Vivian Gungaram


Le sport dans la peau

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Entre le sport et Vivian Gungaram, c'est une belle et longue histoire d'amour. Dès son très jeune âge, il profite au maximum des possibilités qu'offre son village, Rivière-des-Anguilles. A 14 ans, il intègre le club Bolton et y pratique le football et l'athlétisme. Deux passions qu'il portera toute son adolescence et même dans sa vie d'homme mûr. Et auxquelles il rajoutera deux autres disciplines ­ le hockey et le rugby ­ lorsqu'il se joint à la force policière.

Ses performances dans ces deux créneaux feront que Vivian Gungaram aura l'honneur de représenter la police à des événements sportifs. Mais après quelque trois ans, il s'oriente définitivement vers l'athlétisme. «Je m'y adonnais dans mes heures libres. A cette époque, la force policière disposait d'un certain nombre de facilités pour la pratique du sport ; ce qui n'était plus le cas lorsque j'ai pris ma retraite de la police», se souvient-il.

En parallèle, Vivian Gungaram se joint à la Fédération mauricienne d'athlétisme. D'abord en tant qu'athlète. Quelque quinze ans après, il y est nommé entraîneur national ; responsabilité qu'il assume pendant une dizaine d'années avant d'endosser celle de dirigeant. Un solide bagage acquis au fil des années qui fait aujourd'hui de lui le vice-président du Comité national olympique mauricien (CNOM), directeur du High Performance Centre (sis au stade Maryse-Justin) et un des conférenciers pour la formation des juges techniques. Tout un investissement qui lui permet de rendre à l'athlétisme ce qu'il a reçu.

Suite logique

«Je vois une suite logique dans tout ce que j'ai fait, commente Vivian Gungaram. En tant qu'athlète, j'ai beaucoup reçu. Il était de mon devoir de partager cette richesse avec les autres; le moyen de le faire était de me mettre à entraîner les autres. Et, aujourd'hui, à un poste de direction, je peux mettre toute cette expérience au service d'une bonne administration.»

Et de poursuivre : «Le fait d'avoir souffert et d'avoir mouillé mon maillot fait que je suis mieux à même de comprendre le sportif. Le monde sportif est un monde à part ; il est difficile à comprendre pour ceux qui n'ont pas une culture sportive. Les éternelles bagarres qu'entretiennent ces dirigeants qui n'ont pas fait du sport dans leur vie en témoignent ; pour eux, le principal étant leurs intérêts et ceux de leurs proches !»

La pratique sportive a aussi appris à Vivian Gungaram à se départir de l'esprit de discrimination bien ancré dans les mœurs mauriciennes. Ici, ce n'est ni la couleur, ni la communauté et encore moins le nom qui dicte les règles du jeu. «Tout se décide au chrono, au décamètre», insiste-t-il. Bien évidemment, la constitution de toute sélection suppose des choix : «Ne pas prendre certains n'est jamais une décision prise de gaieté de cœur. Mais une bonne communication aide toujours à décanter les choses. A mieux faire accepter les contraintes financières et logistiques.»

Études et sport...

Ce passionné ne manque pas de décrier le système éducatif, «ennemi numéro un du sport». Le pays n'a que ce qu'il mérite en bottant le sport hors de l'école : «Des lits d'hôpitaux remplis et le pays qui top up the list in terms of diabetes and hypertension.»

Et, s'emballant, Vivian invite à s'inspirer de l'expérience d'autres pays : «Sarkozy vient de nommer son ministre de l'Éducation ; celui-ci est aussi responsable du portefeuille des Sports. Le Sport, la Jeunesse et l'Éducation sont

intimement liés. A Maurice, il n'y a aucun lien entre ces trois. Sincèrement, je pense que si on veut un réel progrès dans ces créneaux, il faudrait qu'ils soient du ressort d'un seul ministère.»

JIOI 2007 : rude bataille

Un constat sans équivoque qui expliquerait d'ailleurs la difficulté ­ qu'il perçoit déjà ­ du pays à percer aux prochains Jeux des îles de l'océan Indien (JIOI). Et Vivian d'étayer cette perception : pour la Grande-Ile, ces Jeux sont quasiment une affaire d'État. Chaque discipline a été affublée d'un parrain-ministre ; d'où une motivation accrue et une saine rivalité. «Aller rivaliser avec les Malgaches ne sera guère facile, prévient-il. D'abord, ils joueront home. Et, de plus, ils ont grandement privilégié les disciplines dans lesquelles ils espèrent faire le plein de médailles...»

Alors que, chez nous, les disciplines sportives n'ont pas eu d'enveloppes spéciales pour la préparation des athlètes et ont eu à puiser de leur budget normal. «On nous dit que les Jeux des îles vont être pris en compte dans le budget 2007/08. Mais c'est bien trop tard ! La préparation à cet événement aurait dû être incluse dans celui de 2006/07. Les autorités vous demandent toujours : combien de médailles telle discipline va ramener ? Elles ne disent presque jamais combien d'argent faut-il mettre pour aller chercher les médailles !»

Comment parler de sport sans aborder le sujet des sports inter-collèges ? Vivian Gungaram reconnaît la popularité de la grand- messe des jeunes. «On a cassé le système pour des raisons bassement politiques et communales, analyse-t-il, en ironisant sur le fait que ceux qui ont tué ces jeux sont aujourd'hui ceux-là même qui militent pour les faire revivre.

«On en connaît aujourd'hui les résultats. Il faut faire une croix sur tout rêve de faire revivre ces jeux d'autrefois. C'est fini, bel et bien fini ! Mais il faut trouver un autre système pour que les collèges soient les pépinières d'athlètes.» Au point qu'aujourd'hui, les jeunes talents se dénichent au sein des écoles d'athlétisme : des talents utilisés par les établissements scolaires pour les représenter aux événements sportifs.

Stabilité familiale

Père de deux filles - Valérie et Aurélie ­, Vivian Gungaram pratique tous les deux jours un jogging matinal ralliant la colline Candos à Vacoas. Un jogging aussi essentiel que le petit-déjeuner. Et qui lui permet de mémoriser ce qu'il a fait la veille et ce qui l'attend au présent. La vie familiale est source de stabilité pour Vivian Gungaram. Et Monique, son épouse, qui a longtemps évolué dans le giron sportif, comprend parfaitement que ses responsabilités ont un côté très «demanding».

Sans pour autant penser à une retraite immédiate, ce passionné de jardinage - «ça détresse», avoue-t-il le regard brillant ­ a commencé à délaisser certains dossiers. «Aussi longtemps que je peux innover, je répondrais présent. Quand je ne le pourrais plus, je partirais tranquillement et sereinement», explique celui qui dirige une fédération qui bosse «365 jours sur 365 et qui compte 150 compétitions par an». Et ce, sans compter les camps d'entraînement, les formations pour entraîneurs, juges et administrateurs...

Une vie trépidante où le sport est roi....

Danièle Babooram

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