Raz-de-marée à Rivière-des-Galets


«Bizin viv avek aster-la»

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Incursion à Rivière-des-Galets, où les récents raz-de-marée ont vivement secoué plusieurs familles. Réveillées en pleine nuit par le hurlement des vagues et l'eau s'engouffrant avec violence dans leurs modestes demeures, ces familles ont encore la peur au ventre. Et si demain le phénomène se répétaient ce sera l'une de leurs plus vives inquiétudes...

Trois semaines après le raz-de-marée, à Rivière-des-Galets, peu de choses témoignent encore de l'ampleur de la catastrophe qui s'y est jouée. La vie a repris son cours ; tout est propre et net. Et chacun vaque à ses occupations : celui-là s'active à la construction de sa maison en dur; cet autre a repris la mer à la recherche de son gagne-pain...

Dans les cœurs et les têtes, la soirée du 13 mai et les jours qui suivirent restent profondément gravés. «Inn pass dan extra sok», se lamente encore aujourd'hui Christian Mariva. Devant le déferlement des vagues, lui et les siens ont été obligés de passer la nuit à la gare routière de Rivière-des-Galets.

«C'est la deuxième fois que nous vivons un tel phénomène, se souvient-il. La première a eu lieu fin mai 1984, mais il n'y avait absolument rien de comparable avec celui que nous venons de connaître.» Propos qui provoquent l'acquiescement de Mary-Joyce Mangue, qui habite à Beach Street. «Zame pa inn trouve sa, s'exclame-t-elle. Ce fut une véritable catastrophe.»

Panique

A Port Street, l'eau s'est engouffrée entre les quatre maisons, occupées par huit familles, allant jusqu'à mi-chemin. Le film des événements, Marie-Suzy Bhawany le raconte en gardant les yeux constamment rivés sur la mer. «Vers 11 heures du soir, j'ai entendu un grand bruit : vag ti pe kraze dan lakour, inn zet latrin, sal de bin, la kuizin. L'eau a vite commencé à s'infiltrer à l'intérieur. J'ai donné l'alerte : la mer pe monte, pe gagn rad-mare, ai-je crié.»

«Les gens ont commencé à prendre la fuite. Les pompiers sont arrivés de même que les policiers. Je suis restée sur place, à côté de ma mère handicapée; impossible de la déplac

er. Mo ti kouma enn kapiten ; pas kapav abandonn bato-la. Si bizin mort, mo ava mor ar mama, me suis-je dit. Dimans, vag-la inn kraze parey.»

Triste constat

Le lundi, tous se sont mis à l'ouvrage, enlevant algues, coraux, roches... que la mer en furie avait traînés sur son passage. C'est aussi l'heure du constat. De la vingtaine de canards qu'élève Christian Mariva, il n'en reste que quelques-uns. La clôture de sa varangue a cédé sous la force de l'eau, abîmant ses appareils électroménagers. Chez les Bhawany, les matelas sont inondés

La médiatisation du vécu des habitants de Rivière-des-Galets suscite bien vite une vague de solidarité. Entre autres, celle de la paroisse Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Chemin-Grenier. «Les premières informations autour du raz-de-marée, je les ai obtenues de la télé réunionnaise, raconte le curé, le père Néhémie. Dès que les choses se sont calmées, le Service d'écoute et moi-même sommes descendus sur le terrain pour constater les dégâts, remonter le moral des familles et voir dans quelle mesure aider.»

Et si les choses se répétaient ?

L'avenir, ces familles qui vivent à cinq mètres de la mer préfèrent ne pas trop y penser. «Ki pou fer, lance Christian Mariva. Bizin viv avek aster-la. Nou pa kapav abandonn nou lakaz...» Il avoue toutefois ne pas dormir sur ses deux oreilles...

Mary-Joyce Mangue, elle, craint le pire avec la fragilisation des gabions sur lesquels viennent s'écraser les vagues. «Miray-la inn asize, tasse», soutient-elle, en nous indiquant des gabions, hauts de quelque cinq mètres, mais complètement dépaillés.

«Nous sommes toujours dans l'attente pour refaire les latrines, avoue Marie Suzy Bhawany. Celles qu'on avait sont remplies d'eau et il faut refaire les fouilles. Tou ca kout inpe !» Pour parer à d'éventuels coups durs, les siens ont érigé un petit muret, provenant des cailloux rejetés par les gabions devant leur porte d'entrée.

Et d'enchaîner avec un brin d'inquiétude dans la voix : «Kouma pou fer ? Les gens disent que les raz-de-marée de cette ampleur feront désormais partie de notre vie. Kot nou pou ale si sa repete ? Les jeunes pourront certainement s'enfuir, mais quid des plus vieux? Le gouvernement devrait, je pense, penser à un projet de relogement.»

Danièle Babooram

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