Emploi de retraités


Un partage de savoir-faire

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Nombreux sont ceux qui, après leur retraite, cherchent un emploi dans un autre secteur ou qui travaillent, sous contrat, dans la même entreprise. Qu'ils soient cadres, gardes-malades, agents de sécurité, diverses raisons motivent leur choix : besoin financier, volonté de partager leur expérience, désir de ne pas rester à la maison. «La Vie Catholique» a recueilli quelques témoignages et a posé la question à Eddy Jolicœur, Chief Human Resources Executive chez Rogers, pour essayer de comprendre cette situation qui n'est certes pas nouvelle, mais qui interpelle sur l'âge de la retraite et quant aux plans de retraite dans chaque entreprise.

Gérard (prénom fictif) est catégorique : c'est pour partager son expérience d'ancien policier qu'il a accepté d'agir comme agent de sécurité dans un hôtel une fois qu'il a atteint l'âge de la retraite. Mais ce n'est pas l'unique raison de son choix de retravailler : «Il y a 17 ans, j'ai persuadé une jeune fille de ne pas se faire avorter en lui promettant de m'occuper de son enfant. Pour tenir cet engagement, il faut bien que je travaille pour pouvoir subvenir aux besoins de l'enfant.»

Roupi kare ?

Ce n'est donc pas pour faire des roupi kare, comme le disent les mauvaises langues, que certains choisissent de continuer à travailler une fois atteint l'âge de la retraite. Aujourd'hui employé dans une importante entreprise de gardiennage, Gérard se dit heureux dans son travail, qui lui donne l'occasion de partager son expérience avec les plus jeunes. «C'est quelque chose d'important. Si je ne partage pas ce que j'ai acquis comme compétence, cela ne sert à rien... En travaillant, j'acquiers d'autres aptitudes, comme la gestion des ressources humaines.» Pour Gérard, «la seule chose de constant, c'est le changement. Tout évolue dans la vie et il faut bien s'adapter». Agé de 67 ans, il dit se documenter pour apprendre davantage. Exerçant son métier avec passion, il souhaite travailler aussi longtemps qu'il pourra «aider les autres».

Partager son expérience d'ancien policier : voilà pourquoi Simon (prénom fictif) a choisi de travailler pour une entreprise d'agents de sécurité. Il est d'avis que l'âge de la retraite devrait être étendu à 65 ans, dépendant du métier - exception faite pour ceux qui font des travaux manuels qui demandent une force physique adéquate pour bien accomplir les tâches requises. Avec la cherté de la vie, ajoute-il, «avancer que l'on aura une retraite dorée est de l'inconscience. Il faut travailler pour gagner son pain. Si on a le mental et les aptitudes de le faire, alors, pourquoi pas?».

Passion

C'est le cas pour Catherine (prénom fictif), qui travaille comme infirmière dans une maison pour personnes âgées. Ancienne sage-femme, elle a travaillé à l'hôpital public et a agi comme remplaçante peu de temps avant de prendre sa retraite et a aussi travaillé dans des centres communautaires de santé. Outre pour se maintenir en forme, c'est pour des raisons financières qu'elle a choisi de continuer à travailler après sa retraite. «Mon mari ne travaille pas et nos deux pensions ne suffisent pas pour subvenir à nos besoins.» Et son travail lui fait également du bien. «Cela me montre comment bien vieillir!»

Après avoir travaillé de longues années durant avec des femmes enceintes et des bébés, travailler avec des personnes de son âge n'a pas été, malgré tout, difficile. «Je me suis bien vite adaptée à ma nouvelle situation. L'atmosphère du travail est agréable et nous travaillons dans un climat de confiance. La direction n'a pas besoin d'être sur mon dos pour surveiller mon travail : je m'acquitte des tâches qui m'ont été confiées comme il se doit.» Catherine se dit heureuse dans ce qu'elle fait et cela lui donne l'occasion de s'épanouir

René Sanson, Managing Director chez Mediterranean Shipping Company, est lui un maniaque du travail. «Je ne peux imaginer ma vie sans cela. C'est une passion pour moi.» D'officier naviguant, il a graduellement gravi les échelons pour occuper de hautes fonctions dans la compagnie et il a eu la chance qu'on a bien voulu le garder pour ses compétences. Pour lui, c'est une manière également de préparer sa succession. Ayant eu des collaborateurs fidèles, il n'a pas voulu les abandonner du jour au lendemain. «Ce n'est pas pour une question d'argent que je suis resté, mais c'est par amour pour ce que je fais.»

Idem pour cette infirmière de carrière qui, après plus d'une trentaine d'années de métier, travaille désormais dans une clinique privée. «C'est une façon d'être toujours en contact avec le métier et d'apprendre le métier avec de nouvelles technologies. Je ne veux pas rester sur moi-même, mais être ouverte aux autres et pouvoir donner, de temps à autre, de petits conseils aux autres. Quand je suis loin des patients, cela me manque. Et cela est réciproque.» Sa formation d'accompagnatrice spirituelle des malades y est pour quelque chose.

Recyclage

Eddy Jolicœur, est d'avis que «beaucoup d'employés ­ surtout les cadres ­ considèrent qu'à 60 ans, ils ont encore la faculté de travailler au-delà de l'âge actuel de la retraite. Les employeurs, de leur côté, trouvent dans les retraités des ressources pleines d'expérience et une maturité professionnelle certaine.» Ce qui explique l'emploi de retraités dans divers postes : du policier recyclé dans la sécurité au PDG réembauché au sein d'une nouvelle société qui veut démarrer ses opérations avec une expertise assurée, fait ressortir notre interlocuteur.

Il laisse également entendre que les entreprises proposent aux retraités des contrats à durée déterminée. Et qu'au niveau de la rémunération, les conditions sont sujettes à négociations. Il y a également des retraités qui choisissent de travailler à mi-temps. Selon lui, diverses raisons motivent cette situation : le besoin financier ou, comme évoqué plus haut, ce sentiment d'avoir encore à apporter à la société, à leur entreprise ou à d'autres secteurs. «Ils ont encore une forme solide et ne souhaitent pas demeurer à la maison. Travailler est un supplément mensuel qui leur permet de vivre dans de meilleures conditions», note-t-il.

Tino Rossi chantait La vie commence à 60 ans. Nombreux sont ceux qui le démontrent en s'offrant une nouvelle jeunesse en se faisant employer dans différents secteurs.

Jean-Marie St-Cyr

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