LUC aurait-elle parfois raison ?

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L'Union chrétienne (LUC) répond à mes propos (du 4 mai 2007). De son exposé, retenons ceci.

La population générale est chrétienne dans son écrasante majorité. Est-ce une raison pour amalgamer aussi allègrement deux caractéristiques pourtant distinctes : (a) l'origine africaine ou afro-européenne de cette écrasante majorité ; et, (b) l'adhésion même de cœur, surtout de cœur, à l'Evangile de Jésus-Christ ? N'oublions pas non plus ces nombreux Mauriciens d'origine indienne ou chinoise mais baptisés et reconnaissables à leurs prénoms chrétiens ou occidentaux et à leur patronyme indien (hindou/tamoul et/ou musulman) ou chinois.

Marque de mépris

L'essentiel de mes propos est que la position de LUC aurait été moins ambiguë si, au lieu d'être une Union chrétienne, elle accepte d'être une Union créole. Nous ne comprenons d'ailleurs pas son hostilité à cette appellation Union créole. Faut-il y voir une nouvelle marque de mépris à l'égard de cette communauté mauricienne déjà si ostracisée ?

LUC rappelle la triste division constitutionnelle de notre famille mauricienne en quatre communautés dont la population générale, «chrétienne à une écrasante majorité». Veut-elle dire par là qu'il faut être baptisé pour faire partie de cette population générale ? Douloureux cas de conscience pour nos frères athées. Je préfère remplacer «population générale» par «population mauricienne» dans laquelle pourraient se retrouver tous ceux qui préfèrent juridiquement et statistiquement être reconnus par leur identité mauricienne plutôt que par leurs convictions religieuses.

Souhaits et doutes

Je remercie LUC pour son allusion au diable qui cite les Saintes Ecritures. Quoi faire ? A trop fréquenter celles-ci, elles deviennent comme une seconde nature. J'essayerai à l'avenir de mieux chasser ce naturel.

Je suis à demi d'accord avec LUC quand elle conseille d'attaquer les «poches de pauvreté avec leur lot d'analphabètes». J'y mets une condition : n'imposons aucun baptême à cette pauvreté. Cela fait plus d'un siècle et demi que ce combat se déroule sans interruption aucune, animé par des cohortes de philanthropes parfois permanents, dont des religieux, des religieuses, des laïcs, que j'admire le plus au monde. Ils m'émerveillent surtout parce qu'ils secourent sans chercher à savoir au préalable si leurs assistés sont chrétiens ou non. LUC voit des doutes quand je lui souhaite de réussir là ou d'autres avant elle ont failli, à son dire. J'y peux rien si elle confond souhaits et doutes.

LUC admet que les autorités religieuses donnent le ton à la scolarisation du prolétariat chrétien (disons plutôt créole). A-t-elle autant raison lorsqu'elle insinue que ces mêmes autorités

religieuses «ne mettent aucune stratégie face à l'indifférence des parents de ce prolétariat» créole ? Quid de l'Ecole des parents du bon BEC ? Pour le coup, ce n'est plus moi qui ai tort, mais bien nos autorités religieuses. Je leur laisse le soin de répondre ici à LUC. Après tout, un examen de conscience, imposé par la base, n'a jamais fait de mal à aucune hiérarchie.

LUC fait appel aux pays négriers de notre histoire ainsi qu'aux descendants de nos négriers locaux, leur demandant de financer son fonds en faveur des descendants d'esclaves. Ils peuvent lui répondre que cela fait déjà deux siècles qu'ils contribuent au développement global de l'île Maurice, mais qu'ils ne peuvent pas faire ce qu'il faut à la place des descendants d'esclaves. LUC ne nous en voudra pas si nous lui disons qu'il y a mieux, comme entrée en matière pour solliciter une aide quelconque.

Quid des non-chrétiens ?

LUC rappelle que j'ai tort. Cela nous le savions de longue date. Que voulez-vous ! Tout le monde ne peut être doté de l'infaillibilité surtout historienne de Benjamin Moutou !

J'ai fait l'effort voulu pour déchiffrer le message en créole de Edley Chimon (La Vie Catholique du 18 mai 2007). Je confesse toutefois avoir buté sur ses néologismes créoles : tontan (ligne 4), hann (ligne 8), nephi (ligne 11), kominahis (ligne 14). Ces mots ne figurent dans aucun dictionnaire créole en ma possession.

M. Chimon parle des chrétiens à l'aise dans LUC. Quid des non-chrétiens ? Pouvons-nous nous sentir à l'aise quand nous fermons, non pas notre porte, mais celle de l'Evangile de Jésus-Christ, à nos frères non chrétiens ? Le Christ de la Transfiguration ne veut pas que nous plantions nos tentes dans la béatitude prématurée de vouloir rester auprès de Lui. Il nous envoie témoigner son Amour miséricordieux et salvifique à tous les hommes de toutes les nations. Qu'aucun huis clos chrétien ne devienne enfer et désespoir pour non chrétiens.

M. Chimon se réfère volontiers à son prochain. Le mien est autant non chrétien que chrétien et même créole. A quoi sert de vouloir bâtir une passerelle si c'est pour y interdire l'entrée en apposant une pancarte rédhibitoire : «Pour chrétiens seulement»

Il serait temps que LUC comprenne qu'elle se fait du tort et lèse ceux qu'elle veut aider en s'entêtant de la sorte sur «sa» chrétienté. Son appel en faveur d'une aide plus grande au prolétariat créole d'origine africaine est incontestable et opportun. Même des non chrétiens voudraient volontiers y souscrire. En revanche, notre chrétienté implique aussi les directeurs baptisés qui président aux destinées commerciales et industrielles d'une bonne partie de nos 100 premières compagnies. Cela les non-chrétiens le savent que trop.

Yvan Martial

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