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Table-ronde


Vocations chez les religieuses :
Où en est-on? Pourquoi? Que faire ?

Les vocations, véritable préoccupation de notre diocèse et dans le monde.
Quatre religieuses de différentes congrégations ont accepté de partager
leurs vues sur le sujet. Dieu appelle toujours, affirment-elles unanimement,
mais les jeunes ont du mal à entendre. C'est à la famille, à la communauté chrétienne
et à la société de leur donner les moyens appropriés pour discerner, estiment-elles.

Comment se portent les vocations dans vos différentes congrégations ?

Sr Marie-Françoise Mestry (Bon-Pasteur): «Depuis environ dix ans, nous n'avons pas eu d'entrée dans notre congrégation. Nous ne sommes que quatre religieuses d'origine mauricienne. Par contre, nous avons plusieurs jeunes qui viennent nous rendre visite, qui nous aident. Mais personne ne s'engage. La situation est différente en Asie (Inde et Sri Lanka) et à Madagascar, où il y a des entrées.»

Sr Claudette Bègue (Bon-et-Perpétuel-Secours): «Chez nous, la dernière à Maurice à avoir fait ses vœux remonte à 2001. Cette année, le 24 mai, il y a une Rodriguaise qui a débuté au noviciat. Ce n'est pas facile. Chez nous également, nous accueillons beaucoup de jeunes qui viennent aider, nous visiter, mais cela s'arrête là. A l'étranger, nous avons quelques vocations qui viennent d'Asie.»

Sr Thérèse Yaw Kan Tong (Lorette): «Notre dernière novice date de 1999. Nous avons aussi deux religieuses qui n'ont pas encore prononcé leurs vœux définitifs. Nous accueillons des jeunes pour réfléchir, pour prier, pour faire ce chemin de vie avec Jésus, mais elles ne pensent pas à la vie religieuse. Or, en Afrique et en Inde, nous avons pas mal de vocations.»

Sr Maryline Tourail (Franciscaine):«Je suis la dernière religieuse, avec Sr Bernadette Geoffroy, à avoir fait nos vœux perpétuels en 2006. Nous avons actuellement trois autres sœurs qui se préparent pour leurs vœux perpétuels : Sr Nadine, Sr Silviane et Sr Nathalie. Cependant, nous n'avons pas d'autres en cheminement. Nous avons aussi remarqué que même dans d'autres provinces, il y a une baisse dans les vocations.»

Sr Claudette : «Nous constatons une grande fragilité chez les jeunes qui font leur premier pas vers la vie religieuse. Ils ont besoin de beaucoup d'encadrement, car ils se découragent facilement quand arrivent les difficultés. Ils n'arrivent pas à s'engager dans la durée.»

Sr Marie-Françoise : «J'ai l'impression que les jeunes d'autrefois étaient plus mûrs.»

Sr Thérèse : «En effet et cela se constate même dans le mariage, où certains couples ont du mal à faire face aux difficultés. En ce qu'il s'agit de la vie religieuse aussi, les jeunes ont peur de s'engager jusqu'au bout.»

Pourquoi, selon vous, y a-t-il tant de difficultés
à voir émerger des vocations?

Sr Claudette:«Je pense que la famille a un rôle important à jouer. Si elle n'est pas sta

ble, elle n'est pas réconfortante pour un jeune. Comment s'attendre alors à ce que ce jeune puisse tenir dans quelque chose qui demande beaucoup de constance et de persévérance?»

Sr Thérèse:«La famille ne soutient plus suffisamment les jeunes et les enfants au niveau de leur foi. Cela dit, on ne peut pas généraliser. Aujourd'hui, nous avons aussi beaucoup de compétition. Beaucoup de jeunes ne se demandent pas ce que signifie réussir sa vie. Il y a d'autres qui entendent l'appel, mais qui, face à la peer pressure, sont découragés. Dans ce cas, ils ont besoin d'encadrement.»

Sr Maryline:«Et les valeurs religieuses se perdent.»

Sr Claudette:«Aujourd'hui, on n'a plus le temps de prier en famille. Chacun est dans son coin, devant sa télé ou son ordinateur.»

Sr Maryline :«Nous sommes aujourd'hui dans une société matérialiste. Notre vie est en perpétuel mouvement. Beaucoup de personnes n'ont plus le temps de faire silence, de prendre un temps pour prier. De nos jours, dans les projets des jeunes et des parents, la vie spirituelle est oubliée. Tous visent à devenir avocat, médecin...»

Sr Marie-Françoise :«Mgr Piat l'avait d'ailleurs déjà dit : «La famille, c'est le jardin des vocations.» Aujourd'hui, même avec l'habit, certains jeunes, certains enfants ne nous reconnaissent plus.»

Comment expliquer les nombreuses vocations en Afrique et en Asie?

Sr Claudette:«Il y a la pauvreté et je pense que là où existe la pauvreté, on est beaucoup plus sensible à rechercher quelque chose. Tout cela aide, d'une certaine manière, à faire le choix de se donner.»

Les religieuses étant aujourd'hui moins visibles,
les gens ne finissent-ils pas par oublier qu'elles existent?

Sr Claudette:«J'ai remarqué que des fois quand je vais dans un bureau ou ailleurs, les gens qui m'ont dit «Bonjour ma sœur» au départ, se corrigent pour me dire «Bonjour madame». Comme si le mot «sœur» doit être oublié. Des enfants, par exemple, me disent «Bonjour madame». Cela frappe.»

Sr Thérèse:«On ne nous connaît pas. Je fais la classe au collège Lorette de St-Pierre, par exemple, et il y a des jeunes de F I et II qui ne connaissent pas les différentes congrégations.»

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