Enjeux


Concilier développement
et protection de l'environnement ?

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Nous avons fêté, mardi dernier, la Journée mondiale de l'environnement. Occasion d'initier une réflexion sur l'impact du développement sur l'environnement. Il est actuellement surtout question du réchauffement de la planète. Khalil Elahee, de l'université de Maurice ; Rudram Innassee, ex-directeur adjoint au ministère du Développement économique ; et Stefan Atchia, ingénieur et conseiller au ministère des Infrastructures publiques, nous donnent leurs points de vue.

Peut-on concilier développement et protection de l'environnement ? «Oui», répond Rudram Innassee, mais à condition que le concept de développement soit entièrement revu pour le rendre compatible avec une gestion durable des ressources de la planète ; que la société de consommation cède le pas à un style de vie (low carbon lifestyle) compatible avec les cycles de renouvellement des écosystèmes ; que la recherche soit guidée par les besoins de l'humanité et les réalités écologiques plutôt que par la seule rentabilité commerciale. On ne peut être plus clair.

Khalil Elahee aborde la question différemment : «Je pense que pour concilier développement et protection de l'environnement, il faut impérativement réhabiliter la dimension éthique de la question. Quel sens donne-t-on à la vie et à la mort ? Quelle est notre responsabilité individuelle et collective ? Définissons le bien avant de définir le bien commun!» Pour l'universitaire, il faut aussi se demander quel type de société nous voulons promouvoir - celle de la surconsommation, du gaspillage, des inégalités sociales et du matérialisme, qui sont les vrais maux de notre temps ? Ou bien proposer une réforme qui ne peut, cependant, exister sans volontarisme, pédagogie et engagement actif, qui commencent chez soi, à la maison, par de petites actions.

«C'est cela la clé !»

Poussant la réflexion plus loin, Khalil Elahee est d'avis que la population doit prendre conscience des dangers qui menacent la planète. «C'est cela la clé !» Cependant, le scientifique désapprouve le terme «protéger la planète».«Si nous assumons notre responsabilité en tant qu'être humain, nous vivrons en harmonie avec notre entourage, les autres et la planète. Il y a un équilibre qui est naturel et qu'il faut respecter. Nous faisons aussi partie de la planète. Nos avenirs sont liés. C'est ce qu'il faut enseigner à nos enfants. Cela doit faire partie de l'éducation religieuse, citoyenne et publique. A un autre niveau, il faut que ceux qui polluent soient sanctionnés...».

Face au laxisme des uns et au je-m'en-foutisme des autres, on est parti pour la gloire et ce n'est pas demain la veille que nous pourrons espérer que nos villes, nos villages et nos plages seront moins pollués.

«Le développement et l'environnement vont de pair, affirme Stefan Atchia. La question étant comment gérer l'environnement : de l'air que nous respirons, de l'eau que nous buvons, l'environnement physique, nos forêts et végétations, nos déchets et la production énergétique... Cela semble une tâche difficile, mais

le développement peut être positif à notre environnement physique. C'est une question d'équilibre et d'accent sur la qualité de vie des citoyens.»

«Qu'un avertissement !»

Il semblerait que cet équilibre n'a pas été respecté - ce qui a poussé de nombreux spécialistes et observateurs à tirer la sonnette d'alarme ; cela depuis plus d'une dizaine d'années, affirme Rudram Innassee. «Les prévisions les plus pessimistes sur l'avenir de la planète (acidité des océans, mort du corail, montée des eaux, fonte des glaciers, rareté de l'eau et des hydrocarbures, niveau de CO2 dans l'atmosphère, trou dans la couche d'ozone...) se font de plus en plus précises.» Ce n'est pas ceux qui ont subi les vagues australes de ces dernières semaines qui diront le contraire. Pour le ministre de l'Environnement, Anil Baichoo, ceci «n'était qu'un avertissement», selon les propos qu'il a tenus lors de l'ouverture d'une exposition dans le cadre de la Journée internationale de l'environnement au Rajiv Gandhi Science Centre, à Bell Village.

Rudram Innassee est d'avis qu'il est grand temps de réagir, car les informations reçues ces dernières années ne doivent pas être prises à la légère. Les récents documents du GIEC, le documentaire d'Al Gore et le rapport Stern témoignent bien de ce qui nous attend. «Faut-il souhaiter une hécatombe pour ramener les populations aux dures réalités de ce siècle ?» se demande-t-il, alors même que les populations ne se soucient que de leur quotidien en ne prenant pas au sérieux les différentes prévisions et que les politiques voient rarement au-delà de leur échéance électorale, ajoute-t-il.

Discipline individuelle

Comme le souligne Karim Jaufeerally, président de l'Institute for Environmental and Legal Studies (voir interview plus loin), protection de l'environnement rime avec réduction de nos déchets et recyclage. Un avis que partagent Khalil Elahee et Rudram Innassee. «Il faut impérativement faire un tri pour ensuite favoriser le compostage ou le recyclage. L'enfouissement n'est que la dernière solution, lorsqu'on ne peut incinérer en respectant les normes, qui sont strictes. Tout commence sans doute par une question : a-t-on vraiment besoin de tant de consommation ? Soyons modérés, même lorsque nous avons les moyens de tout nous permettre...», déclare Khalil Elahee. Rudram Innassee souhaite également que le consommateur soit discipliné et qu'il fasse le tri de ses déchets afin de faciliter le recyclage et le compostage.

Désormais, nous devons penser selon le slogan suivant : Reduce, Recycle, Reuse. Réduire nos déchets quotidiens. Recycler tout ce qui peut l'être (verre, métaux) et composter les déchets organiques. Réutiliser tout ce qui peut l'être. Vaste programme !

Jean-Marie St-Cyr

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