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Les principaux conciles

qui ont défini la foi de l'Église (I)

Aux Apôtres réunis le soir du Jeudi-Saint, Jésus déclarait : «J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand il viendra, lui l'Esprit de vérité, il vous conduira à la vérité tout entière; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir» (Jn 15, 12-13). Il est clair que, ce soir-là, les Apôtres étaient incapables de concevoir tous les problèmes et tous les courants de pensée auxquels l'Église allait être confrontée au cours des siècles à venir.

Cette promesse de Jésus s'est vérifiée d'une manière particulière dans les conciles qui ont marqué l'histoire de l'Église. Ce fut le plus souvent pour dire la foi authentique face à certaines déviations doctrinales, mais aussi pour fixer des points de discipline et répondre aux besoins de la vie ecclésiale à différentes époques. Parmi ces conciles, certains ont été déterminants pour définir la foi quand elle a été menacée. Nous les présentons ici, brièvement, pour illustrer la «Tradition vivante dans l'Église» dont parlait le Saint-Père Jean-Paul II dans sa présentation du catéchisme de l'Église catholique.

LE «CONCILE» DE JERUSALEM : la Loi de Moïse devenue caduque

Ce «concile» eut lieu en 49, sous la présidence de Pierre lui-même (Actes 15, 1-29). Un grave problème se posait alors à l'Église. Depuis la Pentecôte, l'annonce de l'Évangile avait fait d'immenses progrès, de nombreux païens avaient reçu le baptême et saint Paul avait fondé plusieurs communautés chrétiennes en Asie mineure (Turquie). Mais des chrétiens issus du judaïsme se mirent à faire campagne pour que les païens convertis se plient aux pratiques de la Loi de Moïse, notamment au rite de la circoncision.

Les esprits s'échauffant de plus en plus, Paul et Barnabé décidèrent de recourir à l'autorité de Pierre, à Jérusalem. On se réunit et, au cours des débats, Pierre posa la question de fond : par qui donc est-on sauvé, par la Loi de Moïse ou par Jésus-Christ ? Jacques se rallia à son avis et l'on trancha : la Loi de Moïse étant devenue caduque par la mort et la résurrection de Jésus, la circoncision n'avait plus de valeur et ne devait donc pas être imposée. On demandait seulement aux convertis du paganisme de s'abstenir de froisser leurs autres frères en consommant des viandes que le milieu culturel de ces derniers avait en horreur.

LE CONCILE DE NICÉE : Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme

Le Roc sur lequel Jésus a fondé son Église, c'est Pierre et l'acte de foi qu'il énonça à Césarée, quand il répondit à Jésus : «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !» (Mt 16, 16). Jésus de Nazareth, à la fois Fils de Dieu et fils de la Vierge Marie, tel est le mystère central du christianisme. Tout en dépend. Car ce n'était pas un simple titre honorifique que Pierre donnait à Jésus ; il exprimait un fait, une réalité. Et Jésus n'avait pas manqué de souligner que cette réalité ne pouvait lui être connue que par révélation du Père. Mais que recouvre cette révélation, qu'implique-t-elle, comment la comprendre ? C'est à ce sujet que, passé la longue épreuve des persécutions - elles prirent fin en l'année 313 et avaient duré près de deux siècles et demi -, on se mit à débattre âprement au sein de l'Église.

Au début du IVe siècle, un prêtre nommé Arius, partant de l'idée juste qu'en dehors de Dieu il n'y a que des créatures, mais ne faisant pas la distinction voulue entre la Personne du Fils de Dieu et la nature humaine qu'il a prise de la Vierge Marie, se mit à enseigner que Jésus n'est qu'une créature, un homme à qui Dieu se serait uni après sa naissance. Cette hérésie gagna du terrain et fut une terrible menace pour la foi et l'unité même de l'Église.

En 325, un concile œcuménique, le premier de ce nom, se réunit à Nicée, en Turquie. Il rejeta les thèses d'Arius,

affirma nettement que Jésus-Christ est Dieu, et établit le Credo que nous disons encore aujourd'hui. A celui qui est appelé «Symbole des Apôtres», le Credo de Nicée ajoutait le long développement que nous connaissons, pour préciser la foi de l'Église en son Seigneur : «Il est Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ; engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. Pour nous, les hommes, et pour notre salut il descendit du ciel. Par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s'est fait homme.» Cette accumulation de termes précis montre bien le soin que mettait le concile à barrer la route à toute tentative de dénaturer la foi au Christ, vrai Dieu et vrai homme.

LE 1ER CONCILE DE CONSTANTINOPLE : le Saint-Esprit est Dieu

Mais voici qu'une autre déviation se présentait. Elle niait la divinité du Saint-Esprit et prétendait qu'il n'est qu'une créature. En 381, le premier concile de Constantinople condamna cette erreur et ajouta au Credo de Nicée le passage que nous connaissons aussi, et qui exprime clairement la foi de l'Église en la divinité de l'Esprit qui la fait vivre : «Je crois au Saint-Esprit, qui est Seigneur et qui donne la vie. Il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire. Il a parlé par les prophètes.»

Comme on va le voir, lorsque quelqu'un glisse vers l'hérésie, c'est généralement parce qu'il cherche à rendre le mystère de Dieu conforme à l'expérience qu'il a lui-même de l'existence. Or, le mystère de Dieu dépasse infiniment tout ce qu'un être humain peut concevoir : «Vos pensées ne sont pas mes pensées, dit Dieu, mes voies ne sont pas vos voies.» (Is 55, 8). C'est donc à nous de conformer nos pensées à ce que nous révèle Jésus-Christ. De sorte que l'on peut vraiment dire que «la foi a ce pouvoir étonnant de nous apprendre à penser comme Dieu lui-même».

LE CONCILE D'EPHESE : le Verbe a revêtu notre nature humaine

Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. On trouve donc en lui deux natures : la nature divine, qui fait qu'il est l'égal du Père, et la nature humaine qu'il a prise pour se faire «semblable aux hommes» (Phil 2, 7). Mais un prêtre d'Antioche, Nestorius, s'imagina que ces deux natures correspondent à deux personnes distinctes : l'une humaine, l'autre divine. Ce qui revenait à «diviser» le Christ et, plus grave encore, à rendre vaine la rédemption. Or le Nouveau Testament est clair à ce sujet : «Le Verbe s'est fait chair», écrit saint Jean (Jn 1, 14 ; cf. Phil 2, 6). C'est le Verbe, le Fils, deuxième Personne de la Sainte Trinité, qui a pris chair de la Vierge Marie, pas quelqu'un d'autre. En 431, le concile d'Éphèse (Turquie) rejetait donc les théories de Nestorius et précisait que Jésus-Christ est une seule et unique Personne, et que cette Personne est Dieu. De sorte que l'humanité du Christ est réellement unie à Dieu de manière ineffable : la nature divine et la nature humaine unies pour toujours en la Personne du Verbe incarné. Par conséquent, Marie est véritablement Theotokos, Mère de Dieu dans la nature humaine qu'il a prise pour notre salut.

En résumé. Jésus Christ est une seule et unique Personne, et cette Personne est Dieu, le Verbe qui «s'est fait chair». Mais cette Personne, Jésus-Christ, subsiste en deux natures : la nature divine qu'il a en commun avec le Père (il est «de même nature que le Père») et la nature humaine qu'il a prise de la Vierge Marie pour se faire «semblable aux hommes». C'est ce mystère que nous appelons : l'«Incarnation» du Fils de Dieu.

Père Jean-Claude Alleaume

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