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La messe (lV)

Nous arrivons au bout de notre réflexion. Peut-être sera-t-elle suivie de quelques idées de prières ou de textes ...

Lectures et lecteurs

En général, dans toutes les paroisses, le niveau est honorable. Même si parfois on souheterait un peu plus de sens : une manière de dire, un ton qui rend le texte vivant. On ne peut pas lire le psaume, qui très souvent est une prière, sur le même ton qu'un extrait de l'Exode ou de l'épitre aux Romains. Et même à l'intérieur de ces textes, des variations de ton sont nécessaires. Quand Dieu appelle Moïse, il faut entendre un appel, comme quand je crie : «François !» Quand je dis : «Eclate de joie, fille de Sion», ma voix, mon ton disent la joie. Mais là, cela demande une vraie formation. Il faudrait ne pas craindre de laisser parler ses sentiments.

Autre point : je pense que bon nombre de lecteurs seraient capables de traduire des mots difficiels par des mots compréhensibles : la liturgie est faite pour les personnes, et non l'inverse. Les personnes doivent comprendre, goûter la Parole.

Donneurs de communion

La procédure actuelle qui consiste à soumettre à l'évêque une liste de personnes qu'il authentifie, et à laquelle on ne peut plus toucher pendant un an, relève d'une époque et d'une mentalité que l'on ne peut plus justifier en 2007. Le Concile Vatican II a opté pour le principe de subsidiarité, pour un fonctionnement démocratique. Il serait donc plus dans la ligne conciliaire que ce soit les prêtres de la paroisse ­ et pourquoi pas l'EAP ­ qui choisissent les donneurs de communion.

Sur quels critères ? En principe, tout communiant est susceptible de donner la communion. Qu'il faille un certain discernement, soit. Sans pour autant imaginer des situations tragiques.

Quand Mgr Rouët a donné des orientations pour les EAP, il a fortement recommandé que les membres soient élus pour deux ans. Deux ans, pas plus. Pourquoi ? Pour que les membres ne deviennent pas propriétaires de la structure : seuls capables d'assumer cette responsabilité. Partagez !

Or il se trouve que les donneurs de communion n'ont pas tendance à céder leur place. Il y en a qui sont en activié depuis des années, parfois depuis 25 ans. Certains donnent la communion deux fois la semaine.

Une question se pose : que fait-on pour trouver d'autres personnes ? La formule qui consiste à demander de venir s'inscrire soit à la sacristie, soit au secrétariat semble ne pas donner satisfaction.

Quand une formule n'apporte pas les résultats escomptés, il vaut mieux en changer. Inventer autre chose. Par exemple, pourquoi ne pas faire appel à la générosité, à la capacité de renoncement enfouies dans le cœur de chacun ? Demander à chaque donneur de se trouver un ou deux successeurs. Voilà ce qui serait évangélique ­ la propostion et la réponse joyeuse.

Donneurs et lecteurs

Que penser de cette pratique qui permet aux mêmes personnes d'être à la fois donneurs de communion et lecteurs ? Je crains que pour beaucoup, cette pratique ressemble à de l'accaparement : je prends tout ce que je peux. Cette pratique peut choquer, peut être scandale. C'est-à-dire quelque chose sur lequel l'intelligence bute : on ne peut pas comprendre.

Il faut reconnaître que lire, donner la communion, faire un cours procurent du plaisir. Ce qui n'est pas un mal.

La seule chose est de reconnaître que le pourcentage plaisir est parfois plus grand que le pourcentage service. Et alors ne pas se cacher derrière le seul aspect «service». Question d'honnêteté envers soi-même.

De même que l'on dit que la justice ne doit pas seulement être proclamée, mais qu'elle doit se traduire dans les faits, qu'elle doit être vue; de même il ne suffit pas de dire «services» : celui-ci doit être vu, vécu dans les faits.

Pour ouvrir...

Je crois que tous nous avons à progresser spirituellement. Pour faire grandir en nous l'esprit évangélique. Et la première chose, c'est de reconnaître en nous ce que saint Paul appelle «le vieil homme» ou encore «la chair». Il s'agit tout simplement de nos tendances naturelles : de notre «moi». Que veut ce moi ? Mon «moi» veut toute la place, il veut son expansion tous azimuts. Ce qui est impossible à réaliser sans éliminer d'autres. Ces autres, je les vois d'abord comme des obstacles : des empêcheurs à mon expansion, à mon désir de tout avoir, de tout prendre. Accepter de tenir compte de l'autre, c'est cela mourir à soi-même. Mourir au vieil homme qui m'habite. Pour progresser, je dois d'abord reconnaître ces tendances en moi. Et ce travail est crucifiant ! Il est extrêmement douloureux. Et c'est le chemin de l'évangile...

«Il est trop certain que nous voulons prendre et accaparer. Le vieil homme doit mourir, et c'est bien une mort à soi-même, allant jusqu'à «crucifier la chair avec ses convoitises» comme dit St Paul» (Maurice Bellet, prêtre)

«Servir, ce n'est pas réussir socialement ou être reconnu pour sa contribution. Servir, c'est se
dessaisir de sa vie pour accompagner, pour marcher avec. C'est le service humble, assumé pour la vie.»
(Mgr Piat, homélie de la messe du Jeudi-Saint).

Solange Jauffret

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