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Dr Renaud Ng Man Sun, ex-coordinateur de la Aids Unit

«Eliminer les personnes à haut risque
pour diminuer le risque d'erreur»

Les homosexuels ne peuvent pas donner leur sang. Discrimination, discrimination positive ou mesure de précaution... Le Dr Renaud Ng Man Sun y apporte un éclairage.

Le sang des homosexuels et de toute personne déclarant avoir eu des relations homosexuelles n'est pas accepté par la Banque de sang. Pourquoi cela ?

Avec le temps et l'histoire du VIH, on a catégorisé les homosexuels dans un groupe à risque, au même titre que les toxicomanes et les personnes qui ont voyagé dans un pays à haute prévalence du VIH dans les trois mois précédent leur don de sang. Avant qu'un sang collecté ne soit transmis à des receveurs, il est sujet à plusieurs tests : le VIH, la syphilis, l'hépatite,... Il y a des tests qui peuvent être faits, mais qui détectent les anticorps. Or, certains anticorps peuvent prendre jusqu'à six mois pour apparaître en nombre suffisant dans le corps afin d'être détectés par les examens sanguins. Ici, à Maurice, nous avons un test qui diminue cette période fenêtre à 10 ­ 15 jours. Le fait d'éliminer les personnes à haut risque de transmettre du sang contaminé diminue le risque d'erreur.

C'est donc ce qu'on pourrait
qualifier de discrimination positive.

Est-ce une discrimination que de pouvoir diminuer le risque de contaminer des personnes ? Je pense que cela relève d'un enjeu de santé

publique.

Ceci dit, certains hétérosexuels peuvent
tout aussi bien être «des personnes à haut risque» de part leur comportement sexuel...

C'est la valeur du risque. Il y a des gens qui sont plus à risque que d'autres. C'est comme le fait avéré que le rapport anal comporte plus de risques que le rapport vaginal ou buccal. C'est une règle générale.

La collecte d'un sang sain est grandement
basée sur l'honnêteté du donneur. Une personne peut très bien mentir et induire le personnel
de la banque de sang en erreur...

Tout à fait. C'est pourquoi le personnel chargé d'accueillir tout donneur de sang pose des questions précises contenues dans un questionnaire élaboré à cet effet. Celui qui pose ces questions ne va pas demander au donneur d'apporter son passeport pour vérifier la date et le lieu de son dernier voyage, par exemple. Cependant, chez certains, à l'exemple des toxicomanes, il y a des signes qui peuvent mettre la puce à l'oreille des infirmiers de la Banque de sang. Leurs veines, par exemple, sont de bons indicateurs - à moins que la personne viennent de commencer à se piquer.

Propos recueillis par
Martine Théodore


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