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Pour qui sonne le glas ?

Que ce soit en famille, au travail, dans les transports publics, sur les radios libres ou dans le courrier des lecteurs ­ le thème est le même : ras-le-bol généralisé face aux réalités de notre pays. Et cela, qu'importe la classe sociale.

Ainsi, la classe ouvrière, qui vivait déjà au jour le jour, n'est même plus capable de se payer l'essentiel. La classe moyenne, autrefois habituée à la culture de l'épargne, en est maintenant réduite à se passer du superflu. Chez les riches, si certains éprouvent un mal-être grandissant d'être des nantis dans une société où la majorité se démène pour survivre, d'autres sont pleinement conscients du fait que cette richesse mal partagée peut déboucher sur un conflit social. D'où un sentiment d'insécurité.

Rien ne va plus sous notre soleil mauricien. Et même ceux qui ont persisté, contre vents et marées, à envisager leur avenir ici songent aujourd'hui à émigrer.

Car tout semble indiquer que les avantages que nous avions à vivre dans cette île Maurice paradisiaque tendent à disparaître. Ainsi, même Dame Nature nous joue des tours : après le chikungunya, voici le raz-de-marée qui menace nos plages, notre principal attrait touristique.

Alors que nous avions l'habitude de comparer le rythme effréné des pays occidentaux et de l'Asie du Sud-Est au nôtre, aujourd'hui, chez nous, les mêmes réalités de travail existent : longs horaires, productivité et rentabilité comme mots d'ordre... Qu'il est loin le temps où le Mauricien était employé à vie. Aujourd'hui, c'est bienvenue à la précarité et à l'insécurité de l'emploi !

De la même manière, nous nous sommes toujours targués d'être un peuple à l'abri de toutes les dérives du monde occidental, car protégés par nos convictions religieuses. Quel regard méprisant n'avons-nous pas jeté sur ces pays développés quant à leur manque de moralité ! Nous, c'était l'Eden ! Eux, Sodome et Gomorrhe.

Le masque tombe graduellement, mettant à nu l'effritement de nos principes. Et les exemples abondent : criminalité en hausse constante ; violence gratuite ; trafic et consommation de drogue au vu et au su de tous... Et, suprême sacrilège : l'on vient déterrer des morts pour leur voler des bijoux...

Alors que beaucoup de compatriotes disaient, jusqu'à tout récemment, qu'ils demeuraient au pays vu qu'il est plus facile d'y élever les enfants, force est de constater, qu'à ce niveau également, nous n'avons rien à envier aux pays développés : sexualité précoce, violence à l'école, démission des parents, grossesses juvéniles...

Qu'est-ce qui pourrait donc nous retenir à Maurice ? Nos gouvernants affirment tout faire pour créer une synergie pouvant permettre à notre pays de redécoller et de remonter la pente. Pourquoi donc tant de pessimisme chez nos concitoyens ?

«Le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions», dit-on. Alors que toutes ces bonnes intentions sont réaffirmées quotidiennement, comble d'ironie, les journaux continuent de faire leur Une de cas de népotisme, d'affairisme et de passe-droit... Plus que jamais, c'est l'impunité pour certains. Les seuls Mauriciens pouvant se déclarer aujourd'hui sereins sont ceux qui tirent profit de ce système ! Encore heureux qu'en ces temps difficiles, certains compatriotes peuvent toujours atteindre le nirvana sur notre île paradisiaque.

Une fois que nos politiques et leurs acolytes auront fini de manger à tous les râteliers et qu'il ne leur restera plus rien à se mettre sous la dent, il leur sera toujours possible d'aller brouter de la foreign grass... Et, pour nous, laissés à quai, ce sera plus que jamais le temps des vaches maigres.

Erick Brelu-Brelu


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