Chagos

Olivier Bancoult : «Il est temps pour les autorités britanniques de s'incliner»

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Pour Olivier Bancoult, leader du Groupe réfugiés Chagos, l'heure n'est pas de dormir sur la récente victoire à la Haute cour de Londres. Deux priorités se dessinent désormais : militer pour des compensations et le retour dans un archipel des Chagos moderne.

Que dit en quelques mots le jugement du 23 mai dernier ?

Tout simplement que le gouvernement britannique a abusé de ses pouvoirs et qu'il a fait preuve d'un très grand mépris des droits fondamentaux de la communauté chagossienne. Avant que ne soit rendu le verdict ce jour-là, les autorités britanniques avaient demandé un Stay of Execution pour que l'affaire en reste là pour un certain temps. Mais ce recours a été rejeté ; ce qui signifie que, valeur du jour, le droit de retour sur l'archipel des Chagos - y compris Diego Garcia - est un droit acquis.

Certes, le gouvernement britannique a comme dernier atout la possibilité de faire appel devant la Chambre des Lords, mais tout semble indiquer qu'il ne le fera pas. Il a dépensé beaucoup d'argent pour les recours légaux ; il est, à mon avis, plus que temps de s'incliner et de trouver des solutions à l'amiable.

La communauté chagossienne est légitimement fière de cette victoire légale, qui représente l'espoir de ces déplacés, ces exilés. Le 23 mai dernier, un petit peuple a pu démontrer la justesse de son combat, sa persévérance, sa résilience... face à une grande puissance. Et ce, sans arme, sans bombe - rien qu'en ayant foi dans la justice et en l'utilisant judicieusement.

Et quelle suite dans l'action maintenant ?

Nous nous préparons, d'une part, à militer pour des compensations pour les souffrances endurées. Le gouvernement britannique en a l'obligation morale et légale pour notre déracinement et notre exil. Je pense sincèrement qu'un tel cas porté devant la Cour européeenne des droits de l'homme nous sera favorable et comportera une énième honte pour le gouvernement britannique. D'autre part, nous travaillons aussi à

réhabiliter notre archipel en vue de notre installation.

Pourtant, ce désir des Chagossiens est sérieusement remis en question par certains...

La majorité des Chagossiens rêve d'un retour ; cela découle de l'attachement sentimental à leur terre. Les vieux rêvent de revoir leur terre avant de fermer les yeux ; ils sont aussi nombreux à souhaiter mourir là-bas. Quant à la deuxième génération, beaucoup ont envie de s'y installer - à certaines conditions. Il ne s'agit pas d'aller retrouver les Chagos des années 60, mais une île moderne dotée des infrastructures actuelles et reliée au reste du monde. Cette modernisation, il revient aux autorités britanniques de l'assumer.

Toute victoire chagossienne remet au jour une autre réalité : le manque d'harmonie au sein de cette petite communauté...

L'harmonie existe ! La preuve ? Cette belle communion lors de mon retour à Maurice le dimanche 3 juin dernier. La communauté s'était déplacée en masse ; il nous a fallu une douzaine de bus, sans compter les voitures... La joie communicative dont elle a fait preuve - tant à l'aéroport qu'au siège du Groupe réfugiés Chagos - en est aussi la preuve.

Maintenant, que chaque victoire provoque des allergies chez certains relève d'un tout autre débat... Soyons beaux joueurs : nous sommes en démocratie et chacun a droit à ses opinions. Certains parlent de notre victoire comme d'une victoire britannique ! Mais, moi, je pose une simple question : la communauté chagossienne pouvait-elle faire entrer son case devant les instances judiciaires locales ?

Je comprends que le fait qu'un simple ouvrier du Central Electricity Board ait pu mater les autorités britanniques, en ce qui concerne les droits de l'homme, puisse susciter quelque part de l'amertume...

Danièle Babooram


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