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Entre réel et représentation

Le communalisme, tous nous le décrions. Cependant, comment demeurer insensibles quand nous sommes sous la perception que la communauté à laquelle nous appartenons est lésée par rapport à d'autres ?

On parle, à tort ou à raison, du manque de solidarité parmi les créoles - l'accent étant mis sur le fait que les plus défavorisés sont abandonnés à leur triste sort. Même si cela est ou a été vrai, ne faut-il pas maintenant regarder vers l'avenir ? Notre foi exige de nous que nous tendions la main aux opprimés, aux exclus. De plus, laisser perdurer une telle situation ne peut que conduire au chaos l'ensemble de notre société. Si la volonté d'aider est bel et bien présente, il s'agit d'orienter nos actions afin que notre combat soit fécond. Et ceux qui militent pour l'avancement des créoles devraient mettre l'émotionnel de côté et s'attaquer à la réalité des faits.

Car s'il y a des perceptions concernant la communauté créole conformes au réel, d'autres ne le sont pas. Et l'on ne peut généraliser au sujet d'une communauté. Soyons francs : les créoles eux-mêmes sont les premiers à reconnaître qu'il y a, de la part de certains, manque de persévérance dans l'effort, incapacité à voir à long terme et à gérer l'argent.

Dans quelle mesure cette perception se rapproche-t-elle du réel ? Afin d'y voir plus clair, une sérieuse enquête terrain s'impose. Ce qui permettra d'infirmer ou de confirmer de nombreuses affirmations véhiculées : la population des établissements ZEP ou Prevoc est-elle en majorité créole ? Ceux qui échouent au CPE sont-ils majoritairement créoles ? Combien de créoles quittent l'école avec un SC ? Un HSC ? Poursuivent des études supérieures ?

Il ne suffit pas de publier la liste des personnes recrutées dans la fonction publique et demander un «quota» pour sa communauté. Il faut, par contre,

oser se poser quelques questions: les créoles font-ils acte de candidature pour être fonctionnaires ou bien optent-ils pour le secteur privé ? Sont-ils écartés lors des promotions bien que possédant les qualifications nécessaires ? Les créoles constituent-ils vraiment la majorité des plus pauvres de notre société ?

Si certains exemples tendent effectivement à démontrer que les créoles sont victimes de communalisme, seule une enquête sociologique rigoureuse pourra mesurer l'ampleur du problème. D'autre part, si cette étude démontre aussi que des créoles ont raté le train du développement pour des causes autres que communales, il s'agira alors d'en identifier les causes et d'y remédier.

Nous pouvons déjà avancer, sans risque de nous tromper, que la marginalisation des créoles est également en partie due au fait que beaucoup n'ont su ou pu saisir l'outil qu'est l'éducation. Mais point positif : ils sont nombreux à vouloir se prendre en charge. Il ne leur manque qu'un petit coup de pouce.

Nombreux sont ceux disposés à mettre leurs compétences au service de ces exclus. Ce dont nous avons besoin est de créer une synergie pour une responsabilisation citoyenne. Et, plus important que tout : une approche plus pragmatique du «problème» créole.

Car, ne nous leurrons pas : il ne suffit pas de promouvoir l'apprentissage du kreol pour faire avancer la «cause». Tirons les leçons de tous ces militants du kreol qui s'adressent à leurs enfants en français standard... Car l'enjeu est trop grave pour que l'on s'arrête à des symboles.

Erick Brelu-Brelu


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