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Les principaux conciles

qui ont défini la foi de l'Église (II)

* LE CONCILE DE CHALCEDOINE : en Jésus-Christ cohabitent la toute-puissance de Dieu et la faiblesse humaine.

Vingt ans plus tard, en 451, le IVe concile œcuménique était réuni à Chalcédoine (Turquie) pour examiner un nouvel écart dans la foi. Un prêtre de Byzance nommé Eutychès, qui avait combattu l'hérésie de Nestorius (voir le précédent article), était tombé dans l'erreur opposée. Pour lui aussi, le Christ n'aurait eu qu'une seule nature, mais la nature divine.

Le pape était alors saint Léon le Grand, de Rome, il écrivit aux pères du concile pour préciser qu'après l'incarnation du Verbe, les deux natures du Christ restent chacune ce qu'elle est, «sans mélange ni confusion». Et qu'en l'unique Personne du Fils de Dieu cohabitent, et la majesté divine, et la faiblesse humaine : «L'une resplendit dans les miracles, écrivait-il, l'autre succombe aux blessures (de la Passion).» Quand cette lettre fut lue aux pères du concile, ils s'écrièrent : «Pierre a parlé par la voix de Léon !» Et ils se prononcèrent dans ce sens.

Le Magistère vivant dans l'Église

Ainsi, graduellement, l'Église approfondissait le mystère de son Seigneur. On peut lire dans la première lettre de saint Paul aux Corinthiens : «Il faut bien qu'il y ait aussi des divisions parmi vous, pour permettre aux hommes de vertu éprouvée de se manifester» (1 Co 11, 19). L'hérésie est bien une «division» (en grec : hairesis) ; en brisant l'unité de la foi, elle divise les fidèles du Christ. Mais elle a ce côté positif de faire aller plus loin sur le chemin de la vérité. A condition que des «hommes de vertu éprouvée» restent vigilants et se manifestent.

Dans l'Église, c'est précisément le rôle de ce que nous appelons : le Magistère. Successeurs des apôtres, le pape et les évêques en communion avec lui ont reçu la charge de garder «le dépôt de la foi» dans la lumière de «l'Esprit de vérité». Les conciles dont nous venons de parler ont enseigné la foi au mystère du Fils de Dieu né de la Vierge Marie. Ce qui nous ramène à ces paroles de Jésus : «Nul ne connaît le Fils sinon le Père, et nul ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler» (Mt 11, 27). Cette révélation, c'est à son Église que Jésus l'a confiée pour qu'elle l'annonce à toutes les nations, jusqu'à la fin des temps.

Or la théologie s'occupe justement de la connaissance de Dieu et de son mystère. Il s'ensuit que c'est le Magistère de l'Église qui est, pour ainsi dire, «Le Théologien» par excellence. Ce Magistère a fait voir qu'il l'était vraiment, au cours de ces conciles, à un moment crucial pour la foi du peuple de Dieu. Ce qui revient à dire qu'il ne peut y avoir de vraie théologie (catholique) qui ne soit fidèle au Magistère de l'Église, comme le souligne fortement le pape Pie XII dans son

encyclique Humani generis (12 août 1950).

* LES CONCILES DE CARTHAGE ET

D'ORANGE : c'est Dieu qui nous sauve

Depuis la fin du IVe siècle, le glorieux empire de Rome, miné par la dislocation des familles, les rivalités entre prétendants au trône, le scepticisme généralisé, la dégradation des élites, etc., se décomposait de plus en plus. Il tomba effectivement en 476 (traditionnellement, c'est cette date que l'on considère comme le début du Moyen Age).

Devant cette décadence générale, un moine nommé Pélage commença à répandre une doctrine austère prétendant que l'homme, par sa libre volonté et ses seules forces, peut et doit faire son salut. C'était réduire à rien la rédemption apportée par Jésus-Christ et la grâce qui en découle. Saint Augustin et saint Jérôme firent front.

La controverse qui s'ensuivit nécessita la réunion de plusieurs conciles : à Carthage en 418; à Arles, à Lyon et enfin à Orange, en 529. Ils rappelèrent successivement : 1o) que la nature humaine a été blessée par le péché originel -- ce que Pélage refusait d'admettre ; 2o) que Dieu donne sa grâce par pure bonté et miséricorde ; 3o) que la grâce du Christ est absolument nécessaire pour que l'homme puisse être sanctifié et faire son salut, selon l'avertissement de Jésus : «Sans moi vous ne pouvez rien faire» (Jn 15, 5); et, 4o que ce qui nous est demandé, c'est de coopérer avec la grâce que Dieu donne.

L'erreur de Pélage -- on la désigne comme le «pélagianisme» -- fut de croire que le salut exige que l'homme monte vers Dieu. Comme si l'homme pécheur était capable, par lui-même, de franchir l'abîme qui le sépare de Dieu ! La réalité est tout autre. C'est Dieu qui vient vers l'homme pour lui tendre la main et le sauver. Cette main que Dieu nous tend, c'est la grâce. Elle prend sa source sur la croix du Calvaire, jaillissant du côté transpercé de Jésus. Comme nous le verrons dans le prochain article, qui traite du concile de Trente, elle nous est donnée d'une manière particulière dans les sacrements que Jésus a institués pour cela.

Jean-Claude Alleaume

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