La Coupe 2007


Les coupeuses de cannes

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L'apparition de cannes en fleur dans nos champs annonce le début imminent de la campagne sucrière 2007. Dans quelques jours sera mobilisée toute l'énergie de la grande famille des travailleurs de l'industrie sucrière afin d'assurer une bonne récolte dans les meilleures conditions. Alors que les artisans s'activent actuellement sur les derniers ajustements et «fine tuning» des machines de l'usine, les laboureurs, leurs surveillants, les responsables des sections et départements de garage se préparent pour la prochaine récolte. Arrêt sur une catégorie d'actrices incontournables de l'industrie : les coupeuses de cannes.

Certaines vont participer à leur dernière campagne sucrière - nouvelle version du Voluntary Retirement Scheme (VRS) ou plan de retraite anticipée (Early Retirement Scheme, ERS) oblige, l'industrie sucrière procédant à l'élimination de quelque 7 500 emplois, dont 5 000 employés des champs. Et elles sont nombreuses celles que nous avons rencontrées à avouer être encore dans le vague quant à leur avenir professionnel : «Nou pa ankor kone seki nou pou fer. Nou ava guete apre la coupe. Nou pe prepar nou la coupe ki pe vini.»

A quelques semaines du début de la récolte 2007, comme leurs collègues masculins, ces femmes sont appelées à braver le froid hivernal matinal pour fournir de gros efforts dans les champs. «Chaque année, à l'approche de la coupe, c'est le même rituel. Il y a, pour nous, une différence énorme entre la coupe et l'entre-coupe : travay-la, li enn lot kalite. Désormais, il nous faut être debout très tôt et il nous faut absolument être en forme, tant physiquement que moralement pour pouvoir couper la canne», nous explique Sunita Karro, coupeuse de cannes d'expérience de Constance-La-Gaïeté.

Conséquences importantes

La coupe a des conséquences importantes pour ces coupeuses de cannes : d'abord, les activités familiales et les sorties ou fêtes sont mises en veilleuse. «Nous nous concentrons sur cette période de la coupe. Nous ne pouvons nous permettre d'être absentes, car nous serons les perdantes. De plus, c'est un travail de groupe et toute absence a des répercussions négatives sur le rendement du groupe.»

L'avant-début de coupe a son rituel : tout est minutieusement répertorié et mis de côté. «Vêtements, bottes, chapeaux, Sandokan [serpe], récipient pour l'eau: tout notre attirail est nettoyé et prêt à servir. De plus, il nous faut nous organiser pour le repas et les travaux ménagers, car nous quittons chez nous très tôt, bien avant le lever du soleil. A une heure où les enfants dorment toujours.»

Comme Sunita, elles sont des milliers de coupeuses de cannes à être debout

entre 3h30 et 4h00 du matin pour préparer leurs affaires pour le travail ainsi que le déjeuner de leurs enfants et conjoint. Elles sont généralement déjà aux champs dès 5h30 du matin. Et elles se mettent immédiatement au travail.

Une femme coupe en moyenne 2,6 tonnes de cannes par jour. «Et si champ est bien préparé, nous pouvons faire encore plus, presque deux fois plus.» Dans le milieu, on affirme que les femmes adorent les variétés de cannes S 570 et S 573, car ces variétés sont droites et ont un bon poids. Ce que confirment des sirdars rencontrés par La Vie Catholique.

Une petite cérémonie

La première journée de coupe débute toujours par une petite cérémonie organisée dans les champs, cérémonie qui réunit coupeuses/coupeurs de cannes et leur surveillant. «Chacun à son tour, selon sa foi, demande protection, bénédiction et courage pour cette nouvelle campagne.»

Nos interlocutrices ont embrassé la carrière de coupeuse de cannes très jeunes. Souvent pour subvenir aux besoins de leur famille, leur appoint devenant «un renfort utile à la caisse familiale». Dans un champ, une équipe est généralement composée de 14 femmes, chargées de couper les cannes seulement - coupé/jeté dans le jargon sucrier. Equipe placée sous la responsabilité d'un surveillant : le sirdar.

Les camions sont souvent remplis mécaniquement. «Le travail doit débuter très tôt le matin, avant les grosses chaleurs et le fort soleil. Le rendement est alors optimal. Et l'équipe doit être solidaire - c'est le seul moyen d'atteindre une bonne performance», nous raconte Sunita.

Conditions améliorées

Le plus le tonnage de cannes récoltées est important, plus forts seront les bénéfices financiers. Et cet argent est important pour «le remboursement des prêts contractés, pour la rénovation de la maison ou la construction d'une partie additionnelle à notre logement ; ou pour les achats à tempérament et pour les leçons particulières des enfants ou pour le budget alimentaire familial». Pour certaines, cela inclut : financer le mariage d'un enfant ou d'un proche. «Ou bien, pou mette enn ti kash de kote.»

Si toutes nos interlocutrices reconnaissent que les conditions de travail se sont grandement améliorées ces derniers quinze ans dans l'industrie sucrière, elles estiment que leurs salaires sont encore bas quand on considère la difficulté de leur travail. Mais, elles disent leur fierté de faire partie de cette catégorie de travailleurs de l'industrie sucrière.

Malgré les incertitudes quant à leur avenir professionnel suite au dégraissage programmé dans l'industrie.

Sylvio Sundanum

Sunita Karro, 38 ans, deux filles, plus de 15 ans comme coupeuse de cannes :

«Je travaille pour rehausser le niveau de vie de ma famille et pour assurer un meilleur avenir à mes enfants.»

Anju Maunick, 42 ans, trois enfants, plus de vingt ans comme coupeuse de cannes :

«C'est un travail de groupe et toute absence a des répercussions négatives sur le rendement du groupe.»

Kamala-Devi Appadoo, 45 ans, mère:

«La période de coupe est une occasion de se faire un peu d'argent.»

Sonathan Rani-Devi, 44 ans, trois enfants :

«Il faut être en bonne santé et faire preuve de beaucoup de courage pour affronter cette nouvelle moisson.»

Marie-Ginette Vigoureux, chauffeur de tracteur. Mariée, mère de deux enfants :

«Ce sera ma première moisson en tant que chauffeur. Ce sera une grande expérience pour moi.»

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