p.5foto1

Et si nous parlions de la prêtrise ...

Et si nous parlions de la prêtrise et de ce que nous en savons !

Le prêtre : un appelé, un élu, un consacré.

Le sacrement de l'Ordre lui pose aux épaules un éphod de lumière, lui confère une autorité particulière, lui met dans les mains surabondance de grâces, et, privilège insigne, lui octroie le pouvoir de faire descendre le Christ sur les autels.

En retour, il lui donne sa vie tout entière, ce qui est peut-être un défi,

s'engage à l'aimer et à le servir, renonce à une partie de sa liberté, au mariage, à la paternité, et promet l'obéissance à l'Église et à ses supérieurs.

L'obéissance a pris de nos jours une intonation singulière ; si elle est de rigueur dans l'Église et plusieurs corps de métiers, elle est, ailleurs, seulement tolérée, considérée comme atteinte à la liberté individuelle. Obéir à l'éthique et à la morale est souvent ressenti par certains comme actes de faiblesse.

Soumission

L'obéissance certes, n'est pas toujours facile à accepter, surtout si elle va à l'encontre de nos convictions. Son rôle est de faire plier et plier n'est possible que si l'on a recours à l'humilité et à l'intelligence.

Au cours des âges, l'Église aura connu des obéissances et des désobéissances majeures. En voici trois :

Au XVIIe siècle, Fénelon, archevêque et écrivain, fut condamné par l'Église pour son livres : Les Maximes des Saints, favorable à la doctrine quiétiste. Il répondit par la soumission.

Au XXe siècle, Teilhard de Chardin, jésuite, paléontologue, philosophe, fut également condamné pour sa brillante synthèse, concluant à une évolution de l'univers qui aboutit à l'unité et à la fusion avec Dieu. Tous ses écrits furent mis à l'index. Il répondit par le silence.

Hier, Monseigneur Lefebvre, refusant de renoncer à l'intégrisme, infligea à l'Église scission et blessure.

Qu'est-ce qu'une vocation ?

Etre prêtre exige, bien entendu, une vocation. Qu'est-ce qu'une vocation? S'apparente-t-elle à celle d'un artiste, d'un homme de science, d'un navigateur ? Non, car elle prend sa source dans le spirituel et s'aimante à l'absolu. On pourrait dire qu'une vocation est la rencontre de deux absolus. Et si je pouvais la visualiser, je la verrais «avec l'éclat du soleil et lumineuse blancheur» comme le vêtement de celui qui, sur la montagne, s'entretint avec Moïse et Elie. Et comment se manifeste-t-elle ? Violente comme l'ouragan, brûlante comme le feu, grondante comme l'orage ?... ou, simplement comme ce murmure qui effleura Elie. A cela, je ne peux répondre.

Sachons qu'il y a toujours eu des prêtres de par le monde, toutes les religions en ont eu, et en auront. Dieu, de l'invisible, appelle les hommes de toutes races et de toutes cultures à le servir, à l'aimer, et cela depuis l'origine, quand l'homme primitif, regardant le ciel, y pressentait déjà une divinité. Précisons toutefois que seuls les prêtres catholiques et orthodoxes ont le privilège de la transsubstantiation, grâce au sacrement sublime de l'Eucharistie.

«Inexorable, mais lente»

L'Église connaît aujourd'hui une crise douloureuse, les vocations se font rares et des prêtres se désistent de leur ministère. Ce phénomène a, sans doute, plusieurs causes et certains y voient, entre autres, l'obéissance au célibat. L'Église catholique acceptera-t-elle un jour, comme l'Église anglicane, des prêtres mariés et des femmes prêtres ? Y verrions-nous un inconvénient ? Ces dernières apportent déjà une aide précieuse et efficace aux prêtres dans les paroisses. Rappelons que le Christ fut le premier à affranchir les femmes alors qu'elles étaient encore considérées comme des objets. C'est lui qui leur révéla leur identité et leur dignité. On objectera qu'aucune femme ne fut appelée au rôle de disciple ou d'apôtre, mais l'évolution ne brûle pas les étapes, elle marche dans le temps, inexorable mais lente. Si le Christ avait, à cette époque, confié à des femmes des activités réservées aux hommes, il n'aurait plus été considéré comme un révolutionnaire, mais, même par ses proches,

comme un être privé de raison.

Pour en revenir à la pénurie des vocations, elle pourrait avoir une cause plus directe et plus percutante: la dislocation et l'instabilité de la société moderne. L'enfant, espérance de Dieu et du monde, en est peut-être la première victime. Il naît dans des foyers pauvres, aisés ou riches, sevré très tôt de la tendresse maternelle (les femmes travaillent), confronté dès son jeune âge aux compagnonnages, séparations, querelles, divorces, nouveaux père et mère, nouvelle famille, issu parfois d'une mère porteuse et éduqué par des personnes du même sexe; il est appelé à connaître de graves perturbations, de véritables séismes émotionnels dont les conséquences seront graves. Nous ne faisons ici qu'effleurer le sujet. Ces foyers ne rejettent pas d'emblée toute religion quelle qu'elle soit, mais l'adaptant à leur mode de vie, la rendent coopérante, indulgente, permissive. De ce fait, perdant intégrité et structure, elle ne tarde pas à devenir complètement exsangue.

Pessimisme ?

Ces conditions de vie sont-elles propices à de futures vocations ? C'est Matthieu qui nous répond avec la parabole du semeur.

Devons-nous voir tout cela avec pessimisme ? Non. Il y a encore dans le monde des pays chrétiens et des foyers chrétiens. Les enfants y sont élevés avec discipline, sagesse et amour, ce qui encourage l'espérance.

Mais sommes-nous satisfaits de cette espérance, ou voudrions-nous retourner en arrière afin de retrouver des valeurs perdues ? Ce serait illusoire : aucune civilisation n'est jamais revenue à son point de départ. L'homme a été créé pour aller de l'avant, et, à moins d'un cataclysme, l'homme du XXIe siècle continuera à aller de l'avant.

Comment ne pas admirer d'ailleurs ses admirables découvertes, et cela dans tous les domaines; son audace, sa témérité dans les sphères techniques, industrielles, commerciales; sa relative conquête de l'espace et du temps, mais conquête tout de même; ses prouesses sportives ­ en un mot, son intelligence et ses réalisations ?

Mais à côté, il y a malheureusement les guerres, les famines, le travail impitoyable et dur qui conduit parfois aux dépressions et même aux suicides; l'efficacité des machines qui diminue l'emploi; l'insatisfaction des uns et des autres; un matérialisme brillant mais agressif; et l'humanité s'inquiète...

Quête d'écoute et de tendresse

Alors ! Alors c'est vers vous, les prêtres, que je me tourne, vous, qui par votre vocation même, pouvez venir en aide à cette humanité qui, malgré sa brillance, est en quête d'écoute et de tendresse.

C'est cette inquiétude qui la pousse vers les gourous, les sectes, les maîtres de discipline asiatique, les psychiatres... Avant tout, elle voudrait être écoutée, rassurée, encouragée, rassérénée, qui sait ?... Retrouver peut-être une innocence perdue. Et c'est vous qui pouvez lui redonner confiance, rien que par l'écoute. Non ! Vous n'imaginez pas la puissance, l'autorité, le réconfort de votre seule présence. N'adoptez pas l'anonymat, qu'un signe, ne serait-ce qu'une petite médaille, souligne votre appartenance ­ et quelle appartenance!

Je sais, vous avez de lourdes charges: paroisses, activités sociales, conférences, comités... Le temps paraît court parfois, mais on peut arriver à l'étirer, l'allonger ­ c'est ce que faisait Jésus sur les routes de Béthanie, de Nazareth, de Jérusalem: il trouvait le temps d'écouter la Samaritaine, Marie-Madeleine, Marthe et Marie, et le centurion et les aveugles de Jéricho, et les paralytiques, et les lépreux...

Donnez, oui donnez à ceux qui le demandent, à ceux qui n'osent le demander, la patience de l'écoute, la grâce de la tendresse.

Alors, oui alors, vous serez proches, très proches de ce maître qui vous a créés, plus que les autres «à son image et à sa ressemblance».

Danielle R. Nairac

retour