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Nos grandes gueules

L'avènement du Christ a changé notre manière de penser le monde. Alors que dans la philosophie grecque, tout comme dans l'hindouisme et le
bouddhisme, il n'existe pas de principe d'égalité, cette notion prend naissance avec la pensée judéo-chrétienne. Et, c'est Jésus-Christ, avec son «Tu aimeras ton prochain comme toi-même», qui est venu révolutionner notre manière d'appréhender le monde.

Ces valeurs d'égalité, il fallait une institution pour les véhiculer. Et il est probablement certain que l'idée que se faisait Pierre de l'Eglise ne correspond plus à ce qu'elle est aujourd'hui. Car, d'une certaine manière, l'Eglise est victime de son «succès» - comme les entreprises qui grandissent trop vite et qui se laissent parfois étouffer par un centralisme et une structure trop hiérarchisée.

Au fil des siècles, les «dérapages» et incohérences de l'Eglise avec la Parole ont été nombreux : papes guerriers et géniteurs, Inquisition, croisades, entre autres. Autant de signes d'un certain pourrissement de l'institution qu'est l'Eglise. Et qui a eu pour conséquence de conforter un anticléricalisme radical.

Cependant, il ne faut pas perdre de vue que les chrétiens ont été, avec d'autres, de tous les combats permettant des avancées de l'idée d'égalité et des droits de l'homme. Ainsi, durant la Révolution française de 1789, le combat n'était pas contre les valeurs chrétiennes, mais contre les contre-témoignages du clergé de l'époque. Et, d'une certaine manière, cette remise en question a été salutaire à l'Eglise : elle a permis de séparer les pouvoirs de l'Eglise et de l'Etat.

Paradoxalement, nous sommes témoins, ces dernières années, d'une certaine désaffection de certaines personnes autrefois très engagées dans l'Eglise et

qui s'en vont rejoindre d'autres mouvances chrétiennes, particulièrement
néo-pentecôtistes. Interrogées sur le pourquoi de leur «départ», beaucoup fustigent les nombreux «scandales» de l'Eglise, surtout ceux des prêtres pédophiles révélés par la presse internationale. Critiques tout à fait justifiées, étant donné qu'être prêtre ne peut se concevoir sans rigueur morale.

Cependant, tout prêtre n'est pas un pédophile ou un homosexuel à la sexualité refoulée. Loin de là. Comme tous les flics ne sont pas des tabasseurs ou tous les douaniers ne sont pas des corrompus.

D'où l'importance de ne pas faire le procès de l'Eglise à partir de quelques faits, aussi regrettables soient-ils. L'institution qu'est l'Eglise a certainement ses failles, mais il ne faut pas se limiter à faire l'amalgame entre hommes et institution.

Un fait demeure : l'Eglise permet à des courants parfois contraires de coexister. Ils sont nombreux les esprits indépendants en son sein. Ailleurs : l'abbé Pierre, pour ne nommer que lui. Ici, les abbés Souchon, Jauffret, Mongelard ou de Fleuriot, pour ne citer que ces quatre. Chacun représente une facette différente de ce qu'est l'Eglise. Loin d'être des Yes-men, tous se déclarent pourtant fermement attachés à l'Eglise, hors de quoi l'évangélisation est impossible. Des pasteurs, appelés, de par leur témoignage, à nous interpeller et à nous pousser à l'engagement dans le monde. Des grandes gueules devant l'Eternel, voix des sans-voix, des exclus, des opprimés.

Ces empêcheurs de tourner en rond sont, chacun à leur manière, des prophètes, car, dépassant les imperfections de l'Eglise, ils nous indiquent la voie à suivre pour être des «enragés de l'espoir» - ferments dans la pâte humaine.

Erick Brelu-Brelu


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