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Budget si na pa !

Les mesures du Budget 2007/08 témoignent d'un souci de prudence politique et d'une nécessité de
visibilité sociale. Si na pa - si ce budget devait être copie proche de celui de l'an passé, l'amorce d'une explosion sociale et d'un «lève paquet» politique général de ceux qui nous gouvernent auraient commencé.

Le tout premier Budget Sithanen était un traumatisme national. Avec des frappes fiscales brutales. Tirant, yeux fermés, sur tout ce qui est bien de propriété et de consommation. Appauvrissant davantage les pauvres. Paupérisant la petite et la moyenne bourgeoises. Avantageant le fric des grosses affaires par rapport au pécule des petites et moyennes entreprises. Le tout éclipsant la vraie solidarité nationale. Aboutissant à un cumul d'angoisse populaire, porteuse en embryon d'explosion sociale. D'où, pour ce second budget, la nécessité d'une grande prudence politique. Si na pas !

C'est à cause de cet esprit de budget «si na pa» que l'on voit beaucoup plus de l'enduit social que de l'acide fiscal. Sont donc mis en avant tous azimuts : les veuves, les orphelins, les enfants handicapés, les ménagères, les anciens combattants, les «couleurs» de dalle et les acquéreurs de poteaux électriques. Le souci de prudence politique, plus que les revenus supplémentaires générés, est en filigrane derrière ce budget. Personne n'est dupe. Un enduit social «si na pa» ! mais qui ne va pas au fond de nos préoccupants problèmes sociaux. Tel le logement social. La cherté des prix. Le pouvoir d'achat. La relance de l'emploi, malgré les coups médiatiques aux forceps de l'Empowerment Fund, est encore très timide. L'accès à la propriété foncière de nos compatriotes de condition modeste, face à la flambée des prix de l'immobilier, avec les Integrated Resort Scheme, est de plus en plus difficile. Accentué inévitablement par la dispense de la Morcellement Tax pour des propriétaires fonciers, regroupés, qui vendraient leurs terrains aux étrangers. Mais pourquoi pas à leurs compatriotes mauriciens aussi ? Aux familles modestes ? Aux jeunes mariés ? A nos entreprises ?

Onéreuses confusions des fonctions

De plus, si on ne fait pas suffisamment attention aux retombées pratiques de certaines mesures annoncées, les finances publiques peuvent atterrir sur de biens douloureux piquants administratifs. La mesure préconisant la nomination de Capital Project Managers en est une. Ces nouveaux Managers s'inspirent du souci de contrôle de la dépense publique suite aux critiques systématiques du rapport du Directeur de l'Audit. Soit. Mais si na pa contrôle cela, on aboutirait à la création de nouveaux postes pour grands mandarins d'Etat, conseillers et autres nominés dont il existe déjà un surcroît coûteux dans la fonction publique. En sus de ceux-là, existent déjà des Technical et Chief Technical Officers pour la gestion des besoins du Capital Budget. N'y aurait-il pas là d'onéreuses confusions des fonctions ?

De plus, la défiscalisation des équipements de sons, micros, amplificateurs et autres écouteurs et instruments acoustiques n'aurait de sens que si la culture de la musique est promue, généralisée. Si on ne s'occupe pas de la formation et de la promotion musicale dans les écoles, les collèges, les clubs de jeunesse et les jeunes des quartiers, à quoi et à qui servira cette détaxe ? Pour l'heure, rien n'est prévu pour cette formation. De plus, la protection des droits des musiciens et autres producteurs d'art sonore est encore problématique. N'aurait-on pas mieux fait de défiscaliser les denrées alimentaires, aujourd'hui surtout, en ces temps, d'appauvrissement aggravé des familles pauvres ?

En matière d'éducation, si na pa faire attention, les études supérieures deviendront de plus en plus difficiles d'accès à nos jeunes de condition modeste, avec peu de moyens. Au lieu de consolider notre université nationale, faciliter et amplifier des conditions d'accès, on facilite l'implantation d'institutions éducatives étrangères. A savoir lesquelles ? A quel coût ? L'accès aux études supérieures aura-t-il de plus en plus l'argent pour critère ? Comment, avec cela, concevoir de Knowledge Hub, si contrairement à ce que font les tigres industriels du sud-est asiatique, on ne s'occupe pas de l'entrée de la masse critique de nos étudiants au tertiaire. Si on ne fait pas attention, la rhétorique budgétaire en matière de tous les hubs dont on se gargarise risque d'être une énorme baudruche que l'épreuve des faits va vite dégonfler.

Après-Budget difficile

Autre mesure si na pa concerne les corps paraétatiques, certes, lieux certains et bien identifiés de gâchis des deniers publics. Le Budget nous annonce leur privatisation. Si on ne l'explique pas, que doit-on comprendre ? Est-ce mettre dans la concurrence CWA, CEB, SIT ? Amorcera-t-on la fermeture de certains, comme la DWC ? A qui, quel groupe, quels lobbys, à quelles puissances occultes, à l'abri des ors et des apparats d'Etat, transfèrera-t-on leurs assets ? Si na pa expliqué ­ toutes les spéculations sont possibles. Les mille et une misères des ouvriers de la DWC ne tarderont pas à se reproduire sous des formes diverses.

Comment demander à des entreprises de se commettre encore et davantage financièrement dans le social, en même temps de décider s'ils peuvent ou non payer le montant de la compensation salariale, sans rendre plus confus les paramètres d'application des critères de compensation aux salariés ? Comment continuer à payer aux propriétaires d'autobus le transport gratuit, laisser en suspens les frais d'examen ou encore laisser telles quelles les hausses des prix et les baisses du pouvoir d'achat sans envenimer les amertumes des petites gens ? Si d'explication, il n'y en pas, l'après-budget risque d'être difficile. Sous l'enduit social du budget vont sans doute poindre les effets anti-sociaux qui, ailleurs, ne manqueront pas d'émerger. Qu'on prenne bien garde : si na pa à la caisse électorale, le tribut à payer sera bien lourd.

Serge Ng Tat Chung

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