Consolider le préscolaire

Le préscolaire...

Le secteur préscolaire à Maurice est régulé par le Pre-School Trust Fund (PSTF). Sa mission : «Favoriser un accès égal à tous les enfants, à une éducation préscolaire de qualité et ce, par le biais d'une approche centrée sur l'enfant, favorisant à la fois le jeu et la participation active des parents.»

Pour mener à bien cette tâche, le PSTF s'appuie beaucoup sur le privé, qui se taille la part du lion que ce soit en termes d'établissements, de recrutement d'élèves et du personnel. Ainsi, sur les 1 055 établissements préscolaires répartis à travers l'île à mars 2007, le privé en gérait 838 - soit 77% -, l'Éducation catholique, les mairies et les conseils de district 70 (6%) et les 170 unités (17%), rattachées à des écoles primaires du gouvernement, étaient sous la responsabilité directe du PSTF.

Les 1 055 établissements préscolaires pourvoient aux besoins de quelque 37 129 enfants : 18 730 garçons et 19 399 filles. Le personnel employé dans ce secteur se monte à 3 423 : 2 527 enseignants et 896 membres du personnel de soutien. La majorité du personnel (+90%) s'avère être du sexe féminin et le ratio élèves/enseignant était de 15 :1. La majorité des préscolaires possède librairie/coin de lecture et jardin d'enfants. Mais le pourcentage chute lourdement concernant d'autres atouts : télévision (67 sur 139 à Port-Louis ; 49 sur 108 dans le district de Pamplemousses ; 41 sur 102 à Rivière-du-Rempart...) ; vidéo (52 sur 129 à Flacq ; 32 sur 99 à Grand-Port ; 21 sur 64 à Savane...) et ordinateurs (187 sur 324 dans les Plaines-Wilhems ; 35 sur 52 à Moka et 25 sur 38 à Rivière-Noire...)

Le budget du préscolaire régresse année après année, passant de Rs 107 M sur un budget éducatif de Rs 6,6 md en 2004/05 à Rs 100,8 M (sur Rs 6 md) en 2006/07 et Rs 82 M (sur Rs 6 194, 4M) en 2006/07.

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Le gouvernement compte venir de l'avant avec un projet de loi - le «Early Childhood Care & Educational Bill» - en vue de consolider le préscolaire. L'accent étant mis sur le programme d'enseignement, la formation du personnel qui chemine avec la petite enfance, les éducateurs de jeunes enfants et la réglementation des tarifs.

«Enfin un cadre juridique pour le préscolaire qui vient dire clairement ce qui est possible et ce qui ne l'est pas», s'exclame Rita Vencatasamy, directrice du Centre d'éducation pour les enfants de Maurice (CEDEM). Un cadre qui vient «assurer la protection de l'enfant et l'accès à une éducation de qualité».

Et, abondant dans le même sens, Maria, forte de ses 25 ans d'expé-rience, ne manque pas de déplorer «le laisser-aller pas possible» ambiant, marqué surtout par «ces écoles, boîtes à fric, qui pratiquent des prix excessifs, poussent comme des champignons, avec un personnel à bon marché et sans grand souci du bien-être de l'enfant».

Un «accueil favorable» au projet de loi qui se nuance tout de suite. Car, comme l'explique à juste titre Rita Vencatasamy, la loi à elle seule ne vient pas tout changer du jour au lendemain. «La loi ne fait que stipuler les choses. Il faut donc que le projet de loi s'accompagne de mesures concrètes qui permettent sa mise en pratique.»

Préoccupations

Un souci que nos interlocuteurs ne maqueront pas de porter dans le cadre de la rédaction de ce projet de loi. «Nos attentes ont été sollicitées par les Teacher Supervisors de zone (TS), explique Maria. Nous y travaillons actuellement.» Mais d'ores et déjà, quelques préoccupations se dessinent. D'abord, la place de l'enfant handicapé, pour Rita Vencatasamy. «Il faut penser à une politique inclusive qui favorise tout à la fois son intégration, la formation des enseignants et des écoles maternelles équipées. Le handicapé dérange et fait encore peur aujourd'hui. Il faut donc que les décideurs prennent la pleine mesure de ce fait, soient conscients de l'importance encore plus grande de l'intervention précoce chez ce type d'enfants et soient imbus des droits des enfants, des handicapés.»

Dialogue continu

Et Maria d'enchaîner sur son «souci d'un dialogue continu» entre les directrices du préscolaire et les autorités. «Nous avons entendu dire que, désormais, les nouveaux venus dans le secteur doivent posséder un HSC. C'est très bien, mais nous gardons espoir que le gouvernement ne laissera pas tomber ceux qui ont une qualification moindre, assortie d'une solide expérience faite de nombreuses années de travail sur le terrain.» Propos qui la conduisent immédiatement à réclamer «davantage de transparence» lors des visites effectuées par les autorités dans les unités préscolaires. «Que ce ne soient pas des visites à la va-vite, lance-t-elle. Par exemple, que les TS prennent le temps de voir

les registres, de collationner les dates de naissance des enfants. Car il existe trop de maternelles qui accueillent des tout-petits de deux ans, deux ans et demi. Et dont la maturation psychologique, physique et la motricité ne sont pas prêtes pour l'école... Trop de parents participent au carnage de leurs enfants pour ne pas avoir à payer le prix d'une crèche...»

Sus aux idées rétrogrades

La formation des parents est justement une préoccupation commune à Rita Vencatasamy et à Maria. «Tout se joue entre 0 et 7 ans, s'exclament-elles. C'est très tôt que commence le bon départ.» Et Rita Vencatasamy d'évoquer la réaction reçue quand elle a décidé d'embrasser une carrière dans le préscolaire : «Quelle idée folle pour une fille du QEC, détentrice d'un bac, se sont exclamés plus d'un...»

«Les parents doivent évoluer, poursuit Maria. Les idées telles que 'ti-lekol sa, li pa importan' doivent être à jamais bannies. 60 à 70% de connaissances s'acquièrent dans cette tranche d'âge. Après, tout n'est que continuation du processus et consolidation.» Un constat qui la pousse à préconiser la création d'une Ecole des parents.

Crise de parentalité

«Notre société passe par une très grave crise de parentalité, analyse Rita Vencatasamy. Les parents ne savent plus quel est leur rôle ou comment gérer leurs enfants... C'est beau d'avoir des lois-cadres, mais elles sont quelque part vaines si les parents ne sont pas formés.»

Et, puisant de son expérience terrain, Rita Vencatasamy étaye cette crise de parentalité par des exemples basiques : ignorance des bienfaits de l'allaitement ; méconnaissance d'une saine nutrition qui se résulte en gavage de boissons gazeuses, de féculents, de chair... «Ils sont nombreux, les parents, à penser que la viande et le poulet vont faire des miracles... Les menus font souvent abstraction de légumes, de fruits et de produits laitiers. Rien qu'en éliminant les boissons gazeuses, nous avons pu, au CEDEM, contrôler la crise d'épilepsie d'un de nos élèves.»

Toute une analyse qui démontre que ce projet de loi est l'affaire de différents ministères : Santé, Bien-être de l'Enfant, Education... Qu'une «véritable synergie se doit d'être à l'œuvre». Pour valoriser la petite enfance, les compétences de ceux et celles qui moulent l'enfant d'aujourd'hui et le citoyen de demain et qui permettent aux parents d'être à même de jouer efficacement leur rôle...

Danièle Babooram

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