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Jean-Claude Sevathian


Un naturaliste hors pair

Connu par ses collègues comme chasseur de plantes rares, Jean-Claude Sevathian peut s'enorgueillir que ses efforts pour la sauvegarde de la biodiversité ont été payants. Depuis novembre dernier, une des quatre espèces de fandia porte son nom : «Cyathea borbonica var Sevathiana.» Mais pour lui, ce n'est qu'une mince contribution pour la conservation. Il souhaite qu'à travers son travail, d'autres réalisent l'importance de préserver la faune et la flore.

Ancien mécanicien à l'Institut de recherches de l'industrie sucrière (MSIRI), c'est à la suite d'un accident mineur que Jean-Claude a été transféré à la section administrative de l'organisme. C'est ainsi que cet ancien élève du collège Eden de Rose-Hill qui, après avoir étudié la mécanique à l'Industrial and Vocational Training Board (IVTB), s'est retrouvé à l'herbier du MSIRI. «Il y avait un poste vacant au Mauritius Herborium et j'ai postulé. J'avais envie de bouger et la collection de plantes m'intéressait.»

Découverte

Grâce à son travail à l'herbier débute pour lui une nouvelle aventure : la découverte de la botanique à travers des documents et ceux avec qui il travaille. Son intérêt pour les plantes ne passe pas inaperçu. C'est ainsi qu'il est remarqué par Danielle Florens, qui a vu en lui le potentiel d'aller encore plus loin dans le domaine. «Elle m'a poussé à faire des études.» C'est ainsi qu'il a obtenu une distinction dans ses études en arboriculture du collège d'horticulture d'Edimbourg en 2002.

Par son travail sur le terrain (relever des plantes rares et leur emplacement) en lien avec ses collègues et confrères des National Parks & Conservation Services (NPCS), des Forestry Services et du staff de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), il a été remarqué cette fois pour ses aptitudes de travailler sur un projet de sauvegarde des espèces rares de Maurice. Pour avoir été scout à la paroisse Ste-Anne, Stanley, Jean-Claude Sevathian était un passionné d'aventures et de randonnées en forêt.

Aujourd'hui Rare Plant Coordinator et botaniste au MWF, il s'occupe du projet de sauvegarde des plantes rares, indigènes ou endémiques de Maurice. Il a été, à ce titre, consultant dans des projets de restauration sur des terrains privés : vallée de Ferney, vallée de l'Est, Chamarel. Mais il n'a pas oublié ses débuts à l'herbier. «C'est avec un certain regret que j'ai quitté mon poste à l'herbier, où je faisais la collection des plantes qui existent à Maurice et le relevé de leur emplacement afin de constituer un répertoire. C'était dur de quitter cela et partir à l'aventure et endosser de nouvelles responsabilités.» Néanmoins Jean-Claude Sevathian est fier de ce qu'il fait actuellement en tant que «chasseur de plantes rares».

Nouvelle vocation

C'est avec passion que ce mécanicien devenu naturaliste parle de son travail en forêt ou dans les montagnes en quête de plantes rares. Il est aussi heureux du succès remporté pour la propagation de plusieurs plantes rares (par des greffes, marcottage, culture de tissu avec la collaboration de diverses

organisations locales et internationales) afin de sauvegarder la diversité génétique de l'espèce et des cultures dans les pépinières de la banque de gène au Pigeon Wood. «Le projet a eu 75% de réussite, mais il reste encore beaucoup à faire. Même si les plantes sont sauvegardées à la banque de gènes, elles sont toujours menacées et ne sont pas à l'abri de prédateurs, tels les rats et les cochons marrons.»

Jean-Claude Sevathian trouve beaucoup de joie dans ce qu'il fait. «Je suis heureux de pouvoir contribuer à la sauvegarde des plantes rares de Maurice, car elles font partie de notre patrimoine, qui est très menacé. A travers ce que je fais, je veux conscientiser les amoureux de la nature des dangers qui menacent nos forêts. C'est une grande source de motivation pour moi et je souhaite qu'avec les résultats de mon travail on réalise que la sauvegarde des plantes en voie de disparition, est possible.»

Outre la joie de faire un travail pour la survie d'espèces rares, être dans la nature procure à Jean-Claude beaucoup de bien. «Je ne sens pas le stress de la vie quotidienne. Je ne suis en conflit avec personne. J'aime bien cet environnement paisible et reposant et cette isolation qui m'aide à me retrouver et me remettre sur les rails. Etre dans la nature me permet de me maintenir en forme avec l'air pur que je respire.»

Regret

Ses journées débutent habituellement à 7h00. Après un saut au bureau de la MWF, il fait la visite des divers projets de préservation. Régulièrement, ses tournées de prospection et de suivi sont faites avec des amateurs amoureux de la nature et qui ont un grand intérêt pour la sauvegarde de la biodiversité, tels le père Adrien Wiehe, Gabriel d'Argent et Kursley Pynee.

Alors que les plantes ont payé un lourd tribut au nom du développement, Jean-Claude Sevathian est ravi que le projet d'autoroute à travers la vallée de Ferney a été abandonné. Selon lui, à travers cet événement, les Mauriciens ont davantage pris conscience de l'importance de sauvegarder notre biodiversité et la fragilité de notre écosystème.

Jean-Claude Sevathian déplore aussi la pollution causée par l'homme, avec les ordures qui sont laissés sur les îlots après un pique-nique. «Il est triste de voir ces sites publics hériter des ordures laissées par des visiteurs insouciants. C'est un sentiment de révolte que j'éprouve face à l'indifférence des gens qui salissent gratuitement sans réaliser qu'à travers ce geste, ils contribuent à la dégradation de notre environnement et à l'image de notre pays.»

Qu'à cela ne tienne, Jean-Claude Sevathian est heureux d'avoir fait une des plus grandes découvertes de sa carrière, celle de la Trochetia parviflora sur la montagne du Corps-de-Garde alors que l'espèce qu'on croyait disparue, n'avait pas été vu depuis 138 ans.

Jean-Marie St-Cyr

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