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«L'éco-tourisme est une valeur montante»

Lorsque l'on observe l'évolution actuelle du tourisme global, il est clair que l'intérêt pour les destinations dans le monde se caractérise par la capacité de ces dernières à offrir une gamme variée de loisirs en dehors du seul fait de proposer un hébergement et des services de qualité. Parmi ceux-là, l'éco-tourisme est une valeur montante, car il y a un intérêt croissant de la part des voyageurs pour la découverte de la nature et des pratiques en plein air. La conscience écologique et le respect de l'environnement sont des valeurs largement répandues aujourd'hui. Il existe donc un large public dans le monde potentiellement intéressé par des activités ou des sites qui iraient dans le sens de la découverte et de la protection de la nature.

A Maurice, l'éco-tourisme demeure une pratique marginale, même si plusieurs activités sont proposées depuis quelques années. Certains opérateurs ont réussi à proposer des excursions ou des sites vraiment intéressants et très authentiques, comme par exemple l'ile-aux-Aigrettes ou Yemaya Adventures, la compagnie de l'ancien champion cycliste Patrick Haberland, qui propose des sorties en kayak, en VTT ou à pied dans différents coins de Maurice. La réussite d'entreprises ce type montre qu'il existe à Maurice un potentiel pour les amoureux de la nature qui souhaiteraient créer des petites entreprises d'éco-tourisme dans l'île ou dans le lagon.

La priorité pour ce type d'opérateurs est l'authenticité de leur démarche. Si la démarche est sincère et que l'opérateur a réellement le désir de défendre et de partager les beaux coins de notre pays ou de notre lagon, il a toutes les chances de réussir à vivre de son activité. Les clients ne seront pas dupes. S'ils constatent que l'éco-tourisme n'est qu'un prétexte pour se faire de l'argent, au mépris des règles de respect de l'environnement, ils ne soutiendront pas longtemps l'opérateur ou l'agence qui a vendu l'excursion. C'est le constat que l'on peut faire, par exemple, avec la découverte des dauphins autour de nos côtes. C'est un business qui rapporte plusieurs millions de roupies par an à différents opérateurs, mais qui doit être contrôlé pour que les visites se fassent dans les règles de l'art, sans porter atteinte aux habitudes de vie des dauphins. Il faut pour cela féliciter le travail de certaines ONG, comme la Mauritius Marine Conservation Society, qui effectue en ce moment un formidable travail de sensibilisation à ce niveau, ou encore de Reef Conservation Mauritius, qui place des bouées autour de l'ile pour éviter la dégradation des récifs par les ancres des bateaux de plaisance.

Il ne pourra, par contre, y avoir d'éco-tourisme si l'environnement est dégradé et si la déforestation perdure. Le travail de conservation qui est mené par les autorités publiques, des ONG comme la Mauritian Wildlife Foundation, la Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) ou le secteur privé est capital. Pour prendre l'exemple de la vallée de Ferney, qui nous concerne, l'activité d'éco-tourisme crée effectivement un chiffre d'affaires, mais celui-ci ne couvrira jamais les sommes importantes actuellement déboursées par le groupe CIEL pour la conservation et la restauration de la forêt de Ferney. Le programme de conservation comprend la mise à disposition de 200 hectares dans un trust, l'élimination progressive des espèces exotiques envahissantes, la réintroduction de certains oiseaux endémiques ou encore la construction d'un centre de suivi pour la MWF. Autant d'investissements indispensables à la protection et à la valorisation d'une des dernières forêts primaires de Maurice, mais qui ne peuvent être autofinancés par l'activité d'éco-tourisme à elle seule. Il faudra donc une bonne dose de mécénat de la part du privé et l'intervention continue de l'Etat et des ONG pour que les petits opérateurs éco-touristiques continuent à proposer des excursions de découverte de la richesse naturelle de notre pays.

David Martial


Responsable de la communication du groupe CIEL


Karim Jaufeerally :


«La protection de l'environnement commence chez soi»

Fondé en 1997, l'Institute for Environment & Legal Studies (IELS) est un organisme qui observe les problèmes environnementaux et leur impact sur la société. Karim Jaufeerally, le président, nous fait le point.

Quel est le rôle de l'IELS ?

Notre objectif est de faire des recherches et de proposer des solutions aux problèmes environnementaux. Récemment, nous avons fait des recherches sur le compostage de déchets ménagers. Pour nous, il est clair que le compostage de déchets organiques est important à divers niveaux. Cela réduira la quantité d'ordures à être acheminée dans les dépotoirs. Le compostage d'ordures peut permettre, à ceux qui font du jardinage, par exemple, de faire des économies en ce qui concerne les engrais pour leurs cultures en obtenant, grâce à leurs déchets ménagers, des terreaux de meilleure qualité. La protection de l'environnement commence chez soi, à petite échelle. Ce n'est qu'à partir de là qu'on peut envisager des mesures à grande échelle.

Quelles autres mesures préconisez-vous afin que notre environnement soit préservé ?

Nous voulons nous lancer dans le recyclage du papier à petite échelle, ce qui est facilement réalisable techniquement. Nous souhaitons privilégier des initiatives à la portée de tous et qui peuvent avoir un impact positif sur l'environnement. Actuellement, nous recueillons du papier pour en faire du compostage en le mélangeant aux déchets organiques et voir ce que cela donne.

Le développement économique se fait bien souvent au détriment de l'environnement. Quel est votre constat de la situation à Maurice ?

Dans tout pays, tout développement entraîne un impact important sur l'environnement. A Maurice, le développement a entraîné une dégradation des zones côtières, une urbanisation sauvage et une mauvaise gestion de déchets. Nous devons réduire le nombre de déchets à acheminer dans les dépotoirs ou au centre d'enfouissement technique de Mare-Chicose. Le compostage et le recyclage sont à la base de tout programme de préservation de l'environnement.

Que pensez-vous du projet d'incinération de déchets à La Chaumière ?

Il y a un ou deux points positifs et beaucoup de points négatifs dans ce projet, mais il nous faut dépasser ce stade binaire et réduire nos déchets de facto. Tout comme Mare-Chicose, c'est une solution pour le traitement des déchets en bout de ligne alors que c'est en amont qu'il faut aborder le problème. Cela coûte plus cher et, qui plus est, moins efficace. Il faudrait d'abord conscientiser la population à produire moins de déchets, et cela sans pour autant changer drastiquement son mode de vie. C'est simplement acheter que par nécessité et réutiliser ce qui peut l'être.

Le pays souhaite accueillir deux millions de touristes dans les prochaines années.
Quelles conséquences cela peut-il avoir sur l'environnement ?

Toute activité humaine a un impact. Le littoral sera certainement saturé, la superficie des plages publiques va être réduite, il y aura certainement plus de conflits entre plaisanciers, différents usagers de la plage et habitants de la région. Le surplus d'activités dans le lagon représentera une menace pour l'écosystème. La demande en eau sera plus grande mais, en contrepartie, notre capacité de stockage d'eau n'a pas augmenté suffisamment. Quand la CWA aura à faire des coupures d'eau, qui seront privilégiés ? Les habitants du village à proximité d'un grand hôtel ou les touristes ?

Avant d'envisager de grands projets, les promoteurs ne prennent-ils pas en
considération tous ces aspects et ne doivent-ils pas avoir un «Environment Impact Assessment» (EIA) Certificate avant tout développement ?

Des fois ils y pensent, mais certains les considèrent comme secondaires, eu égard aux profits et aux emplois que leur projet peut apporter. L'environnement est considéré comme acquis et on se permet de polluer du moment qu'on ramène de l'argent au pays.

Vous parliez plus tôt de projet de recyclage. Pensez-vous qu'il y a une volonté politique d'aller dans ce sens ?

Il n'est pas dans la culture générale des politiques de proposer des projets de recyclage. En fait, les politiciens sont le reflet de la société. Ils font ce que la masse veut. Si les gens souhaitent qu'il y ait des projets de recyclage pour une meilleure gestion des déchets, les autorités iront dans ce sens. Au cas contraire, ce ne sera jamais le cas.

Propos recueillis par
Jean-Marie St-Cyr


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