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Les villages touristiques, une aubaine à saisir

Les moins jeunes d'entre nous conservent, peut-être, la nostalgie des kermesses paroissiales des années 1950. Les Mauriciens et les Mauriciennes n'avaient pas alors autant de loisirs qu'aujourd'hui ni n'étaient autant dispersés par toutes sortes de contraintes, telles les responsabilités professionnelles, le besoin de travailler loin de chez soi, les difficultés de transport, qu'on prenne l'autobus ou sa voiture particulière, l'insécurité et l'éparpillement de la cellule familiale au sens large du terme (grands-parents, oncles et tantes), obligeant les parents d'aujourd'hui à une prise en charge plus constante de leurs enfants. On peut sans peine soutenir que, dans ces années 1950, nous avions davantage de temps libre, tout en déplorant un manque de loisirs. Il suffit de savoir qu'il était alors plus difficile qu'aujourd'hui de disposer d'une voiture, qu'il n'existait pas de télévision ni d'ordinateurs reliés au reste du monde. Nous surveillions donc beaucoup plus attentivement qu'aujourd'hui les occasions d'une activité commune et distrayante pour se rencontrer, se voir et travailler ensemble pour une cause susceptible de mobiliser les énergies de tout un chacun.

Compétition

Les kermesses paroissiales fournissaient alors une occasion attendue de travailler ensemble pour le développement de la paroisse mais aussi pour se rencontrer et se détendre à l'unisson. Plusieurs mois à l'avance, le curé de la paroisse ou les membres du comité organisateur réunissaient les responsables des échoppes et donnaient le signal des activités. Sans tarder, ceux-ci réunissaient ses équipiers et équipières avant que d'autres ne les chipent. Ensemble et dans la bonne humeur la plus communicative, on se partageait les responsabilités. Il ne fallait pas répéter deux fois le mot d'ordre qui galvanisait durablement les énergies des uns et des autres : nous devons faire mieux que les autres. Mieux en termes de recettes mais aussi de qualité des produits à offrir en vente, en termes d'originalité, d'astuces, de présentation attrayante, d'utilité. Tous savaient que, le jour de la kermesse, le public visiteur aurait les yeux braqués sur les produits ainsi étalés et offerts en vente, que chaque échoppe tout comme ses responsables seraient jugés par les plus sévères des critiques et autres connaisseurs. L'échec à ce niveau était inconcevable. C'est dire que pendant les séances de préparatifs et de travail en commun, chaque équipier se surpassait et se faisait un devoir de faire mieux que les autres tout en étant toujours prêt à venir en aide à qui ne parvenait pas à se mettre au diapason de cette exigence paroissiale de qualité et de perfection.

Empreinte mauricienne

Cette qualité paroissiale se retrouvait dans la plupart des échoppes qu'il s'agisse de fruits, légumes, plats préparés, friandises, pâtisseries, confiserie, vêtements, prêt-à-porter, loteries, jeux, etc. Un public ravi et aux anges trouvait là des produits qu'il ne pouvait pratiquement pas trouver ailleurs et en profitait pour constituer des réserves pour le reste de l'année, tout en aidant finan

cièrement sa paroisse.

Le souvenir de ces kermesses d'antan conserve une ancienne saveur d'excellence et de perfection. Il se peut que la part du souvenir l'emporte sur celle des produits eux-mêmes. Le fait demeure que ces produits paroissiaux d'antan génèrent une impression peut-être factice qu'ils avaient le mérite d'exister alors même qu'ils n'avaient pas un marché digne de leurs nombreuses qualités. Avec le temps, bon nombre de ces produits ont disparu pour diverses raisons. Cela est d'autant plus regrettable que l'industrie touristique est aujourd'hui un marché porteur cherchant désespérément des produits artisanaux de qualité irréprochable et portant une empreinte mauricienne indiscutable.

Les membres de nos différentes paroisses ont, peut-être, intérêt à examiner ensemble les avantages qu'ils peuvent retirer du projet gouvernemental de favoriser la création de villages touristiques. Cela est encore plus valable dans les régions côtières proches des principaux centres touristiques et hôtelières. Il est parfois plus facile de se lancer dans une pareille aventure quand on est à plusieurs plutôt que lorsqu'on est seul à se demander si on aura assez de courage et d'audace pour oser créer sa propre entreprise.

Détecter les talents

Au niveau de certaines paroisses, il est possible que des hommes et des femmes de bonne volonté s'organisent pour lancer des concours de produits d'artisanat dans le but de détecter les talents cachés et les aider à se manifester au grand jour, à prendre davantage confiance en leurs possibilités et peut-être même venir en aide à des personnes moins talentueuses mais qui peuvent être d'une aide précieuse. D'autres paroissiens peuvent cotiser pour offrir des prix alléchants aux lauréats de ces concours. Pour qu'ils soient efficaces, il convient aussi de faire appel à des membres du jury exigeants, de bon conseil et connaissant parfaitement le marché touristique et hôtelier. Ils peuvent aussi faire fonction de conseillers en expliquant aux participants non primés ce qui leur a manqué pour atteindre le niveau désiré. Il y a par exemple des normes internationales à respecter scrupuleusement si l'on veut faire carrière dans ce secteur.

L'entraide paroissiale peut venir en aide aux entrepreneurs les plus talentueux en leur permettant d'obtenir gratuitement pour commencer des conseils de professionnels tels que les marketing managers, les comptables, les gestionnaires d'entreprise. Les designers et autres artistes peuvent aider nos compétences artisanales à donner la touche mauricienne à leurs produits. Le marché touristique la recherche par-dessus tout.

Hier, nos paroisses fabriquaient des produits de rêve pour de simples kermesses paroissiales. Est-ce trop leur demander de faire preuve aujourd'hui du même savoir-faire pour ses membres désireux profiter de l'aubaine des villages touristiques ?

Yvan Martial

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