-t-elle en crédibilité ?

En parlant d'éducation, il serait judicieux d'inculquer à nos jeunes la nécessité de remplir leur «devoir civique» en s'acquittant de leur part de taxe. Existent autour de nous différentes formes d'évasion fiscale : marchands ambulants ; professionnels qui, égoïstement et impunément, laissent les charges financières sur d'autres bien moins lotis qu'eux... Et ceux à trinquer appartiennent, encore une fois, à la classe moyenne, en majorité des salariés.

Rama Sithanen affirme souvent que la réussite de ses mesures repose sur le sacrifice et une productivité accrue. Nous le savons tous : les déductions de nos salaires sous le PAYE servent, entre autres, à grassement entretenir des parasites tournant autour du pouvoir. C'est à ces derniers que ces deux mots clefs devraient s'appliquer en premier. Et c'est à ce prix que le Budget gagnera en crédibilité. Et ses initiateurs le respect.

Erick Brelu-Brelu

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